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Communiqué
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Croiser des mondes, aspects du document contemporain

Jeu de Paume
Le Jeu de Paume présente une exposition commune baptisée Croiser des mondes, où se cottoient photos (Janaina Tschpe, Guillaume Herbaut, Stanley Greene, Geert Goiris) et vidéos (Emmanuelle Antille). C’est pour Stanley Greene une présentation de grande ampleur de son long travail sur la Tchétchénie, que l’on connaît notamment depuis Open Wound, Chechnya, 1994-2003 , l’ouvrage auquel il donna lieu aux éditions Trolley en 2003. Occupant la salle principale, ce sont surtout des portraits, très grand format, et sur l’un des murs, plaqué à même la surface, un vaste ensemble d’images et leurs légendes, plus diverses mais toujours axées sur la guerre et ses ravages. Son témoignage est un plaidoyer contre ce qu’il qualifie de plus grosse extermination humaine, et une dénonciation des méthodes arbitraires de celui qui l’a conduite. Guillaume Herbaut présente un ensemble cohérent d’images. Une longue frise de paysages et portraits contigus défilant sur une succession de murs et qui nous replonge dans ses principales séries : notamment Slavoutich, la nouvelle ville d’Ukraine construite après la catastrophe de Tchernobyl pour reloger les habitants de Pripiat, Shkodra, un documentaire sur un petit village du nord de l’Albanie soumis aux pratiques de la vendetta, ou encore Oswiecim, la ville d’Auschwitz et Urakami. Un corpus d’images, constitué de 67 tirages argentiques couleur (40 x 50 cm), avec cadres et réalisé entre 2002 et 2005 autour de 5 villes, met en valeur la présence ou l’absence de l’homme dans des situations dramatiques voire tragiques. Chaque série est "liée par quelque chose d’indicible et pourtant de concret, toutes se déroulent dans des lieux très particuliers où tout ne sera plus jamais comme avant" explique l’artiste.
À tout instant, dans toute expérience vécue et dans toute représentation, des mondes différents s’entrecroisent. On peut tenter d’en nommer certains : l’instant présent et la réminiscence ; le concret d’une sensation et la conscience que l’on a de la transformer ; la singularité d’une expérience et le sentiment d’appartenance à un ordre plus vaste, etc. Nous n’avons affaire qu’à des composés, des mixtes, et pourtant nous ne cessons de vouloir isoler des détails, des moments, des figures, de démêler les fils de cette "fabulation créatrice". On pourrait, par exemple, être tenté de demander : de quel territoire vient-on, et sur quel territoire travaille-t-on ? Quelle mission s’est-on assignée (témoigner, archiver, garder une trace, raconter, etc.) et à quel usage ? Quelle approche, quel "style" a-t-on mis en œuvre ? Autant de questions qui ont leur importance. Mais on pourrait dire aussi : quand on fait une image du monde réel, on reconstruit un certain état des choses, on isole, on cadre, on produit une sorte de simulacre partiel et discontinu, dont les éléments seront ensuite agencés d’une certaine manière (par le montage, la séquence) pour être présentés à autrui. Ce faisant, c’est un passage complexe qui est effectué (...) Des mondes différents y sont entrecroisés : le monde réel, que ces images sont censées évoquer ; le monde des formes de l’art, à l’histoire desquelles nul n’échappe ; une histoire et un discours subjectif enfin, aussi bien du côté de celui qui a fait les images que de celui qui les regarde. Cet espace complexe est celui du document contemporain, dans lequel certains ont pu voir un lieu de renouveau pour la photographie.
Régis Durand
(Extrait du texte à paraître dans l’ouvrage qui accompagne cette exposition)
Il est des engagements qui forcent le respect. Celui de Stanley Greene contre le massacre du peuple et des civils tchétchènes est de ceux-là. (...) On connaît ses images, sa capacité à nous faire ressentir la brutalité d’une guerre archaïque. On sait sa contribution à l’écriture de l’histoire et son attention au cadrage sans cultiver l’esthétisme, son exigence sur la qualité sans verser dans le maniérisme. Son engagement est plus important que son style et même si certaines de ses photographies ont l’impact de certaines images de Capa ou d’Eugène Smith qu’il assista, il reste d’abord attaché à documenter un moment de son histoire contemporaine, à témoigner, à engager la mémoire.
