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Cristina Garcia Rodero expose à la Galerie Vu

Cristina Garcia Rodero expose à la Galerie Vu - à la Biennale di Venezia 2001 • 2005

à la Biennale di Venezia 2001 • 2005

Rares sont les artistes qui, de leur vivant et à si peu d’années d’intervalle, ont eu l’honneur de participer à deux reprises à la Biennale di Venezia. D’autant qu’il ne s’agissait pas de représenter leur pays dans les pavillons nationaux des Giardinni, mais de répondre à une invitation à participer à l’une des expositions manifestes mises en oeuvres par les commissaires artistiques de ce qui reste le plus prestigieux des rendez-vous mondiaux de l’art contemporain. C’est ce qui est arrivé à Cristina Garcia Rodero. En 2001, tout d’abord, lorsque Harald Szeeman lui demanda de participer à son énorme exposition-testament "Le Plateau de l’Humanité". Dès l’entrée du Pavillon Italien, dans un accrochage spectaculaire, les grands formats en noir et blanc de Cristina, extraits de son énorme travail en Haïti, impressionnaient et dérangeaient. C’était, de fait, la première fois qu’était ainsi célébré un travail qui s’était toujours revendiqué de la photographie, du documentaire, du reportage et qui se trouvait présenté à l’égal des plus grands noms de l’art contemporain. Il s’agit là d’une date salutaire, qui signe la fin d’une aberration qui voulut, durant des décennies, que l’on opposât les "journalistes" et les "artistes". J’en suis d’autant plus reconnaissant à Harald Szeeman que, avec l’ouverture d’esprit qui le caractérisait et alors qu’il ne connaissait de Cristina que son premier livre, "Espaa Occulta",il accepta de mettre en espace le travail le plus récent. En 2005, les deux expositions phares de la Biennale étaient confiées à deux commissaires espagnoles, Marial Corral et Rosa Martinez qui invita Cristina à donner dans les immenses espaces de l’Arsenale, un avant-goût du grand projet qu’elle développe depuis plus de dix ans. Faisant le tour du monde, entre pratiques rituelles et religieuses et manifestations spectaculaires, païennes, voire pornographiques, la petite exploratrice espagnole s’attache à questionner la situation du corps dans le monde contemporain. "Entre le Ciel et la Terre", comme elle le dit, tant le corps contemporain semble écartelé entre une lourdeur indépassable et un désir inaccessible d’élévation. Nous travaillons avec Cristina Garcia Rodero depuis plus de quinze ans. Nous avons défendu son travail lorsqu’il n’avait pas les honneurs des grandes institutions internationales de l’Art, et nous sommes heureux et fiers de pouvoir montrer à Paris, où elle n’a jamais été exposée..., cet ensemble lié à la Biennale di Venezia. Au coeur de son oeuvre, il y a, évidemment, ce questionnement qui n’a cessé de nous rapprocher : quelle peut être aujourd’hui, avec la plus grande exigence esthétique, la fonction de la photographie dans le décryptage du réel, dès lors que l’on se refuse à simplement le reproduire ou à l’édulcorer ?

 

Christian Caujolle

Sa formation au dessin et à la peinture à l’école de Bellas Artes de Madrid où elle enseigne aujourd’hui la photographie, explique de façon évidente le classicisme des débuts de sa grande enquête visuelle sur les pratiques traditionnelle, entre paganisme et catholicisme, de l’Espagne des années soixantedix. Solitaire, incroyablement volontaire, elle passe quinze ans à sillonner son pays pour garder trace, avant qu’ils ne disparaissent, de tous les rites, pèlerinages, carnavals, semaines saintes, mois de Marie, mais aussi des pratiques autour du toro (que l’on ne saurait réduire à la corrida) ou des cultes liés à l’eau, à la fertilité, à la mort ou aux solstices. Dans des cadrages purs et efficaces, elle a imposé une évidence documentaire qui s’est concrétisée dans le livre « Espagne Occulte » (1989, Lunwerg Editores) qui est devenu un classique et une référence. Depuis, elle explore dans le monde entier la situation du corps dans notre société, tendu entre désir de spiritualité et contingence physique. Les rituels immémoriaux comme les pratiques contemporaines, les situations de transes comme les love parades sont devenus l’objet de son enquête. Elle n’a, pour l’instant, montré que le volet qu’elle à consacré à Haïti (Ritos en Haîti, TF Editores, 2001). Présenté dans le cadre de la grande exposition « Le Plateau de l’Humanité » à la Biennale de Venise en 2001, cet ensemble à l’impressionnante puissance graphique signe la date de reconnaissance de pratiques documentaires par le monde de l’art contemporain.

 

Joan Fontcuberta


Informations pratiques :

"à la Biennale di Venezia 2001 • 2005"
photographie de Cristina Garcia Rodero
Du 3 février au 25 mars
Galerie VU
 


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