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Attesa

À l’occasion de la publication du numéro spécial de Photos Nouvelles consacré à Anne-Lise Broyer & Nicolas Comment, Frédéric Moisan invite ces deux photographes à poursuivre leur questionnement sur l’Italie et le désoeuvrement amoureux sous la forme d’une carte blanche et d’une exposition collective qui réunira notamment Pierre Alferi, Anne-Lise Broyer, Nicolas Comment, Julie Ganzin, Paul-Armand Gette, Bernard Guillot, André S. Labarthe, Françoise Nunez, Bernard Plossu, Salvatore Puglia, Denis Roche, Anne-Laure Sacriste, Lou, Dominique Mahut, Patrick Bouvet, Richard Dumas, Denis Darzacq...
Un soir d’été au café Van Gogh, lors des avant-dernières Rencontres d’Arles, Isabelle Darrigrand — ainsi qu’elle l’avait fait précédemment pour le collectif Tendance flou — nous proposa cette carte blanche dans Photos Nouvelles. Le ciel était bien mauve et la terrasse très jaune. Pour la première fois, cette proposition nous obligeait à nous retourner sur nous-mêmes : est-ce que le couple que nous formions pouvait être un « collectif » à lui tout seul ? Autrement dit, est-ce que le fait d’être « deux » nous autorisait à accepter cette invitation ? Cela faisait bientôt 10 ans que nous étions entrés « ensembles » en photographie — par effraction peut-être et sans doute aussi par désoeuvrement... Ensemble, mais seuls. C’est-à-dire en dehors de toute communauté et de toute chapelle... La photographie qui nous plaisait alors n’appartenait à aucune école distincte. Tout au plus à un courant diffus de photographes qui semblaient tous avoir pris « le maquis ». Si bien qu’en guise de vita contemplativa, il nous semblait plutôt être entrés dans « le désordre »... Aussi à l’occasion de la parution de ce numéro spécial de la revue Photos-Nouvelles, Frédéric Moisan nous invite à poursuivre ce questionnement à travers une exposition collective du 22 février au 22 mars.
Au départ donc, deux pratiques « complices » d’une photographie que nous nommerons ici — par précaution buissonnière. Le recours à ce moyen d’expression n’étant pas pour nous un choix mais une évidence participant de l’essentiel de l’acte photographique : l’amateurisme accepté dans son sens amoureux. D’où l’absence de thématiques circonscrites ou de genres circonspects dans notre travail. Ainsi nous tenons-nous toujours au seuil de l’intime lorsque nous photographions, précisément dans ces moments de vacance, ces « instants quelconques » qui constituent souvent le plus clair ( et le plus obscur ) de notre temps. Mais très vite, à mesure que les images sont tirées, triées, ce jeu de photographies devient surtout pour nous un combinateur de formes qui trouve de plus en plus sa justification entre les images et donc dans le livre. Cette manière de ( ne pas ) travailler nous permettant de passer pour ainsi dire derrière ces photographies et d’accéder à un autre plan : celui de la fiction où un passage s’effectue de l’intime vers l’indifférence. Ces images de la même manière qu’on transcrit l’oral par écrit glissent alors vers une forme de « récit » : du simple journal intime on accède au roman.
Quant à ce que ce « roman raconte » c’est précisément pour tenter de le définir que nous avons souhaiter convoquer dans ce numéro et dans cette exposition, un certain nombre d’auteurs et d’amis dont le travail nous importe, nous porte mais aussi nous déporte... Nous présenter ainsi comme les défenseurs du « quelconque » et du « transport amoureux » paraîtra sans doute bien superfétatoire à certains mais il n’empêche : c’est bien ce fameux « désoeuvrement » dénoncé par le Président de la République française et laissé en friche par les avant gardes — et peut-être bien pour ces raisons mêmes — qu’il nous plaisait ici de questionner en regard de la photographie. Car, paradoxalement, rien ne nous paraît plus « subversif » à l’heure qu’il est que le sentiment amoureux et le désoeuvrement. Jean-Luc Nancy a déjà montré, au milieu des années 80, ce en quoi les amants et leur « vacance » revêtait une dimension éminemment politique : « Les amants exposent par excellence le désoeuvrement de la communauté. Le désoeuvrement est la face commune et l’intimité. Mais ils l’exposent à la communauté, qui déjà partage leur intimité. Ils sont pour la communauté sur sa limite, ils sont dehors et dedans, ils n’ont à la limite, pas de sens sans la communauté et sans la communication de l’écriture : c’est là qu’ils prennent leur sens insensé. »
Informations pratiques :
AttesaExposition collective
Du 22 février au 22 mars 2008
Galerie Frédéric Moisan, Paris 6ème
Entrée libre
En savoir plus sur :
- Patrick bouvet Photographe
- Anne-Lise broyer Photographe
- Nicolas comment Photographe
- Denis darzacq Photographe
- Richard dumas Photographe
- Julie ganzin Photographe
- Bernard guillot Photographe
- André S. labarthe Photographe
- Lou Photographe
- Dominique marchès Photographe
- Bernard plossu Photographe
- Salvatore puglia Photographe
- Denis roche Photographe
- Anne-Laure sacriste Photographe
- Galerie Frédéric Moisan Lieu d’expo
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