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Communiqué  - 405 visites  -  Impression (PDF) 

Christer Strömholm

Christer Strömholm

Cette exposition est organisée en coproduction avec la galerie VU et les Rencontres d’Arles, en collaboration avec le Bildverksamheten Strömholm, Stockholm, et le Hasselblad Center, Göteborg, avec le soutien du Centre culturel suédois, Paris, et de l’Institut suédois, Stockholm.

Christer Strömholm est né en 1918 à Stockholm dans un milieu bourgeois et militaire. Son enfance est marquée par le divorce de ses parents lorsqu’il a quatre ans, puis, en 1934, par le suicide de son père. Très jeune il choisit de faire de la peinture et s’inscrit en 1937 à Dresde dans l’école d’art, alors très en vue, de Waldemar Winkler. Il en est renvoyé pour avoir défendu Paul Klee et Emil Nolde, considérés, dans l’Allemagne de l’époque, comme des artistes "dégénérés". Le jeune homme se rend alors à Paris, centre de la vie artistique occidentale, où il a pour professeur l’artiste suédois Dick Beer. Il va suivre des cours à Florence et à Faenza, puis séjourne à Rome et dans le Sud de la France. De là, il se rend en Espagne, où il découvre les horreurs de la guerre, avant de retourner en Suède pour son service militaire. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Strömholm sert dans un corps de volontaires en Finlande puis en Norvège, avant de s’engager dans la résistance.

Christer Strömholm - Sans titre (c) Christer Strömholm / BVS / VU' La Galerie
Christer Strömholm - Sans titre
© Christer Strömholm / BVS / VU’ La Galerie

En 1945, il revient à Paris où il fréquente les existentialistes et s’inscrit à l’École des Beaux-Arts. Son intérêt pour la gravure le conduit naturellement vers la photographie. Il accordera d’ailleurs toujours beaucoup d’importance et apportera grand soin aux tirages de ses photographies qu’il fera longuement travailler et contraster par ses assistants. Entre 1950 et 1953, Strömholm rejoint le groupe Fotoform, conduit par l’Allemand Otto Steinert, et, sous le pseudonyme de Christer Christian, il participe aux expositions de la "Subjective Fotografie" - que, trop formaliste à son goût, il délaisse rapidement.

À la fin des années 1950, il commence à enseigner à Stockholm, où il fonde en 1962, avec le photographe Tor-Ivan Odulf, l’école de photographie de l’université, qu’il dirigera jusqu’en 1974 et où sera formée plusieurs générations de photographes nordiques : Bille August, Dawid, Agneta Ekman, Walter Hirsch, Ulla Lemberg, Anders Petersen, Gunnar Smoliansky, Lasse Svanberg... En 1958 il achète une maison en ruine dans un hameau du Sud Est de la France, Fox-Amphoux, où il séjournera fréquemment.

Christer Strömholm - Sans titre (c) Christer Strömholm / BVS / VU' La Galerie
Christer Strömholm - Sans titre
© Christer Strömholm / BVS / VU’ La Galerie

Au cours de sa carrière, de nombreux reportages le mènent au Japon, en Inde, au Kenya, en Union soviétique, en Pologne, aux États-Unis, etc. Mais c’est à Paris, où il rencontre les surréalistes, réalise des portraits d’artistes (Fernand Léger, Marcel Duchamp, Man Ray, Le Corbusier, entre autres) et fréquente Brassaï, Jean-Paul Sartre, Niki de Saint Phalle, Jean Tinguely et Daniel Spoerri -, qu’il réalise, à partir de 1956 et pendant plusieurs années successives, sa série la plus remarquable sur les transsexuels du quartier de la Place Blanche : "Je ne m’y étais jamais intéressé. Nous nous sommes rencontrés par hasard, et j’ai réalisé très vite que, quand vous vous interrogez sur la vie qu’ils mènent, il devient difficile de ne pas prendre de photo." Les images de ces marginaux du Paris nocturne des années 1950 et 1960 seront regroupées dans un livre, Vnnerna frn Place Blanche (Les Amis de la Place Blanche), qui, en 1983, fait connaître Strömholm hors de son pays natal. Sa reconnaissance est en effet tardive : en Suède elle se concrétise, en 1978, par une première grande exposition organisée par la galerie Camera Obscura à Stockholm ; en 1982 par une bourse importante de l’État puis, en 1986, par une exposition au Moderna Museet de Stockholm.

Christer Strömholm - Sans titre (c) Christer Strömholm / BVS / VU' La Galerie
Christer Strömholm - Sans titre
© Christer Strömholm / BVS / VU’ La Galerie

En 1991, il publie Konsten att vara dr (L’Art d’être là), qui, tout comme son Poste restante de 1967, est une sorte de photo journal très personnel, une "autobiographie photographique", puis, entre 1993 et sa mort, il écrit deux livres d’aphorismes. Quatre ans après avoir reçu le très honorifique Prix international de la Photographie de la Fondation Hasselblad, Christer Strömholm meurt en janvier 2002, à Stockholm, à l’âge de 84 ans.

