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Par Laurent Fabry
24/07/04 2498 visites Impression (PDF) |
Livre photo art, photographie contemporaine
Billancourt : Pour se souvenir d’un mythe

Billancourt
Avec François Bon, écrivain, Antoine Stéphani fait partie de ces rares privilégiés (ils seraient au nombre de sept) ayant obtenu l’autorisation de pénétrer sur le site de l’ancienne usine Renault pour l’immortaliser depuis que celle-ci a mis fin à ses activités industrielles. Ils nous racontent les derniers instants de cette île usine, à Boulogne, symbole de l’industrie française, dont la déconstruction commencera le 29 mars 2004, douze ans jour pour jour après la production de la dernière voiture (Renault Express). L’usine Renault, implantée sur l’île Seguin, laissera bientôt place à un immense complexe culturel. Sur les 11 hectares que couvrent l’île, ce sont pas moins de 15 000 tonnes de ferrailles (l’équivalent de deux fois le poids de la Tour Eiffel) qui seront bientôt retirés par voie fluviale. Un chantier de démolition titanesque (la première tranche durera 8 mois au rythme de 15 000 mètres carrés déconstruits par mois), suivi d’une quinzaine d’années de travaux pour la reconstruction : Berges aménagées en promenade basse, centre de communication Renault Nissan, mais surtout la Fondation d’art contemporain de François Pinault ainsi que des programmes de logements et de bureaux (sur la rive de Billancourt - encore appelée Trapèze).
C’est donc une grande aventure industrielle qui s’achève. Antoine Stéphani utilise principalement le format carré pour nous montrer ces immenses ateliers désertés, ces monstrueuses machines de fonderie, ces "orgues de tuyauteries", ces vestiaires abandonnés, et ce jeu de cheminées. De larges images éloquentes témoignent du véritable dédale que constituaient ces lieux. Un endroit qui fait aujourd’hui figure de bateau fantôme, tel un vaisseau spatial abandonné. C’est du moins ce qu’il en reste pour quelques temps encore, mais demain tout cela ne sera plus. Ces enchevêtrements métalliques incroyables, qui n’ont plus aucun sens depuis qu’ils on perdu toute utilité, passent pour autant de sculptures post modernes. Comme pour signifier à leur spectateur que l’heure de l’ère industrielle et l’âge d’or de la grosse production automobile appartient peut-être désormais au passé. On imagine le vacarme des machines, la sueur de générations d’ouvriers dans cet univers dédié, entre autres, à la voiture.
François Bon raconte tout cela très précisément lui aussi, dans un texte fleuve parfois un peu ardu, qui alterne poésie et descriptions historiques. L’auteur qui a souhaité d’emblée mettre un texte sur des images une fois qu’elles avaient été faîtes, et sans même connaître leur auteur, nous conte l’histoire de cette usine atypique, qui est aussi celle d’un mythe : la saga du losange jaune de Renault. Renault est le fleuron de l’industrie française : moteurs, trains, camions, autobus, tracteurs, blindés, groupes électrogènes, sont conçus et fabriqués en interne, pour éviter de dépendre des sous-traitants. Renault maîtrise tout et Renault est partout. Mais tout ne s’est pas fait en un jour et l’installation de Louis Renault sur l’île Seguin a eu lieu dans la douleur et même l’illégalité. L’île est habitée et certains irréductibles attendront 1946 pour s’en laisser déloger. L’usine Renault, une histoire déchirée : Sous l’occupation elle produira 34 000 véhicules aux Allemands. A la libération l’entreprise est nationalisée, et Louis Renault, son architecte, concepteur et grand patron, s’en fera chasser et sera incarcéré pour "commerce avec l’ennemi" quelques jours avant de mourir.
Billancourt est un récit passionnant, qui rend hommage aux hommes et aux femmes, ouvriers, chefs et ingénieurs, qui ont pointé à la chaîne dans cette immense usine. Ceux qui ont permis au mythe d’arriver, et qui restent les seuls à pouvoir en garder le souvenir exact. Bien sûr, d’autres images resteront, mais les très belles photos d’Antoine Stéphani sont lourdes de sens, elles matérialisent la fin d’une ère industrielles, et sonnent comme un "Pompéi industriel" pour reprendre les mots de Jean-Claude Gautrand dans Le Photographe.
Infos pratiques, notation et achat :
| 39 euros 32.5 x 30 cm 65 pages ISBN : 2702207316 Note sujet : 5/5 Note photos : 5/5 Note textes : 5/5 Note esthétique : 5/5 |
En savoir plus sur :
- Antoine stéphani Photographe
- François bon Auteur
- Cercle d’Art Editeur
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