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Communiqué
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Exposition photo
Chambre avec vues présente Alexeï Vassiliev

Des-appartions
Alexeï Vassiliev ne donne jamais de titres à ses photos. Il nous laisse seuls face à leur univers secret où surgissent dans le trouble et l’urgence d’instants infimes des êtres qui semblent insaisissables. Nimbés d’énigme, délestés de la moindre trivialité et par-là même dévolus à l’essentiel, ces personnages paradoxaux feignent de s’évanouir pour mieux imposer leur présence aléatoire. Ils oscillent sans cesse entre apparition et disparition. Pour exprimer cette hésitation permanente, qui les rend presque hypnotiques, Alexeï Vassiliev, explore le flou jusque dans ses dimensions les plus extrêmes, n’hésitant pas, de temps en temps, à frôler l’abstraction. Jouant tantôt avec la stridence de couleurs nues, tantôt avec des gammes chromatiques crépusculaires, il laisse parfois les gestes, les visages et les silhouettes se dédoubler ou se démultiplier. Parfois, aussi, il fait courir à ses personnages le risque d’une apparente dilution ou d’un effacement partiel. Mais toujours il les immerge dans une lumière artificielle insolite qui abolit toute notion de temps et de perspective. Alexeï Vassiliev ne dit jamais où il prend ses photos. Il lui importe de préserver cette part de mystère. Il explique seulement que tous ses portraits sont réalisés à l’insu des intéressés. Ce sont des inconnus épiés ou croisés. Ils ne posent pas. Ils ne jouent pas. Ils sont tout simplement eux-mêmes lovés dans la poésie de leur vérité insondable. Ce photographe russe, installé à Paris depuis 12 ans, revendique le caractère plasticien de son travail photographique. Il lui plait d’avoir instauré un dialogue qu’il sait infini avec la peinture et rève d’inscrire sa démarche photographique dans la longue tradition classique du portrait.
Je vis en France depuis treize ans. J’ai fait mes études secondaires au Lycée Romain Rolland de Moscou et mes études supérieures à l’Institut des Langues Etrangères Maurice Thorez (aujourd’hui rebaptisé Université des Sciences Humaines). N’étant pas un jeune communiste très orthodoxe, donc « digne de confiance », je n’ai pas pu devenir interprète, mon rêve de l’époque. Après deux ans de service militaire obligatoire au sein de l’Armée Rouge, dont six mois de bataillon disciplinaire en Sibérie, je me suis résolu à gagner ma vie en travaillant successivement à la télévision, à la radio puis dans différentes usines et sur des chantiers. Bref, le parcours classique de tout soviétique, qui sans être ouvertement dissident, refusait de se plier aux normes imposées. Après la perestroïka j’ai enfin pu exercer ma profession d’interprète et j’ai également traduit en russe des romans policiers français. C’est en France, où je suis arrivé en 1993, que la photographie a fait irruption dans ma vie de façon tout à fait fortuite. Une amie journaliste m’a demandé de remplacer au pied levé le photographe qui devait l’accompagner en reportage. Un matin de mai 95 nous sommes donc partis en Avignon pour interviewer le Comte de Sade et visiter les châteaux où avait vécu son ancêtre, le Divin Marquis. Cette expérience inattendue a changé le cours de mon existence. Au cours des dix dernières années, tout en collaborant, en tant que photographe, avec des magazines russes et mexicains, j’ai exploré seul, en autodidacte, presque en secret les sentiers de la photographie plasticienne.
Les photos que je présente dans cette exposition appartiennent à différentes séries de portraits que j’ai réunies sous le titre DES-APPARITIONS et sur lesquelles je travaille depuis plus de trois ans. Tous ces portraits ont été pris dans des lieux dont j’aimerais préserver le mystère, des lieux immergés dans une étrange lumière artificielle qui abolit toute notion de temps et interfère sur l’espace et les couleurs. Très rapidement s’est imposée à moi l’idée de scènes de théâtre où se jouaient d’étranges pièces muettes, au nombre infini d’actes et de personnages. J’ai compris qu’il s’agissait d’ oeuvres de facture très classique respectant scrupuleusement la règle des trois unités — de lieu : cet endroit anonyme à l’extrême ; de temps : un non-temps figé ; d’action : l’attente. Il m’est également apparu que je ne devais pas être un simple spectateur, mais le témoin du désarroi existentiel qu’exprimaient en silence, l’un après l’autre, tous ces personnages que surprenait mon objectif : mes contemporains égarés dans ce vingt et unième siècle naissant, cloîtrés dans la solitude, harcelés par le vide, exténués physiquement et moralement, tentés par la résistance, menacés par la dépression, toujours au bord du gouffre et si humblement tragiques. Comment traduire cela en langage photographique ? Peu à peu j’ai découvert que seule une ré-appropriation toute personnelle du flou me permettrait d’exprimer la douloureuse grandeur de tous ces frères humains, pour reprendre les mots choisis il y a six siècles par François Villon.
Avant de travailler sur cette série je pensais, à tort ou à raison, que le flou n’exprimait que l’éphémère, le furtif, l’effacement, la disparition, l’ineffable ou l’intangible. Mais je me suis rendu compte que l’on pouvait travailler le flou d’une façon différente et qu’en atténuant le caractère anecdotique de certains détails ou de certains traits il était possible de se rapprocher de l’essentiel. C’est sur ce détournement du flou, ou tout du moins du sens qu’auparavant j’attribuais au flou, que je me suis concentré. Ma démarche est en fait paradoxale : plus les personnages de ces portraits sont flous, plus ils semblent sur le point de se diluer, de s’évanouir ou de disparaître et plus leur présence s’impose. Travailler sur ces fausses disparitions qui sont en fait d’authentiques apparitions, tel est l’axe principal autour duquel s’articule cette série Des-apparitions. Mais parallèlement je caressais deux autres desseins. Le premier, ambitieux, était de d’inscrire cette démarche photographique dans la longue tradition classique du portrait. Le deuxième, lié au précédent et tout aussi ambitieux, était d’ébaucher mon propre dialogue de photographe avec la peinture. Je me permets d’insister sur le terme dialogue. Ces portraits ne représentent, en aucun cas, un hommage à des peintres que j’admire. Ce sont des photographies qui s’assument comme telles. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai opté pour un tirage grand format sur papier haute réflexion pour les exposer. Pour terminer cette brève présentation de ma série j’aimerais citer quelques vers d’un autre poète : T.S. Eliot. Ils sont extraits de Burnt Norton, le premier poème des Quatre Quatuors (1936-1942). En les découvrant « par hasard », je me suis plu à rêver aussi d’un dialogue entre la photographie et la poésie :
« C’est ici un lieu de désaffection
Le temps d’avant et le temps d’après
Dans une lumière confuse : ni la lumière du jour
Qui investit la forme de lumineuse tranquillité
Transformant l’ombre en beauté transitoire
Suggérant par sa lente rotation la permanence
Ni l’obscurité propre à purifier l’âme
Vidant le sensoriel par la privation
Purgeant l’affect du temporel.
Ni plénitude ni vacuité. Rien qu’une lueur tremblotante
Sur les visages tendus harassés par le temps
Distraits de la distraction par la distraction
Emplis de fantasmagories, vidés de sens (...) »
Alexeï Vassiliev
Informations pratiques :
Des-appartionsPhotographies d’Alexeï Vassiliev
Du 12 mai au 13 juillet 2006
Galerie Chambre avec Vues (Paris 14)
Vernissage mercredi 17 mai à partir de 18h
En savoir plus sur :
- Alexei vassiliev Photographe
- Chambre avec Vues Lieu d’expo
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