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Communiqué
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Arnaud Lesage à la Fnac Montparnasse

Mutations itinérantes
Le dossier d’Arnaud Lesage, prix Fnac européen de la photographie 2005, a été sélectionné parmi ceux des neufs lauréats des pays européens où la Fnac est présente : Belgique, France, Italie, Espagne, Suisse et Portugal.
Le Prix de cette troisième édition a été décerné par un jury, réuni le 5 juillet à Arles, composé de :
François Barré, président des Rencontres d’Arles
Marco Delogu, directeur artistique du Festival International de la Photographie de Rome
Bernard Kapp, rédacteur en chef de Courrier International
Denis Olivennes, président de la Fnac
Miguel Rio Branco, photographe de l’agence Magnum
Françoise Riss, rédactrice en chef photo du journal Le Monde
Laura Serani, directrice de la photographie et de l’audiovisuel à la Fnac
Teresa Siza, directrice du Centre Portugais de la Photographie à Porto
Olga Sviblova, directrice de la Maison de la Photographie à Moscou
Pseudomnésies
N’ai-je pas déjà vu la photographie que je suis sur le point de prendre ?
Mais où était-ce ? Mais quand était-ce ?Je traque les apparitions. La photographie me sert à confirmer qu’elles ont effectivement eu lieu. Pourvu que cela se localise « n’importe où dans le monde » .Les images prises restent à l’état de larve jusqu’à ce que de nouvelles entrent en collision avec elles au point de les réveiller, leur donner sens. Une mécanique de la rencontre.
Chaque photographie que je prends me dit que je suis ici. Oui, je suis ici, mais à y réfléchir, je n’y suis pas encore, car ce lieu n’existera pour moi qu’en tant qu’image. Et je n’y suis déjà plus : la photographie prise a posé un nouveau repère qui désormais me repousse. Maintenant, l’apparition ne peut plus avoir lieu que « n’importe où hors d’ici ». Mon territoire me marque en me jetant dehors.
Alors c’est une énumération qui n’en finit plus... Qui refuse le calcul : 1, 1, 1, 1, et je recommence : je n’oublie pas que je suis amnésique. Qui a pris cette photographie il y a peut être dix ans ? J’étais alors un autre, et j’ignorais qu’aujourd’hui je serai ici. Pourtant, j’ai parié qu’un jour cette image en rencontrerait une prochaine.
Chaque nouvelle image est la mémoire de la précédente.
Le temps de la prise de vue, celui de l’assemblage, comme celui du spectateur, voient la perception se nourrir du souvenir. Ne serait-ce pas alors dans la mémoire que se formera la véritable image de ces ensembles ? Le temps s’y perd au fond du temps, les lieux se confondent en se scindant. Peutêtre la substance réside-t-elle dans ces allers-retours perpétuels entre des lieux et des temps distincts davantage que dans les images ? Des interstices, mais entre quoi et quoi ? entre où et où ? quand et quand ? qui ?
Je n’oublie pas que je suis amnésique.
Mon album de famille, mes images de voyage : personne, nulle part, n’importe quand,aussi bien que : chacun, partout, en permanence.
Je pose ma question à l’ailleurs. Et puis j’écoute : échos.
Arnaud Lesage
Arnaud Lesage, Des mutations visuelles aux associations séquentielles
Après s’être longtemps posé la question que photographier ?,Arnaud Lesage a pris la décision de tenter de faire la même image n’importe où dans le monde, à savoir ce qu’il nomme un segment vertical centré, qu’il repère au gré de ses déplacements et de ses voyages. Il ne s’agit pas d’une recherche obsessionnelle de cette forme, mais d’un état d’alerte, d’une sorte de sixième sens visuel qui lui permet de la déceler, quelles qu’en soient les circonstances. Elle peut s’y affirmer avec évidence, tout comme être dissimulée au milieu de parasites visuels qui l’occultent, la troublent ou interfèrent avec elle. La repérer n’en devient alors que plus excitant d’autant que le photographe apprécie se confronter à la diversité des conditions d’apparition de la forme choisie.
Cette notion d’apparition s’avère primordiale dans la première étape du travail d’Arnaud Lesage que constitue la prise de vue. La première aptitude à lui reconnaître est son sens affûté du cadrage, imparable, allant de soi, offrant une lisibilité totale à son propos, ce segment vertical qui peut prendre des formes aussi évidentes qu’insolites, aussi apparentes qu’à peine perceptibles, failles ou constructions, creux ou excroissances. Si au début, la forme structurait l’image par sa présence au centre de celle-ci et ne souffrait d’aucune ambiguïté d’interprétation, peu à peu il n’hésite pas à la faire interférer avec d’autres éléments, comme dans certaines images de constructions vidées de toute présence humaine, mais où un escalier peut servir de fil conducteur. L’oeil est alors sollicité par une série d’informations qui, tout en semant le trouble, permettent d’autres d’interprétations et surtout d’associations visuelles.
Car c’est là que se situe la deuxième étape de ce travail qui, au fil des années, a fini par constituer un corpus de plus de 4000 clichés autonomes. Il s’agit maintenant pour lui de les assembler et de les combiner en séquences verticales de quatre images, nombre qui permet à la mémoire de les enregistrer et de les ordonner et à l’oeil de les comparer et de les décoder. Comme, théoriquement, ce travail possède d’infinies possibilités de développement et que le photographe continue à y oeuvrer, les ensembles ne sont pas figés. Autrement dit, une image ancienne peut laisser la place à une autre plus récente s’il l’estime plus appropriée dans le contexte de la série. Même s’il le récuse avec sourire, Arnaud Lesage est doté d’une phénoménale mémoire visuelle qui lui permet de retrouver ou de sélectionner dans son fonds, en perpétuelles mutation et augmentation, la ou les photos adéquates pour combiner ses ensembles.
Si au début, une lecture formelle se dégageait en priorité, le travail a rapidement pris de l’ampleur. Il s’est affranchi de certains effets évidents et offre désormais plusieurs angles de lecture, grâce à un jeu parfois très subtil entre des éléments d’images d’une même série en dehors de la trace du segment vertical qui les rassemble.
En opérant de façon séquentielle, Arnaud Lesage confère à son oeuvre une dimension plastique qui, formellement et mentalement, s’inscrit dans un héritage conceptuel exigeant. Rigueur du cadrage, point de vue frontal, juxtaposition d’images, prédilection pour le déplacement, font penser à des pratiques aussi diverses que celles de Douglas Huebler, Richard Long, Peter Downsbrough, et, pourquoi pas, Bernd et Hilla Becher pour la dimension typologique de leur travail.
Quoi qu’il en soit, Arnaud Lesage est en voie d’élaborer une oeuvre intrinsèquement photographique et éminemment personnelle qui, à son instar, ne manque pas d’humour sous ses dehors sobres et détachés, à l’image de ses formats en noir et blanc.
Bernard Marcelis
Bernard Marcelis est critique d’art et commissaire d’expositions. Il collabore régulièrement à art press, à Connaissance des arts spécial photo et à l’art même. Il vit et travaille à Bruxelles.
Informations pratiques :
Mutations itinérantesPhotographies d’Arnaud Lesage, Lauréat du Prix Fnac européen de la photographie 2005
du 18 octobre 2005 au 14 janvier 2006
Fnac Montparnasse, Paris (14ème arr.)
Exposition présentée en partenariat avec HP, Courrier International, et les laboratoires Dupon
En savoir plus sur :
- Arnaud lesage Photographe
- Fnac Montparnasse Lieu d’expo
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