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26/02/08 -
Par Loïc Fel
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A380

Michel Fraile et Michel Polacco font un éloge appuyé de l’A380 dans le cadre du livre paru sous le nom de ce modèle d’Airbus chez Hachette dans un grand format à l’italienne. Ce livre est une occasion d’aborder la question de l’indépendance des photographies vis-à-vis de leur sujet.
La question peut sembler extrême mais ce livre de passionnés, riche et très esthétique, arrive dans un contexte global à contre courant de l’aviation civile pour des raisons de responsabilité environnementale. La question de l’indépendance de la qualité des œuvres vis-à-vis de leur contexte et de leur sujet s’est posée, de manière plus extrême bien sûr, vis-à-vis de Céline ou de Heidegger. Elle se pose également face à ce livre élogieux sans nuancer son sujet.
L’A380 est le plus gros porteur civil produit industriellement. Il transportera plus de 800 personnes. Le site où on l’assemble, à Blagnac, est également gigantesque : le bâtiment mesure 500 mètres de long et 46 mètres de haut. Le seul poste de montage pèse 1 200 tonnes. Les parties qui composent l’avion sont produites aux quatre coins de l’Europe. Leur acheminement jusqu’à l’usine d’assemblage donne lieu à des barges remontant la Garonne, des convois exceptionnels de nuit sur les routes, etc. Les aspects titanesques de certaines entreprises industrielles en font des sujets esthétiques de choix, notamment pour les photographes. Après les buildings et les paquebots, les avions occupent une bonne place à ce titre.
Les clichés rassemblés avec soin par Michel Fraile, et il est l’auteur d’un certain nombre d’entre eux, ont en commun de glorifier le gigantisme pour la plupart, l’aérodynamisme pour certains, pour le pur esthétisme, ou encore la puissance technique avec d’autres images. Sur ces thématiques relativement courantes pour les livres autour de l’automobile, des sports nautiques et de l’aviation, le gigantisme du sujet, l’ A380, permet de pousser à son paroxysme cet exercice de style. Ceci donne lieu à des clichés originaux comme les gros plans sur le cockpit couvert de givre ou bien l’énorme avion qui passe sur un pont au-dessus d’une route.
Mais, le texte peut-être même plus que les clichés, se montre d’un optimisme qui frise parfois l’idéologie. Pourquoi cette réserve ? Parce que les 16.000 avions commerciaux à réacteurs en activité dans le monde émettent en un an presque autant de dioxyde de carbone, vecteur du réchauffement climatique, que toutes les activités humaines en Afrique sur la même période selon un rapport de l’ONU, soit : 600 millions de tonnes métriques de dioxyde de carbone par an. C’est ce qu’indique le rapport du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) présenté le 20 février 2008 à l’occasion d’une session extraordinaire de cette organisation à Monaco, consacrée au financement du défi climatique. Cette question n’est pas totalement éludée dans le texte de Michel Polacco qui envisage pourtant le problème. Mais il le fait avec une confiance absolue en la capacité future de l’aéronautique de réduire ses émissions. Par exemple, l’auteur estime que l’A380 est plus performant d’un point de vue environnemental puisque selon la mesure des consommations de carburant par passager pour faire 100km il est moins consommateurs que les autres avions de ligne. C’est un aspect positif à mettre sur le compte de cette avion. Mais il est essentiellement dû au nombre de passagers transportés…
Autre facteur de responsabilité, sociale cette fois, l’A380 qui représente des investissements colossaux et une prise de risque pour les états actionnaires et les entreprises partie-prenantes n’étaient pas nécessaires à l’efficacité de cette industrie ; et d’autres projets, dans d’autres domaines, auraient pu être favorisés comme les énergies nouvelles, créneau compétitif pour le futur de l’aéronautique. En ce qui concerne la responsabilité sociétale, les récentes affaires et scandales médiatiques entourant l’A380 où les entreprises parties prenantes sont également peu engageants.
Doit-on alors éluder ces enjeux pour apprécier les photographies ; ou bien doit-on intégrer dans notre jugement cet aspect ? Nous ne pouvons, et ne devons pas répondre, mais il est indéniable que deux discours, disjoints ou complémentaires, peuvent être tenus relativement aux images qui illustrent ce livre. Mais ce livre est imprimé sur un luxueux papier glacé et réalisé dans des presses moins onéreuses puisque situées en Chine. Ceci nous incite à penser qu’il n’y a pas que le sujet qui est à contre courant des discours sur les responsabilités environnementales et sociales qui occupent le devant de la scène depuis plus d’un an.
Ainsi, la qualité de l’ouvrage, qui est déjà un bel objet, richement illustré avec des reproductions de grande taille sur papier glacé satisfera les passionnés d’aéronautique, avec une illustration précise, et les amateurs de photographies pour des images nombreuses et de photographes divers. Pour les personnes plus sensibles aux questions environnementales...
Informations pratiques, notation et achat :
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184 pages Date parution : octobre 2007 ISBN-13 : 9782851206534 ISBN-10 : 2851206532 Langue : Français Nombre de photos : 131, couleur Format : 39.5/27.5 cm Prix : 49.90 Euros Nos appréciations : Sujet : 3/5 Photos : 4/5 Esthétisme : 4/5 |
En savoir plus sur :
- Michel fraile Photographe
- Michel polacco Auteur
- EPA Editeur
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