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En direct des rencontres d’Arles 2005

Après un détour par la Croisette lors de l’ouverture du Festival International de la photo de mode à Cannes, Photosapiens est à Arles, en Arles, dit-on d’ailleurs, pour les Rencontres Internationales de la Photographie. Celles-ci ont lieu, comme chaque année, dans toute la ville et ses environs, investissant le moindre recoin de cette petite cité médiévale. Un endroit bien agréable, d’un charme et d’une douceur convenant parfaitement à l’échange et à la rencontre avec un public nombreux. Il se trouve en effet que tout ce que la photographie compte d’amateurs et de professionnels, et pas seulement en France, semble s’être donné rendez-vous dans cette mecque que représente Arles pour nombre d’entre eux.
Dans ce premier tour d’horizon de cette toute première visite à Arles pour Photosapiens, une rencontre avec Douglas Kirkland, à l’hôtel d’Arlatan, où l’on pourra d’ailleurs voir les portraits de stars dans les différentes pièces à vivre, ce dernier ayant en effet beaucoup oeuvré, et oeuvre toujours, sur les plateaux de tournage de cinéma. Après avoir présenté 50 ans de ses photos, celui-ci répondra à quelques questions sur la difficulté que recontrent les photographes aujourd’hui, sachant que rien n’était plus facile de son temps, lorsque lui a débuté, précise-t-il. Il met son enthousiasme communicatif et sa gourmandise de photographier au profit de HP, le sponsor omniprésent sur le festival depuis les ateliers SNCF avec la Hype Gallery, jusque dans la cour de cet hôtel niché au coeur de laville. Le photographe fait passer entre les mains du public ses plus belles photos tirées en numérique avant de signer quelques-une d’entre elles.
Pentti Sammallahti est exposé dans une immense salle à la Chapelle Saint-Martin du Méjan. Un endroit dont la stature est à l’inverse de la taille des tirages proposés, dommage car cet auteur mériterait mieux. Un peu à la manière du petit livre paru dans la collection Photo Poche, on trouvera cet affichage trop étroit pour les images oniriques de ce photographe du grand nord, dont on aimerait se laisser inonder plus longuement. La quantité est là cependant.
Miguel Rio Branco (Magnum Photos) à l’Eglise des Frères Prêcheurs nous invite avec Gritos Surdos dans un voyage atmosphérique, en images et en mouvement, sur une musique de sa composition, des sonorités que l’on pourrait croire tirée d’un "Third Eye Foundation", les connaisseurs apprécieront. Le travail de ce pur produit de l’école du cinéma, à la fois visuel et sensoriel, nous transporte et nous berce presque alors qu’il évoque pourtant la souffrance et la vision inévitablement pessimiste de son auteur sur le monde. (Brésils, Brésils).
Avec ses "paysages sociaux" présentés à l’Eglise Saint Anne, Barry Frydlender parle d’un pays toujours dans la tourmente (Un monde sous tension). Une expo très centrale qui compte parmi les plus belles mises en avant, avec des formats panoramiques de toute beauté, des tirages numériques dont on aime même à s’approcher très près. Sans doute pour essayer d’en comprendre la fabrication autant que le sens, puisqu’en effet, il s’agit là de photomontages, les mêmes personnages étant parfois reproduits plusieurs fois dans une même image. Sachant que le but recherché est d’avantage un travail sur le temps, une même scène prise à plusieurs instants d’intervalle, plutôt qu’une quelconque autre sorte de manipulation.
Michal Heiman au Palais de l’Archevêché montre un travail sur les médias, avec des unes de journaux scannerisées et affichées en très grand format (Un monde sous tension). Le spectateur pénètre ainsi plus intensément dans la trame du papier imprimé, comme pour mieux s’interroger sur le sens de l’image, une thématique chère à cette spécialiste de la psychologie, de l’art, de la politique et de la thérapie.
Pour débuter la soirée, c’est le festival OFF, qui fêtant ses 10 ans, invitait tous les festivaliers à se réunir cour de l’Archevêché pour une présentation toujours émue de son directeur Christophe Laloi, et les mots du maire de la ville, Hervé Schiavetti, lequel n’hésita pas à pousser la chansonnette pour souhaiter l’anniversaire de ce festival désormais mature et toujours fidèle à sa mission de découvreur de nouveaux talents.
Les projections qui suivirent eurent lieu en même temps que la soirée donnée au théatre antique, avec "Moments du documentaire", premier volet d’une série "petite leçon de photographie" par Christian Milovanov. Après quoi l’israelien David Tartakeover présenta son travail de graphiste militant pour la paix dans son pays (Un monde sous tension). Des projets personnels auto-produits et diffusés dans des concours ou initiatives culturelles. Ses affiches sans compromis dénoncent avec provocation l’oppression de son pays mais aussi l’incapacité du pouvoir en place à solutionner le chômage ou la guerre. Une oeuvre constituée de symboliques très fortes sur une réalisation très simple basée autour des formes, des images récupérées dans la presse, des slogans et de leurs significations diverses. Il termine sa présentation par un autoportrait, fruit d’une série créée en 2003 baptisée Stain et présentant la carte des territoires occupés en Cisjordanie en superposition sur les visages. La présentation de cet auteur fait partie intégrante des choix de François Hébel, le directeur du festival, qui orientent l’édition autour de plusieurs thèmes tels que l’engagement et les nouvelles utilisations de la photographie. Ce dernier explique que les tendances se dessinent après le choix d’un certain nombre de dossiers.

© Laurent Fabry / Photosapiens

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