| Tweet |
Par JP. Houdry
26/05/09 716 visites Impression (PDF) |
Livre photo reportage, documentaire, photojournalisme
Dimanche à Cuba

Christian Vallée
Dimanche à Cuba. Ce titre peut paraître à première vue un peu surprenant ? Le dimanche serait-il à Cuba si particulier que l’auteur puisse en revendiquer une telle nature ? On comprendra vite – bien que ce jour soit un jour sacré et de repos dans cette ile catholique – que le dimanche servait à notre auteur de journée de détente pour ses prises de vue photographiques, quand celui-ci travaillait là-bas en tant qu’ingénieur du son sur une production cinématographique.
Christian Vallée exerça aussi le métier de photographe de plateau, et ce qui me frappe en regardant ses images est qu’il organise ses prises de vue un peu comme si elles étaient extraites d’un film !? Il photographie des scènes : scènes de rues, scènes d’intérieurs, scènes de vie. Sa caméra, je veux dire son appareil photo, capte ce peuple cubain, si métissé et si offrant, sans faire de mise en scène, les scènes s’imposant à lui comme des tranches d’existence. Les gens de Cuba sont montrés dans leur vie quotidienne, leurs gestes coutumiers, leur univers, sans que le regard du photographe ne change leurs attitudes. L’auteur se veut neutre, pas interventionniste face à ces hommes et à ces femmes si diversifiés physiquement et si attachants.
Pas d’images cartes-postales comme on en voit des milliers sous les tropiques, juste quelques paysages résumant les lieux. Bien sur, la couleur est partout, mais elle n’est pas excentrique non plus, elle se pose dans des teintes chaudes mais aussi refroidies à la suite peut-être d’un orage qui vient d’éclater et lave la torpeur ambiante.
Cet ouvrage, qui date maintenant de 2006, est un livre sur les gens plutôt que sur le pays à proprement dit. Sur ce peuple cubain qui a traversé, on le sait, des années de privations, mais qui conserve une sorte de gentillesse, de disponibilité et de dignité face à la caméra. Peut-être aurait-on aimé que le photographe s’approche parfois un peu plus de ses personnages, car les cubains sont des figures en soi ? Le respect de Christian Vallée pour ces êtres souvent privés de tout expliquant cela.
Le texte de Julien Cendres - tout en sensations lui aussi - qui ouvre chacun des chapitres donne le ton en décrivant les différents lieux et traits de la vie cubaine. Ce texte très sensible permet de mieux s’attarder sur les images du photographe et de mieux saisir le contexte de cette civilisation en désarroi. Assez peu de paysages de la part du photographe – on peut aussi regretter des plans plus larges en plus grand nombre pour mieux décrire le contexte ? - juste ce qu’il faut néanmoins pour résumer la géographie des lieux extérieurs de nature ou d’urbanité.
Le photographe s’intéresse d’abord à l’humain, on sent qu’il aime ce peuple qui, lui aussi, respecte le preneur d’images. Ici et là, pas de photos à la sauvette, mais des regards offerts dans une sorte de générosité partagée. Le photographe, certes est étranger, mais le peuple cubain, lui-même décliné en une infinie palette de couleurs de peau, est habitué à fréquenter les étrangers. Pas de curiosité malsaine dans ce vagabondage dominical, mais une complicité de regards.
Le livre de Christian Vallée est une ballade en ville et à la campagne dans cette ile luxuriante des Caraïbes, une succession de notations, un peu à la Flaubert comme le dit Eduardo Manet dans sa préface. Un ingénieur du son écoute, les photos de Vallée sont à l’écoute, le photographe « s’efface » devant son sujet, magnanime. Cette simplicité pour dire, cette discrétion font le charme de cet ouvrage. Et en même temps, parfois, j’aurais aimé que le photographe aille plus loin dans certaines scènes tant certains personnages sont hauts en caractère et prêtent leur photogénie avec générosité !
Les cubains sont restés dignes malgré la chape de restrictions qui pèse sur eux depuis longtemps. Tout n’est pas rose sur l’ile, même si l’auteur évite le coté misérabiliste. La décrépitude de l’habitat, le dénuement matériel semblent ici acceptés avec une certaine sagesse, mais une grande tristesse est perceptible. La soumission à la tyrannie des puissants conduit parfois à une dérive possible. Comme résume Julien Cendres à la fin du livre : « Près du port, dans l’odeur de fruits pourris et de charognes annonçant le cyclone, une guitare invisible jouant La Malaguena. Mélancolique, Cuba. Sombre dimanche… »






Infos pratiques, notation et achat :
| Dimanche à Cuba Photographies couleur de Christian Vallée, prologue d’Eduardo Manet, textes de Julien Cendres Editions Hermé Relié 160 pages ISBN-10 : 2866654412 ISBN-13 : 978-2866654412 38 euros Intérêt du sujet : 4/5 Photographies : 4/5 Textes : 4/5 Mise en pages, impression : 4/5 |
En savoir plus sur :
- Christian vallÉe Photographe (abonné annuaire)
- Julien cendres Auteur
- Eduardo manet Auteur
- Hermé Editeur
Récemment dans cette rubrique :
Acheter ce livre photo :
un photographe
pro
référencez-vous
ici
Veuillez mettre à jour le player Flash de votre navigateur
Trouver
un photographe
pro