Christian Caujolle, directeur de l’agence Vu
Geert Goiris, né en Belgique en 1971, photographie des lieux, parfois désertiques, dans lesquels se trouvent un objet abandonné, une construction insolite, un animal, un arbre. Est-ce la nature qui prend le pas sur les éléments présents dans les images, ou bien ces éléments essaient-ils d’y gagner leur place ? Les photographies de Geert Goiris - à la fois réalistes et surréelles - se situent sur cette frontière. Ces dernières années, l’artiste a travaillé sur une série d’images intitulée Résonance.
Tout ce que je photographie est réel, même lorsque cela paraît impossible. Je ne manipule pas les images et me contente de prôner leurs capacités naturelles en opérant le choix du moment, du cadrage et du point de vue. Une photo me paraît réussie lorsque les éléments narratifs et les éléments représentatifs se succèdent en alternance.
Je découvre toutes les images par hasard. Elles comportent souvent un motif central qui indique la présence humaine, mais ceci n’est en rien une formule. En quelque sorte, j’essaie d’installer un doute dans la notion du paysage sublime en y apposant une anomalie. Souvent il s’agit d’une allusion à quelque catastrophe, calamité ou désastre - causes finales aptes à relativiser le mythe matérialiste du progrès. ( ... ) La juxtaposition des climats et des régions les plus disparates provoque l’émergence d’un paysage mental. Le signifiant du lieu se déplace de la sphère du réel pour entrer dans le royaume de l’idée.
Geert Goiris
La métamorphose et le désir sont des thèmes récurrents dans mon travail. Camaleoas (Caméléonnes) est une collaboration qui m’a permis, à travers autrui, d’appréhender ces notions. Mes interlocutrices, autoproclamées "caméléonnes", sont des femmes qui vivent dans la communauté de Jacarezinho, au nord de Rio. L’objectif premier de ce travail était de montrer différentes formes émancipées de désirs à travers des personnages mythiques comme les super-héros. Durant la phase de réalisation, ma tâche principale a été d’imaginer les ambiances et les situations qui allaient permettre à Cristal, Fatima, Jani et Claudia de montrer, par des vidéos et des photographies, les innombrables similitudes et contradictions inhérentes aux ambitions fondamentales de chaque être humain. De quoi avez-vous besoin pour vivre ? Qu’est-ce qui rendrait votre vie plus intéressante ? Si vous pouviez devenir un super-héros, lequel souhaiteriez-vous être ? J’ai posé ces questions comme une journaliste l’aurait fait. Ainsi ma quête de diversité s’est-elle apaisée en écoutant leurs réponses, assez proches de celles que j’aurais apportées. Ce qui avait commencé comme une simple aventure a abouti à une véritable réflexion. La nécessité, le désir, toujours les mêmes questions. (...) Il n’y a pas de rêve qui vaille mieux qu’un autre, pas de femme sans rêve, ni d’artiste qui soit insensible à l’irrésistible « cryptonite » de la dure et glorieuse réalité de ces héroïnes.
Janaina Tschape
Janaina Tschape présente As Camaleoas (Cultura da Favela), 2002 Installation composée de 17 photographies cibachrome et impressions numériques sur papier, encadrées, et d’une vidéo couleur sonorisée, présentée dans le cadre de Brésil, Brésils, l’Année du Brésil en France.
Informations pratiques :
Croiser des mondes, aspects du document contemporainDu 04 octobre au 31 décembre 2005
Jeu de Paume site Concorde, Paris
En savoir plus sur :
- Geert goiris Photographe
- Stanley greene Photographe
- Guillaume herbaut Photographe
- Janaina tschäpe Photographe
- Jeu de Paume - site Concorde Lieu d’expo
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