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Photographe Art
Par Pamela Messi  22/06/08
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Livre photo monographie, catalogue d’exposition

Acta Est

Acta Est

Acta est, première monographie consacrée à la photographe de l’agence Magnum Lise Sarfati, est le fruit de ses nombreux voyages en Russie. En 46 photographies couleurs – d’abord, des « natures mortes » : immeubles délabrés, usines à l’abandon, puis des portraits – Lise Sarfati offre un témoignage personnel et troublant sur un pays qui, depuis la chute de l’empire soviétique, n’a pas achevé sa transition.

Sur des pages et des pages, des espaces déserts. Pas une âme qui vive dans ces ruines de l’empire soviétique, photographiées par Lise Sarfati. Une bijouterie à Norilsk, un abri d’autobus, un kiosque (fermé), un immeuble en briques, un autre, qui lui ressemble, mais sous la neige, un téléviseur et des tabourets, des chaises et des tables, à Moscou cette fois, des ateliers, des usines, un garage... Et puis, tout d’un coup, deux silhouettes. Deux jeunes garçons vêtus de noir, le crâne rasé. Ils se tiennent, immobiles et parfaitement symétriques, de part et d’autre d’une étrange machine. De jeunes détenus, nous apprend la légende. Nous sommes à Ikcha, dans une colonie de rééducation par le travail pour mineurs. En 1995. Ces deux silhouettes produisent l’effet d’un choc. Ces territoires en ruines sont donc encore habités... Pas pour longtemps. Car reviennent ensuite, les images de ferraille. Les usines de plomb, de métallurgie... Et on se demande si, finalement, on n’a pas rêvé cette présence humaine. Jusqu’à ce qu’arrive le premier « vrai » visage du livre : Volodia. Assis dans son fauteuil, il mange des bananes. Un peu plus loin, Dima, son frère, se tient, le visage barbouillé de rouge devant un papier peint fleuri et désuet.

Lise Sarfati, photographe membre de l’agence Magnum, a bien fait des rencontres lors de son voyage en Russie. L’espace de quelques pages, on a pu en douter. C’était mal la connaître. Lise Sarfati s’approche de ces sujets. Tout près. Les douze dernières pages du livre en sont une preuve troublante. A l’opposé de la première partie, elles sont remplies de personnages. Il y a, par exemple, la famille de Volodia. En 1992, place Pouchkine à Moscou, Lise Sarfati rencontre trois enfants qui traînent. Elle ne sait plus comment, mais finit par les accompagnés chez eux. Elle rencontre la mère. Revient régulièrement prendre des photographies. Les garçons passent peu de temps chez eux, à cause d’un père qui les bat. Un jour, pour une histoire de cigarettes, ils battent à mort un homme qui ressemble à leur père. Lise Sarfati continuera à les suivre à l’Institut Serbsky d’expertise psychiatrique, puis à la colonie pour détenus mineurs d’Ikcha. « Petit Goulag » des enfants. « L’histoire, qui dure quelque cinq ans, aurait pu être inventée par Dostoïevski », note en introduction l’historienne de l’art Olga Medvedkova.

Dans ces douze dernières pages du livre, constate-t-elle, les photographies de garçons, d’adolescents, de jeunes gens sont battues « comme un jeu de cartes », dans un ordre qui n’a rien à voir avec les histoires qu’elles racontent. Mais il y a bel et bien un fil conducteur. On observe dans le travail sur le corps humain, réalisé par Lise Sarfati dans la colonie pénitentiaire, le même « classicisme stylisé » que dans ses images de ruines staliniennes. Comme cette photographie – presque un tableau – de garçons dans la douche, aux « positions parfaites de statues grecques ».

Même recherche esthétique dans les quatre photographies de transsexuels récemment opérés dans un hôpital de Moscou. Pourquoi ces images ? Pourquoi maintenant ? Parce qu’elles « fournissent une clé pour une « lecture » adéquate des personnages de Lise Sarfati », explique Olga Medvedkova. Comme cette « figure coupée, sans pieds ni tête, placée en diagonale, les jambes écartées, sur son lit et qui montre en soulevant sa robe son sexe opéré et bandé, dans un geste démonstratif qui est d’autant plus frappant qu’il tranche sur la manière habituelle de Lise Sarfati ». Une « double amputation, photographique et réelle » qui place le corps au centre de la recherche artistique de l’auteur. « Indépendamment des conditions culturelles ou sociales, analyse Olga Medvedkova, le corps existe, vit, souffre, prend une position. Par le simple fait de sa présence, il donne une échelle à l’espace, il adoucit les lignes droites, estompe les angles. »

On peut s’interroger, pour terminer, sur le titre de ce livre, dont les photographies ont été prises dans les années 90. En latin, c’est par cette phrase, « Acta est fabula » (« la pièce est jouée »), que l’on mettait fin, dans le théâtre antique, à une représentation. Peut-être est-ce une manière de dire qu’en Russie, le passé n’a plus, ou du moins, ne devrait plus, avoir cours.


Infos pratiques, notation et achat :

Broché : 46 pages
30 euros
Date de parution : 4 décembre 2007
Collection : Photographie
Langue : Français
ISBN-10 : 0714899658
ISBN-13 : 978-0714899657
Intérêt du sujet : 5/5
Texte : 5/5
Photos : 5/5
Mise page et impression : 5/5
 


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