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Arabian Stars par Jordi Colomer

Arabian Stars par Jordi Colomer

Arabian stars est la deuxième exposition personnelle de Jordi Colomer à la galerie Michel Rein. Comme pour sa précédente exposition, Le dortoir, en 2002, l’artiste ne se contente pas ici de projeter une vidéo mais installe un dialogue complexe dans lequel le spectateur doit trouver sa place, construire un point de vue qui n’est pas imposé d’emblée. Avec Arabian stars, Jordi Colomer interpelle des icônes charriées par la culture de masse occidentale, en les rejouant dans un monde où cette culture n’a que peu de prise.

Tourné début 2005 lors d’un séjour au Yémen, le film Arabian Stars (master haute définition de 38 minutes) met en scène des citoyens yéménites croisés au gré du voyage. Les personnages ont accepté de se laisser prendre au jeu, de marcher face à la caméra en portant des pancartes colorées en carton, sur lesquelles sont manuscrits en arabe les noms de personnages célèbres, réels et fictifs, internationaux et locaux (Michael Jackson, Pikachu, James Bond ou Zinedine Zidane mais aussi le chanteur Abo Bakr Saalem, les poètes Al Zubeiri ou Albaradoni, la ministre des droits de l’homme Amat al-Alim al-Susua...) Leurs occupations momentanément interrompues par ce geste incongru, ces performers improvisés évoluent ainsi dans leur décor quotidien, les villes de Sana’a, Shibam, Aden ou le désert. De même, les mots en arabe inscrits sur les pancartes trouvent dans ces contextes déplacés une acception moins évidente. De longs plans séquences se succèdent, installant le regard dans un temps dilaté.

Lara Croft, 2005 Courtoisie galerie Michel Rein, Paris (c) Jordi Colomer
Lara Croft, 2005 Courtoisie galerie Michel Rein, Paris
© Jordi Colomer

A la galerie Michel Rein, l’espace est transformé. Le film est projeté dans une salle repeinte en vert clair, couleur des intérieurs yéménites. Quatre-vingt-deux chaises dépareillées (en écho aux quatre-vingtdeux personnages du film) attendent les spectateurs. Les trente-sept pancartes colorées sont accrochées au mur. Arabian Stars s’inscrit dans la continuité de Anarchitekton (2002-2004) et de (un crime) (2004), les deux projets précédents. Dans Anarchitekton, un personnage singulier parcourt quatre villes (Barcelone, Bucarest, Brasilia, Osaka) brandissant des maquettes en carton, reproductions précaires de divers bâtiments, étendards grotesques, provocations utopiques ou brillantes bannières. Dans (un crime), un groupe de douze anonymes porte des lettres en volume qui construisent au fur et à mesure le récit d’un fait-divers de la fin du 19ème siècle tel qu’il fut relaté dans le "Petit Journal", quotidien de l’époque. Le récit se déroule dans les lieux de la ville où le crime a pu être commis.

J’étais conscient de travailler à l’intérieur du champ de la représentation, littéralement immergé dans des décors, construisant le moindre objet, enfermé sur le plateau de tournage... Après Le dortoir j’ai décidé d’ouvrir une porte, de sortir avec une boîte en carton dans la rue et de travailler sur la scène de la réalité pour voir comment elle pouvait être contaminée par la fiction. Avec Anarchitekton, j’ai confronté des villles à leurs icônes architecturales ; dans (un crime), il s’agit de voir comment la ville peut être habitée par des récits ; dans Arabian Stars, il est question de visualiser l’ensemble de noms qui constituent un imaginaire, celui de la culture de masse, dans un contexte qui ne lui appartient pas, le Yémen.

 

Jordi Colomer in ABC de las artes y las letras, Madrid, octobre 2005

Dans les trois vidéos, les personnages, de plus en plus nombreux, traînent des objets : maquettes d’architectures, lettres en volume, pancartes portant des noms, tous en carton.

Le Yémen est le contexte et le terrain est la réalité.

 

William Jeffett, "Estrellas en el desierto/ Desert stars", in Jordi Colomer - Arabian Stars, Museo Nacional Reina Sofia, Madrid, Espagne ; Salvador Dali Museum, Saint-Petersburg, Floride, USA, 2005

Il n’est pas facile d’imaginer ce que ces personnages représentent au Yémen : on ne saura jamais quel décor est celui de Sherlock Holmes dans l’imagination d’un bédouin.

 

Eduardo Mendoza, écrivain - "Estrellas Fugaces/ Falling Stars", op. cit.

La vidéo Arabian Stars a été co-produite par le Museo Nacional Reina Sofia, Madrid et le Salvador Dali Museum, St-Petersbourg, Floride, USA. Catalogue Jordi Colomer - Arabian Stars (Museo Nacional Reina Sofia, Madrid, Espagne ; Salvador Dali Museum, Saint-Petersburg, Floride, USA, 2005, 184 pp.) en vente à la galerie.

Source : Galerie Michel Rein


Informations pratiques :

Arabian Stars par Jordi Colomer
Du 19 novembre au 24 décembre 2005
Galerie Michel Rein (Paris 3ème)
 


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