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5/12/07 -
Par Laurent Meynier (usage interdit)
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Dieter Appelt Ramifications

De la photographie autrement
C’est grâce au Musée Réattu à Arles, qui a invité Dieter Appelt en résidence, que certains d’entre nous avons pu visiter une grande exposition rétrospective cet été [1] et que tout le monde peut à présent consulter un excellent catalogue, pour voir et tenter de comprendre les différents aspects de l’œuvre originale et passionnante de Dieter Appelt. L’artiste Berlinois est revenu en France 26 ans après sa première apparition aux Rencontres d’Arles. C’était en 1981, sur une invitation de Michel Tournier qui lui avait aussi consacré un ouvrage à l’époque : "Morts et résurrections de Dieter Appelt". Depuis, presque rien en édition [2], sauf un petit "Photo Poche" (Chez Actes Sud, avec un texte de Michel Frizot) qui était jusque-là la seule publication en français de cet auteur. Avec la sortie de sortie de "Ramifications", Actes Sud nous gratifie enfin d’un beau recueil très complet de tous ses travaux, mis en pages par Dieter Appelt lui-même, accompagné d’un texte de Hubertus von Amelunxen et Wieland Schmied et traduit en français par Olivier Mannoni [3]. Cet ouvrage permet d’avoir une vue globale sur l’ensemble des travaux de l’artiste depuis ses débuts, jusqu’aux plus récentes recherches réalisées lors de sa résidence au Musée Réattu. Étant donné la variété des moyens expressifs utilisés par Dieter Appelt et la vaste étendue de son œuvre, ce catalogue s’impose donc directement comme un ouvrage de référence.
Dieter Appelt est un artiste de renommée internationale qui a créé une œuvre complexe depuis 1976. Ses travaux pluridisciplinaires mettent en œuvre tant la photographie que la sculpture ou le dessin et se référent très souvent au cinéma et au mouvement. Le résultat est retranscrit quelquefois dans des grands panneaux en photographies mosaïques, mais aussi dans des installations étranges mêlant sculpture, musique, réflexions et projections d’images.
Une de ses premières "actions" en 1977, intitulée "La tour œil" constitue la base de ce concept de "Ramifications". Il s’agit d’une structure en branchages, assemblés par des bouts de tissus, de dix mètres de haut et construite sur l’eau. Dieter Appelt s’y intègre en tant qu’élément humain, un corps qui se plie à tous les positionnements possibles depuis l’eau jusqu’au "panier" tout en haut de l’édifice. C’est cet espace paramétrisé, défini par une structure et une série d’actions (positionnements) dans le temps et l’espace qui correspond à ce concept de "Ramifications". Appelt utilise ce mot en hommage au musicien Gyögy Ligeti (qui avait composé "Ramifications" en 1968-69) et pour affirmer sa contiguïté avec la musique. La composition musicale et mathématique est une des sources d’inspiration de Dieter Appelt et donc une des clés de compréhension de son œuvre. Par ailleurs, certains maîtres à penser comme Raymond Roussel, Henri Bergson, Samuel Beckett et Erza Pound [1] ont eu une influence considérable sur l’évolution de ses travaux, comme il le dit lui-même.
À partir de 1979, Dieter Appelt utilise la photographie d’une façon très particulière. Il s’oppose purement et simplement à la définition couramment admise de la photographie, à l’idée même qu’elle se limiterait à la seule captation de l’instant. Il refuse l’idée de l’instant unique, remet en question le fragment de seconde qui engendrerait un univers sitôt crée, sitôt défunt. Pour lui, "la photo possède autant de poids qu’elle a exigé de temps". Souvent, il multiplie les prises de vues sur la même image, comme ferait le sculpteur qui accumule les boulettes de terre pour modeler son objet, comme pour exorciser l’instant unique et le reproduire jusqu’à ce qu’il devienne l’instant absolu. Il travaille le temps comme un matériau sculptural, par stratification à l’intérieur d’une même image, par multiplication des images en séries (qui peuvent être très vastes) et par convergence des médias dans ses installations qui imposent au spectateur une mise en action de tous ses sens. Cette quête fondamentale renvoie inexorablement à la matière primitive dans laquelle surgit la vie.
Pour exprimer sa propre mortalité et la transformation du corps dans le temps, il construit méthodiquement de nombreux objets inconnus et surprenants, des éléments irréels qu’il met en scène dans des sites sans âge et des lieux mystérieux. Il s’intègre lui-même dans la matière de ses sculptures en recouvrant son corps et son visage de cendres ou de terre et photographie des actions et des installations mises en scène.
Ses portraits témoignent de son engagement. Il soumet son corps et son visage à des exercices douloureux qui ressemblent à des tortures, dans sa recherche fusionnelle avec la matière et avec l’espace. Il s’intègre et se désintègre dans le tissu métaphysique de ses recherches par un processus de transformation qui conceptualise sa propre mortalité et transcende sa spiritualité avec force. La vie et la souffrance sont des éléments clés pour comprendre la démarche de Dieter Appelt. Il se pend par les pieds devant la caméra jusqu’à la limite du supportable pour nous rappeler qu’il nous faut arriver à oublier la dimension matérielle de la vie, fût-elle une souffrance, si l’on veut atteindre la liberté spirituelle.
Ses images sont souvent très déroutantes et la force qui s’en dégage capte immédiatement tous les sens. Mais cette puissance n’est pas le fruit du hasard : Elle est construite mathématiquement, maîtrisée et canalisée par la réflexion profonde que l’artiste porte sur le sens de l’existence. Il considère que la démarche artistique est un engagement total qui exige jusqu’au sacrifice de soi, la souffrance de son corps devant mener à la libération de son esprit. C’est la raison pour laquelle il travaille principalement sur des autoportraits mis en scène.
Dieter Appelt est né près de Berlin en 1935. C’est son père photographe qui l’initie à la photographie. De 1954 à 58, il fait des études de musique pour devenir chanteur d’Opéra. En 1959 il étudie la photographie expérimentale à Berlin et depuis 1964 il crée des actions artistiques en mélangeant la sculpture, le dessin, la musique, les objets en miroir etc.
Dans les années 1970 il rejoint le mouvement des "Actionnistes Viennois", groupement d’artistes connus pour leurs happenings provocateurs. Depuis 1982 il utilise le cinéma et il enseigne à la Hochschule der künste de Berlin, ou il réside. Il expose depuis 1977 en Allemagne, Suisse, France, en 1985-86 à New-york, Amsterdam, Barcelone, Vienne, 1994 à 2007 Chicago, Quebec, Paris, Genève etc.
Son prochain projet est un film qui s’inspire du tableau de Caspar David Friedrich "La mer de glaces" (1823) pour lequel il a réalisé une sculpture cette année, intitulée "Goldene Linse" (Lentille dorée).
[1] C’est Erza Pound qui écrit les fameux "Cantos", poèmes énigmatiques qui marquèrent Dieter Appelt au point qu’il souhaita les retranscrire et comme le photographe Richard Misrach aux États-Unis qui a engagé, lui aussi son œuvre majeure sur ce concept de "Cantos"
Informations pratiques, notation et achat :
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Format : Reliure inconnue 22 x 28 cm Pages : 160 Parution : 10 juillet 2007 ISBN-10 : 2742768750 ISBN -13 : 978-2742768752 Prix : 46,55€ Notes : Intérêt du sujet : 5/5 Photographies : 5/5 Texte : 5/5 Présentation : 5/5 |
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