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Par Laurent Meynier
3/03/09 1226 visites Impression (PDF) |
Livre photo monographie, catalogue d’exposition
20ème Visa pour l’image

Visa pour l’information
Cet ouvrage a été publié à l’occasion du vingtième anniversaire du « FIP » Festival International du Photojournalisme, aussi appelé « Visa pour l’image », qui s’est déroulé à Perpignan, du 30 août au 14 septembre 2008. Il contient une partie rétrospective racontant l’histoire de ce festival, expliquant son engagement, évoquant les moments d’anthologie et dressant un bilan de ces deux décennies. Par ailleurs, il présente également toutes les expositions de 2008 dans une seconde partie riche en images et commentée par les grands reporters eux-mêmes (je ne détaillerai pas cette partie ici). Ce catalogue officiel vient nous rappeler que si le traitement de l’information a radicalement changé et si les médias ont évolué depuis vingt ans, le grand reportage nécessite toujours de porter un regard responsable sur le monde et l’implication personnelle du reporter, il restera donc en toute logique, une affaire de professionnels.
Genèse et vocation
En 1989 Jean-François Leroy et Michel Decron constatent que les Rencontres d’Arles sont le seul festival de photographie vraiment représentatif des différents genres photographiques, mais avec le problème intrinsèque de tous les représenter sans en valoriser aucun. C’est pourquoi, ils ont l’idée de créer « le » festival dédié au photojournalisme. Leur projet, qui est soutenu par Roger Thérond, alors directeur de Paris Match, est sélectionné dans le cadre d’un appel d’offre lancé par la ville de Perpignan, pour animer la fin de la saison touristique d’été.
Première saison en septembre 1989. Au programme, 26 expositions et des soirées de projection en présence de grands reporters, comme aujourd’hui d’ailleurs, mis à part des moyens assez rudimentaires mis en œuvre à l’époque, mais qui n’ont pas ralenti les bonnes volontés. Bilan : un beau succès participatif, mais une faible rentabilité. Qu’à cela ne tienne, le projet a bel et bien fonctionné et le festival ne cessera pas de grandir et de s’améliorer par la suite.
Visa pour l’image s’est fixé trois objectifs : découvrir, exposer et valoriser le travail des reporters.
Qu’ils soient de grands noms, des « vétérans » de la profession, ou de « nouveaux talents », le festival va leur permettre de se faire connaître du public et aussi de leur donner un lieu pour se rencontrer.
C’est peut-être ce point qui va être déterminant dans la pérennisation du projet : réaliser pour de bon des échanges en principe improbables, entre les différents participants, pour ne pas dire protagonistes ; les journalistes, les agences de presse et les médias. Le festival participera certainement à la nouvelle coordination de cette profession aux multiples facettes qui va enfin pouvoir se réunir autour de la notion d’engagement, une conception qui se doit d’être à la base de l’activité journalistique.
L’éternelle question que chaque reporter s’est forcément posée, et qui caractérise le mieux cet engagement est : « doit-on tout montrer ? ». Jean-François Leroy décide d’y répondre avec force en 1994, en dévoilant des images très dures prises lors des évènements du Rwanda. Il affirmera ses choix en précisant que « Savoir n’est pas seulement un droit, mais un devoir ». L’actualité, aussi dure qu’elle est, n’est pas créée par les journalistes, ils considèrent en revanche qu’ils ont le devoir d’en rendre compte.
Cette radicalisation ne sera pas du goût de tous les visiteurs et les critiques fuseront par la suite au sujet d’une certaine « complaisance » envers la violence, exhibée dans les salons du festival. L’actualité des années à venir abondera dans ce sens et la dureté des réalités de ce monde se vérifiera en Tchétchénie, Birmanie, Afghanistan, Darfour, Kenya… de nombreux conflits dans lesquels les reporters recueilleront des scènes d’une violence extrême. C’est bien cet aspect qui fera polémique autour du Festival. On ne pourrait pourtant pas réduire l’engagement des photographes et résumer leur implication, par le seul dessein d’alimenter une polémique et de faire vendre des journaux.
Visa pour les médias
Par ailleurs, Visa pour l’image revendique depuis sa création, la fonction de diffuser une information réelle, si dérangeante qu’elle soit, et qui ne serait plus relayée par les médias de masse comme les journaux télévisés ou la presse grand public, qui préfèrerait édulcorer et lisser dans le sens du « bon goût » et du politiquement correct. C’est un parti pris qui représente bien l’esprit de ce festival et qui réaffirme son engagement total, n’en déplaise à quelques confrères.
Cette opposition croissante depuis quelques années, tend aujourd’hui à positionner le festival de Perpignan comme un lieu de résistance face au lissage de l’information.
Les sujets de reportages, autrefois commandés par des journaux nationaux, deviennent de plus en plus rares et les journalistes ont du évoluer vers une gestion de l’information au niveau mondial. Une raison supplémentaire pour Jean-François Leroy de permettre aux directeurs internationaux de venir se rencontrer à Perpignan. Tous répondent à l’appel et il y a lieu de croire que Visa pour l’image joue à présent ce rôle de première importance, cette fonction indispensable de catalyseur qui donne vie aux projets en dehors de toute pression politique ou économique, ce qui à l’heure actuelle est suffisamment rare pour être souligné. Il faut pourtant préciser que ce festival est sponsorisé (comme les autres) par quelques grandes marques, la ville de Perpignan et un grand groupe de presse ( !) mais il assume pourtant cet aspect contradictoire avec l’idée de liberté de la presse puisqu’il n’y a pas de liberté de la presse sans presse !
Visa pour l’image est donc plus lucide que jamais, son bilan provisoire est révélateur d’une bonne santé et le Festival continue de progresser (en dépit des critiques), notamment vers le public et en développant des projets pédagogiques. Mais le plus important est sans doute l’idée que cet événement participe à une prise de conscience au sein d’un public qui vient toujours plus nombreux parce qu’il commence à comprendre l’importance de pouvoir accéder à une information brute, rapportée par des journalistes professionnels situés en amont des médias qui la diffusent.
Infos pratiques, notation et achat :
| Visa pour l’image Bilingue Français/anglais Éditeur : Snoeck Dépôt légal : août 2008 ISBN 13 : 978-90-5349-691-6 Dimensions : 17 x 23 cm Pages : 224 pages, broché, 200 illustrations Prix : 25 euros Notre appréciation : Intérêt du sujet 5/5 Photographies 5/5 Impression et reliure 5/5 |
En savoir plus sur :
- Snoeck Editeur
- Visa pour l’image Festival
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