Art, photographie contemporaine
22/08/08 -
Par Stéphanie Pons - 494 visites - Impression (PDF) 
Aleyo

Le Sacré, le Corps et le Politique
Sophie Elbaz, photoreporter dès 1986, quitte le monde de la presse en 1995 pour investir le champ de l’art et se consacrer à des projets personnels. Aleyo, son dernier ouvrage, est publié parallèlement à l’exposition qui se tient à la Maison Européenne de la Photographie jusqu’au 14 septembre. Ce double événement est l’occasion de découvrir différents aspects du travail de cette photographe qui se qualifie elle-même de « voyageuse humaniste ».
Avant d’ouvrir Aleyo, il est conseillé au spectateur curieux de commencer par une visite à la Maison Européenne de la Photographie. « L’envers de soi », tel est le nom de l’exposition rétrospective consacrée à Sophie Elbaz. La formule, choisie par l’artiste, est empruntée au philosophe Levinas et désigne le voyage intérieur qui permet de révéler d’autres faces de soi. Le ton est donné : l’exposition est une invitation à cerner l’œuvre photographique de Sophie Elbaz dans sa diversité, œuvre jalonnée de ruptures sans cesse liées à des bouleversements internes.
Au fil des salles et dans un ordre chronologique, on suit son parcours : née en 1960, elle voyage très tôt en Amérique Centrale et réalise ses premières photographies entre le Guatemala et le Mexique. Elle part ensuite aux Etats-Unis, où après avoir été assistante photographe, elle est admise à l’International Center of Photography (ICP) de New-York en 1984. « J’étais très motivée et possédais une très bonne technique de tirage et parlais deux langues étrangères. J’étais décidée : je voulais être photojournaliste ». Une fois diplômée, elle travaille successivement pour Reuter, Gamma et Sygma. De l’Afrique aux Balkans, elle couvre de nombreux événements, forgeant sa vision de photoreporter. L’exposition présente une série majeure de cette époque, signe de son engagement aux côtés des exclus : « Contre toute attente », un essai photographique réalisé auprès des réfugiés bosniaques. Images en noir et blanc denses, sobres, d’une remarquable maîtrise formelle, dans la plus pure tradition du genre.
En 1995, alors qu’elle travaille pour Sygma, la jeune photographe rend sa carte de presse. « En un sens, je me suis structurée avec le photojournalisme, mais je n’étais pas à ma place dans une agence telle que Sygma, où il fallait avoir une âme de mercenaire plus que d’humaniste ». Elle veut partir en quête de soi, « retrouver son âme ». C’est alors qu’elle effectue son premier voyage à Cuba. Elle y réalise une série sur le théâtre Garcia Lorca de la Vieille Havane et s’immerge dans un univers atemporel, sans qu’aucune considération politique ne vienne cette fois guider son travail. Ce voyage inaugure une succession de séjours sur l’île au cours desquels, plongeant chaque fois un peu plus dans les entrailles cubaines, elle poursuit sa quête spirituelle en s’initiant graduellement aux pratiques religieuses locales et en participant aux cérémonies sacrées de la "Santeria".
Cette mue progressive, qu’il s’agisse de son approche photographique ou de son travail introspectif, s’accompagne d’un changement formel en 2000. Elle s’en explique : « Je continuais de travailler en noir et blanc mais mes images ne m’intéressaient plus. J’avais l’impression de les avoir vues déjà mille fois. (…) Je voulais sortir de la rigueur du cadre (…) ». Passant à la couleur, elle développe une technique particulière, où elle retravaille ses images par un procédé organique : l’image n’est plus fixée à la prise de vue, mais en devenir. « Pictorialistes et accidentelles », les photographies réalisées avec ce procédé laissent une plus grande place à l’imaginaire.
La dernière salle présente une partie de l’ultime série cubaine, Aleyo (2006-2007) et témoigne de ce basculement formel et stylistique, plaçant le spectateur dans une une toute autre atmosphère. Ici, aucune photographie noir et blanc, mais des tirages grand format en couleur, isolés ou agencés en diptyques. Le projet s’articule autour d’une trilogie « Le sacré, le corps et le politique » et pose un regard singulier sur Cuba : celui d’une étrangère (Aleyo, en langue Yoruba), qui aurait au fil du temps sondé l’âme cubaine pour mieux explorer sa propre intériorité.
Les photographies exposées constituent une excellente introduction au livre paru aux éditions Images en Manœuvre, où l’on découvre l’intégralité des images de la série. Déroutantes, elles révèlent une vision fragmentée, parcellaire de Cuba, s’apparentant à des « flashs ». Des « images mentales » - pour reprendre la formule de Raymond Depardon - dont l’écriture libre s’émancipe des codes du photojournalisme. Préfacé par Alain Borer, « Aleyo » se conclut par un entretien avec la philosophe Seloua Luste Boulbina : autant de clés pour mieux appréhender l’oeuvre photographique de Solphie Elbaz.
Infos pratiques, notation et achat :
| Aleyo, le Sacré, le Corps et le Politique Photographies en quadrichromie Préface d’Alain Borer Langue : Français Images En Manoeuvres Editions Parution : 10 juin 2008 Format : Relié 24 x 28 cm 128 pages ISBN-10 : 2849951226 ISBN-13 : 978-2849951224 Prix : 31 euros |
En savoir plus sur :
- Sophie elbaz Photographe
- Images en Manoeuvres Editeur
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