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Communiqué
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Clergue, né photographe

Si Arles est aujourd’hui considérée comme la capitale de l’image, c’est à Lucien Clergue qu’elle le doit. Premier département de photographie d’un musée français, premier festival de photographie au monde, première école de la photographie en France : en quatre décennies, Lucien Clergue a changé le destin de sa cité natale en lui transmettant sa passion et sa vocation. Proche des plus grands artistes de son temps : Picasso, Cocteau, Saint John Perse, célèbre dans les calades d’Arles comme dans les avenues de New York, les arènes de France ou d’Espagne, il incarne la photographie. Son élection à l’Académie des Beaux-Arts est autant une reconnaissance qu’une évidence. Qui d’autre que lui aurait mérité d’être le premier photographe à siéger sous la coupole ?
Au-delà de la personnalité célèbre, la vérité de Clergue réside dans ses images, que la Ville d’Arles est fière et heureuse de présenter dans cette rétrospective exceptionnelle. Des Arlequins aux nus, des charognes aux surimpressions, ces cimaises dévoilent un Clergue profond, hanté, habité, qui traque la beauté dans les courbes d’un corps de femme, la cape d’un matador devant le toro ou la force d’un violon. Les élus arlésiens connaissent bien (et redoutent parfois...) le caractère entier et bouillant de Lucien Clergue mais ils savent - comme tous leurs concitoyens - ce que cette ville lui doit. Arles fait mentir le dicton « Nul n’est prophète en son pays » avec bonheur et reconnaissance.
Les Chiffonniers
Ces images font partie des premières photos de Lucien Clergue qui a alors 20 ans, et traduit parfaitement son regard novateur. Nous sommes encore à cette époque dans les stigmates de la guerre, avec ses ruines toujours visibles. Ruines qui seront une de ses grandes thématiques, avec la présence de la mort. L’exposition fait une place importante à cette série des Chiffonniers qui révèle une inventivité tout à fait étonnante de la part d’un jeune photographe. Il est passionnant de voir le travail de recadrage qu’il opère ensuite pour obtenir des images rectangulaires.
La Grande Récréation
Àl’inverse,cette série est archi-connue. Au départ Clergue se rêvait violoniste, ce qu’il n’a pas pu faire faute d’argent, et surtout cinéaste. Avec ses copains de l’époque - il habitait alors rue du 4-Septembre -, il construit des sortes de story-boards : c’est son « cinéma du pauvre ». Il est presque abusif d’avoir publié ces images en les isolant les unes des autres. À l’origine, il s’agit vraiment de séquences cinématographiques où il fait jouer son petit monde : toute l’équipe fabrique les costumes, avec l’aide des copines. L’exposition présente à la fois cette série en séquences, telles qu’elles ont été conçues, et les images une à une, recadrées, telles qu’elles ont été publiées.
Manitas et Reyes, Saintes-Maries, 1955
Sa plongée dans le monde des Gitans a été extrêmement féconde. Cette série commence dès 1955 : l’exposition y consacre une séquence complète. On retrouve là l’affinité de Lucien pour un monde non calibré, où la dimension de la fête se mêle à celle de la mort. Les images traduisent son empathie pour un monde en marge, qu’il a manifestement adopté, qui faisait partie de l’identité arlésienne profonde. Il y règne une atmosphère souvent très mélancolique, influencée par la musique. L’intérêt de l’exposition tient aussi à la présence d’images qui n’ont jamais été vues.
Cocteau, 1959
Avec Cocteau, nous sommes dans un monde complétement différent. Lucien Clergue à été l’assistant de Cocteau sur le tournage du film Le Testament d’Orphée,qui avait lieu aux Baux-de-Provence, dans un lieu habité par les génies et les fées. Cette image est tout à fait extraordinaire, quasiment faite par Cocteau, avec cette aile qui insiste sur la dimension onirique, visionnaire du poète, qui a fasciné le jeune Clergue. Le rapport entre l’aile et le profil de Cocteau constitue un vrai poème visuel.
Luis Miguel Domingun, 1957
C’est une image mythique à la hauteur de la dimension de Domingun, torero mythique s’il en fût. Ce qui m’a beaucoup touchée dans cette image, c’est l’intensité du moment juste avant l’heure fatidique : une méditation troublante et en même temps nocturne. Elle montre le héros dépouillé, avec la dimension du penseur qui s’interroge sur la vie et sur la mort. Je la trouve très humaine, extrêmement intériorisée, très vibrante, à l’image de ce qui émeut Lucien, l’interrogation et le doute. Michèle Moutashar
Maïs, 1960
À côté de sa fascination pour la ruine, pour la partie sombre du monde, il y a un autre thème fondamental chez Lucien Clergue, c’est la nature. Dans les années 60, il réalise plusieurs séries sur les rizières inondées, les vignes, les maïs… Magnan en parlait comme de l’alphabet du monde. C’est le côté prométhéen de Clergue : il utilise son appareil comme un sismographe à l’écoute d’une nature foisonnante dont il enregistre les signes. Il en résulte une écriture graphique, un véritable alphabet. A travers les paysages de son environnement naturel, les éléments végétaux en noir et blanc composent une sorte d’épure quasi japonaise. Tout le travail de recadrage ultérieur transforme cette récolte en une suite d’idéogrammes, et quasiment une partition musicale.
Picasso, 1962
Picasso est le grand homme de Lucien Clergue. La rencontre est inouie : Clergue a 19 ans et Picasso signe ses photos ! Il faut imaginer ce que cela peut représenter : Picasso a alors 70 ans, il est LE peintre vivant et tout d’un coup reconnaît un créateur dans cet artiste en herbe, dont il pressent immédiatement le talent. L’exposition montre d’ailleurs combien les six premières années de prises de vues de l’artiste portent l’œuvre dans son entier. Tout est déjà là, que les années suivantes vont explorer et approfondir. Cette image montre Picasso aux arènes, les mains posées sur la cape d’apparat qui lui est dédiée. On pense que le peintre ne venait à Arles que pour les arènes – même s’il est vrai qu’il avait cette passion d’Andalou pour la corrida ; la vérité est que le lien profond entre Picasso et Arles passe d’abord par Van Gogh. La présence de Picasso à Arles, et la rencontre avec Clergue, ont été d’une extraordinaire fécondité : c’est en grande partie au photographe que l’on doit la donation Picasso de 57 dessins au musée Réattu. Ainsi que plus tard, après la mort du peintre, le don de Jacqueline Picasso plus tard. Pour nous, Picasso, Clergue et Rouquette forment vraiment un nœud fondamental de l’histoire poétique d’Arles. Pour en revenir à cette photo, le motif décoratif de la cape semble complètement absorber le personnage. On y retrouve la puissance du célèbre regard de Picasso, tendu vers l’instant de la corrida, thème majeur de son œuvre picturale.




Informations pratiques :
Clergue, né photographePhotographies de Lucien Clergue
Du 31 mars au 10 juin 2007
Espace Van-Gogh (Arles)
En savoir plus sur :
- Lucien clergue Photographe
- Espace Van-Gogh Lieu d’expo
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