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11/08/06 -
Par Philippe Jalabert
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A la lumière de l’ombre

A la lumière de l’ombre est la première monographie consacrée à l’artiste suisse Béatrice Helg. L’ouvrage témoigne des temps forts d’une oeuvre internationalement reconnue et célébrée qui se présente sous forme de photographies aux thématiques abstraites.
Béatrice Helg appartient à la famille des artistes photographes qui organisent une mise en scène de leur travail avant la prise de vue. Ses photographies grand format sont produites par séries. Elle va construire très soigneusement un espace dans lequel vont être installés des éléments qu’elle va disposer à la fois de manière rigoureuse et subtile. Cet ensemble va être modelé par un éclairage complexe, puis photographié. Le dispositif est invariablement le même, ne s’accommodant que de très légères variations, depuis une vingtaine d’années : un arrière-plan qui fonctionne comme une sorte de décor, et un plan horizontal sur lequel sont posés un ou plusieurs éléments systématiquement centrés ; exceptionnellement dans une série intitulée Esprit froissé, l’élément central ne repose sur rien et semble en lévitation, comme animé délicatement. L’espace que l’artiste créé est totalement construit, artificiel et fort dans sa structure. Les matériaux que Béatrice Helg emploie sont des matériaux bruts qui sont choisis pour leur matérialité et pour les qualités dont ils font preuve en réagissant à la lumière : des plaques de métal oxydées sont utilisées pour le fond et le plan horizontal ; les éléments placés au centre de l’image sont en plexiglas, en verre, pierre, brique ou métal nu. Les formes sont ténues, d’une extrême sobriété. Seules les traces de rouille ou d’oxydation, les embuages, ombres et reflets vont donner vie à ces matériaux. Rien d’anecdotique. Aucune trace humaine, aucune notion d’échelle. Une grande poésie imprègne cet univers.
Ce qui fascine dans ce travail relève d’une impression de rigueur, d’équilibre, de calme et de force associée à une grande subtilité, à une infinie richesse dans l’économie des moyens. La maîtrise évidente de la technique est au service de cet art de la mesure et il en émane une sensation de perfection (tant dans l’installation des constituants de l’image que dans la prise de vue et le tirage). Or, s’il n’y avait que cela, cette photographie paraîtrait ennuyeuse ; il s’y passe donc autre chose.
En regardant longuement ces somptueux tirages vus à Arles et reproduits avec beaucoup de soin dans le beau livre d’ACTES SUD, j’ai découvert que toutes ces constructions fonctionnaient sur un modèle à la fois paradoxal et fascinant, à l’instar du titre de l’ouvrage (À la lumière de l’ombre) ; le jeu de l’ambivalence radicale régit systématiquement cet ensemble : chaque photographie renvoie à une figure qui est à la fois statique et animée ; posée et en lévitation (photographie de couverture) ; lourde (le métal) et légère (le papier de la série Esprit froissé ou l’impression d’envol) ; pauvre (matériaux bruts) et d’une très grande richesse (lumières, couleurs, organisation) ; rigoureuse (la géométrie, la composition) et informe (les oxydations) ; définitive (proche de l’icône) et éphémère (fragile, d’un équilibre précaire puis démontée) ; transparente (plexiglas) et opaque (ombres profondément noires) ; liquide (effets de coulures) et solide (plaques brutes et épaisses) ; mate et brillante ; etc. Cette liste pourrait être déclinée presque indéfiniment. Et c’est cette tension multiple, continue, qui fait sans doute la force de l’oeuvre de Béatrice Helg qui développe une démarche installée dans la durée et qui renvoie ainsi le sentiment d’une grande détermination.
Les reproductions, pleine page, qui figurent dans ce livre d’ACTES SUD, sont très soignées, généralement fidèles aux oeuvres présentées dans l’exposition qui se tient à la Chapelle du Méjan à Arles (du 4 juillet au 27 août) et la mise en page est rigoureuse. Un texte d’Alain Sayag (conservateur au Cabinet de photographie au Centre Georges Pompidou, à Paris) et de Guido Magnaguano (l’actuel directeur du Musée Tinguely de Bâle où une autre exposition des oeuvres de Béatrice Helg vient de se terminer) figurent dans cet ouvrage et éclairent le travail de l’artiste.
Informations pratiques, notation et achat :
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Dép-Lég : 16 juin 2006 ISBN : 2-7427-6175-6 Format : 29,5x24,5 cm, couverture rigide Nombre de pages : 130, 50 photographies couleur pleine page et 15 petites Prix : 48 euros Nos appréciations : Sujet : 5/5 Photos, impression : 5/5 Textes : 4/5 Esthétisme : 5/5 |
En savoir plus sur :
- Béatrice helg Photographe
- Guido magnaguano Auteur
- Alain sayag Auteur
- Actes Sud Editeur
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