lundi 7 mai 2007
William Klein attaque John Galliano pour plagiat

John Galliano, styliste de la maison de haute couture Dior, a été condamné par un juge des référés parisien à verser 200.000 euros de dommages et intérêts au photographe américain William Klein, 79 ans, pour avoir utilisé une technique de présentation d’image qui était en quelques sortes devenue sa marque de fabrique, les "contacts peints". Les contacts sont les planches contact photographiques, et la peinture symbolise, comme le feutre rouge d’habitude employé, la ou les photos retenues par le photographe lui-même ou sa rédaction pour une publication. On a pu retrouver effectivement cette technique développée par le photographe ces dernières années, notamment lors sa dernière grande exposition au Centre Georges Pompidou l’hiver dernier, ou sa monographie parue à la même occasion chez Marval.
John Galliano ne conteste pas s’être inspiré de la technique de William Klein pour des publicités parues cette année (mars 2007) dans les magazines "Vogue" et "Elle" en France et dans d’autres pays.
Le juge des référés, Claude Vallet, a déclaré que "ces éléments qui constituent une constante dans l’œuvre peinte de William Klein ne procèdent pas d’une idée non protégeable mais bien d’une création de forme portant la marque de sa personnalité propre". Pour un préjudice dit "incontestable", le ddesigner de la maison Dior a été condamné a 150.000 euros de dommages et intérêts à titre de provision pour l’atteinte à ses droits patrimoniaux et 50.000 euros pour l’atteinte au respect de l’œuvre, le journal Le Monde révélant que le photographe ne compte pas en rester là et obtenir des dédommagements plus importants.
L’avis de Photosapiens
La ressemblance entre le travail de Galliano et celui de Klein est effectivement troublante et ne s’arrête pas au simple procédé, la composition étant rigoureusement identique. Reste qu’il s’agit là d’un cas assez inédit, l’utilisation abusive, non pas des images, mais de leur présentation. En l’occurrence, l’attaque porte ici sur un point assez discutable : on pourrait prendre le contre-exemple de Warhol et ses portraits en bichromie, technique graphique tombée pour ainsi dire dans le "domaine public". Ainsi, la propriété intellectuelle du travail du photographe ne s’arrêterait-elle aujourd’hui plus à la photo elle-même, mais s’étendrait à sa présentation. Une seconde dimension artistique très forte, au moins aussi importante que l’image elle-même lorsque le moment est venu pour l’artiste d’exposer ses photos. Même si dans le cas présent, Klein utilise cette figure de style pour présenter des images qui ont pour certaines plusieurs dizaines années d’existence, et, comble de l’ironie, ont pu avoir une première vie au profit de l’industrie de la mode...
Cette affaire de recyclage d’image et du travail effectué sur celle-ci illustre en tous cas à quel point la photographie devient un procédé artistique complet et protéiforme.
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