Le présent accrochage reprend en grande partie l’exposition historique de Strömholm, "Till minnet av mig sjlv" (À ma propre mémoire), qui a lieu en juin 1965 dans le grand magasin NK, à Stockholm. Cet ensemble - une centaine de tirages noir et blanc, au format 50 x 60 cm, très denses, sans cadre et montés sur des panneaux isorel -, marqué, selon Christian Caujolle, "par l’obsession de la mort, la notion de série et le refus de l’anecdote", provoque un tel scandale que trois jours plus tard l’exposition est décrochée. Sans dates ni légendes, ces images, réunies également dans le premier livre publié par Strömholm, montrent des chiens morts, des enfants tristes, des transsexuels ou des objets abandonnés... Ni anecdote, ni nostalgie, mais des êtres emmurés dans leur solitude et l’omniprésence de la mort dans ces photographies chargées d’obsessions personnelles, qui, malgré leur diversité, possèdent l’énergie et la cohérence d’un manifeste existentiel. Dans la série exposée à NK, Strömholm met en scène un univers sombre et marginal, parfois tragique, et dont l’expressivité et la crudité, peut évoquer le surréalisme, ou encore le souvenir des expériences photographiques fédérées par Georges Bataille et Carl Einstein dans la revue Documents.

Christer Strömholm - Sans titre (c) Christer Strömholm / BVS / VU' La Galerie
Christer Strömholm - Sans titre
© Christer Strömholm / BVS / VU’ La Galerie

Les tirages originaux montrés à Arles pendant l’été 2005, encadrés pour des raisons de conservation, sont ici associés à un choix de 35 images traitant de thèmes proches et provenant de la Fondation Hasselblad.

Christer Strömholm ne trouve pas de place toute faite dans l’histoire de la photographie. Ni strictement documentaire ni strictement humaniste, son œuvre conjugue trois exigences majeures : un choix de sujets hors du commun ; un engagement personnel et une éthique qui régissent son rapport à ces sujets ; enfin, l’invention d’un langage formel, notamment dans le traitement de la lumière, celle de la prise de vue et des cadrages. Sans doute plus marqué par des photographes étrangers ayant, comme lui, séjourné ou vécu à Paris et fréquenté les surréalistes, tels Bill Brandt, André Kertész ou Brassaï, que par les visions réalistes et poétiques d’Édouard Boubat, Robert Doisneau ou Willy Ronis, le monde de Strömholm, indifférent à l’anecdote et à l’effet de charme, véhicule une vision résolument sombre, très inspirée de sa propre trajectoire : "Lorsque je pense à mes photos et que je les regarde bien, je trouve qu’elles sont toutes, d’une certaine manière, ni plus ni moins que des autoportraits, une part de ma vie" (cité par Marta Gili dans le catalogue de La Caixa, Barcelone, 2001). On ne peut non plus le ranger du côté du principe de "l’instant décisif" d’un Henri Cartier-Bresson. Son travail sur les propriétés de l’image et sur la spécificité de la photographie - "L’œil humain et l’appareil voient les choses tout à fait différemment", passe par la composition des images mais avec une grande souplesse formelle.

Christer Strömholm - Sans titre (c) Christer Strömholm / BVS / VU' La Galerie
Christer Strömholm - Sans titre
© Christer Strömholm / BVS / VU’ La Galerie

Tour à tour photoreporter, guide, enseignant, Strömholm évoque la figure du bourlingueur de l’Europe d’avant-guerre : "Le chaos en toi est la condition de ta créativité", dit-il. Il décrit un monde dont il ne s’exclut pas, ce qui dégage ses photographies, si directes soient-elles, de tout voyeurisme. Son reportage sur ses semblables se réclame d’un style de vie nomade et d’une curiosité incessante, comme dans un album de famille paradoxal, incluant avec respect et tendresse des individus que leur condition sexuelle ou sociale frappe d’une définitive étrangeté. Christer Strömholm reste, comme le souligne Christian Caujolle, "exemplaire de ce que nous demandons à la photographie : questionner le monde, sans complaisance, le mettre en doute, le dire sans le représenter, affirmer sa déliquescence et ses travers, interroger ses permanentes douleurs." Photographe libre et indépendant qui regardait la réalité en face, Strömholm a conservé sa vie durant, chez lui ou dans son atelier, un panneau sur lequel on pouvait lire : "On verra bien."

Source : Jeu de Paume

Le livre

Christer Strömholm
De Christian Caujolle
Éditeur : Actes Sud (janvier 2006)
Collection : Photo Poche
Format : Broché - 120 pages
ISBN : 2742760261
Dimensions (en cm) : 13 x 1 x 19
Prix : 12,80 euros

Notre article à propos du livre


Informations pratiques :

Christer Strömholm
Du 10 janvier au 19 mars 2006
Jeu de Paume, site Hoteld e sully (Paris 3eme)
 


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