Communiqué
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Couleurs sensibles

1907 : et la couleur fut ! On ne dira jamais assez combien la commercialisation de l’autochrome par les frères Lumière fut une révolution dans l’art photographique. Pour la première fois, les photographes, condamnés depuis Niepce et Daguerre au noir et blanc, accédaient au monde de la couleur.
L’alchimie de grains de fécules de pommes de terre teintés demeure, à bien des égards, mystérieuse ; merveilleuse aussi l’impression laissée par ce procédé photographique dont les témoignages sont de véritables oeuvres d’art, aux couleurs subtiles, tout en finesse et en douceur.
En ce sens, en tout cas, la redécouverte d’une collection d’autochromes forte de près de cinq cents pièces est un événement qu’il convient de saluer à sa juste valeur, d’autant que le photographe était un Manchois, originaire du nord du département, même s’il a fait l’essentiel de sa carrière à Paris. Par cette exposition, les archives départementales de la Manche réveillent le souvenir de ce photographe de la couleur qu’était Gustave GAIN (1876-1945), à l’heure où l’on célèbre le centenaire de la commercialisation du procédé des frères Lumière. La propriétaire actuelle, Marie-Isabelle Merle des Isles, a su préserver ces magnifiques oeuvres et a accepté d’en faire profiter le grand public. L’exposition qui résulte d’une association entre propriétaire privé et les archives départementales de la Manche est à la hauteur de cet événement. Quatre-vingt autochromes sont aujourd’hui présentés au public.
Au terme d’une sélection difficile, le grand public pourra découvrir des photographies de paysages, de marines, un reportage au Turkestan russe, des natures mortes et des portraits. Un ouvrage, qui rend à ces images d’autrefois leur lumière, leur transparence, toute la sensibilité de leurs couleurs et permet de garder la trace de la qualité des photographies.
L’exposition et le catalogue regroupent 80 documents sélectionnés parmi les 497 que compte la collection.
Cinq thématiques sont abordées :
Les marines (14 plaques autochromes) : que ce soit à Diélette ou à Audierne, en plein jour ou au couchant, l’autochrome fait vibrer la couleur de la mer.
Les paysages (9 plaques autochromes) : une scène de pardon en Bretagne, un sous-bois d’automne ou quelques cannes à lait abandonnées à l’entrée d’une ferme forment des sujets de caractère pour l’objectif de Gustave Gain.
Le Turkestan (15 plaques autochromes) : ces très rares photographies ont été prises lors d’une mission de prospection d’uranium faite par Gustave et son frère Louis ; elles sont probablement les plus anciennes photographies couleurs prises à Samarcande et dans sa région.
Les natures mortes (10 plaques autochromes) : fleurs ou corbeilles de fruits forment des compositions idéales à la manière d’un Guillaume Fouace ou d’une nature morte hollandaise.
Les portraits (32 plaques autochromes) : c’est l’art où excelle tout particulièrement Gustave Gain ; quatre photographies de nus féminins ponctuent cette partie.
Biographie de Gustave Gain (1876-1945)
Gustave Gain est né à Cherbourg en 1876. Sa famille était établie dans la région, et plus particulièrement à Querqueville, où il existe encore aujourd’hui une « rue des Gain » et des tombes Gain dans le cimetière.
Après avoir quitté Cherbourg assez jeune pour suivre les différentes affectations professionnelles de son père, en Mayenne, puis à Mortain, c’est à Marcilly dans l’Eure qu’il se fixe avec sa famille. La proximité de Paris permet à Gustave d’y faire ses études. Brillant étudiant en chimie, il devient docteur ès sciences, puis enseignant-chercheur au Muséum national d’histoire naturelle de Paris, ville où il se marie en 1902, où naissent ses deux fils, Pierre et André, et où il meurt en 1945.
Gustave Gain pratique très tôt la photographie en amateur éclairé, avec la même rigueur et la même exigence que son métier. C’est en tant que chimiste qu’il s’est très tôt intéressé à la technique photographique, qui ne cesse d’évoluer et dont il suit et adopte tous les perfectionnements. Il y entraîne ses proches, son frère Louis (1883-1963), explorateur et météorologiste renommé qui participa à plusieurs expéditions du Pourquoi-Pas ? du commandant Charcot, mais aussi son fils André (1907-1940), dont le livre Au jardin des mers (1942) est encore un modèle pour les ethnographes de Tahiti, ou encore son neveu, Jean Rouch (1917-2004), le fameux cinéaste africaniste aux cent vingt films couronnés par tous les prix.
Durant toute sa vie, sa famille offre à Gustave Gain des sujets de photographies ; son épouse, Adeline (1878-1972), est son principal modèle. Gustave Gain a pris des milliers de photographies. Seules les plus anciennes, sur plaques de verre, ont été conservées. Il développe lui-même ses clichés et teste les meilleures formes de tirages, qu’il expose parfois et qui ont été récompensés par la société française de photographie (SFP), à laquelle il appartient et qui lui attribue plusieurs médailles. C’est son travail sur la couleur avec les autochromes qui fait l’objet de cette exposition.
Informations pratiques :
Couleurs sensiblesPhotographies de Gustave Gain
Du 8 décembre 2007 au 29 mars 2008
Archives Départementales de la Manche, Saint-Lô (50)
Entrée libre
En savoir plus sur :
- Gustave gain Photographe
- Archives départementales de la Manche Lieu d’expo
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