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Par Musée d’Art et d’Archéologie  - 1140 visites  -  Impression (PDF) 

Enfermement

Enfermement

Anne-Marie Filaire photographie des paysages depuis une vingtaine d’années et travaille plus particulièrement dans les zones dites frontières au Proche-Orient et au Moyen-Orient mais aussi en Asie du sud-Est, en Afrique de l’Est et en Europe. Cette exposition dévoile des images de Palestine et d’Israël qui révèlent un questionnement au sujet de la séparation, avec un accès aux Territoires de plus en plus difficile. La frontière se matérialise par un mur. L’espace se ferme et paradoxalement, il s’ouvre et se déplie. Les images sont de grands bandeaux, des paysages séquencés qui deviennent peu à peu des bandes opaques dont la densité altère la perception.

Cette exposition présente 5 grands tirages panoramiques :

- Tel-Aviv Jaffa, 29 mars 2004, tirage argentique 115 x 135, 1/4
- Ramallah depuis Beitunia, 6 mars 2004, tirage jet d’encre 75 x 270, 1/4
- Qalendia, 27 octobre 2004, tirage jet d’encre 75 x 330, 1/4
- Jérusalem Abu Dis Lazaria, 22 janvier 2007, tirage jet d’encre 75 x 230, 1/4
- Tel Aviv, 29 janvier 2007, tirage jet d’encre 75 x 230, 1/4

« …Je photographie des paysages depuis plus de 20 ans. C’est à travers ce sujet que je m’exprime.
Je m’intéresse à la notion de temporalité dans la représentation du paysage. J’explore des temporalités psychiques entre chronicité et histoire (traversé), et des temporalités culturelles à travers l’Orient (l’Islam au Yémen) et l’Occident à travers ma propre culture. Cette recherche sur la perception du temps à travers sa représentation dans le paysage m’a conduit à l’élaboration d’une œuvre sur les espaces traumatiques et les pays en processus de paix. Ces scènes constituent (pour moi) des espaces (géographiques) qui sont le champ de mon expérimentation et de ma réflexion.
Je travaille plus particulièrement dans les zones dites frontières au Proche Orient et Moyen Orient mais aussi en Asie du Sud Est, en Afrique de l’Est et en Europe.

Israel-Palestine.

J’écris sur une frontière dont l’opacité bouleverse le regard.

Je parle ici d’images, des images que je réalise dans ces lieux depuis plusieurs années.
Ce travail devient pour moi une question aujourd’hui au moment où la séparation est un « fait accompli », où l’accès aux Territoires est de plus en plus difficile, je pense à Gaza inaccessible et au manque que ces images font subir.
L’image est aujourd’hui empêchée, sous contrôle. En Occident on ne reçoit plus d’images de Gaza, des Territoires, après en avoir été abreuvé par un flot continu et orchestré. (*grande mise en scène du retrait des colons de Gaza, destruction du siège de la télévision Al Arabia à Gaza , travaux en ligne sous l’Esplanade)

Je suis venue pour la première fois à Jérusalem en Juillet 1999. C’est là que je voulais commencer mes recherches au Moyen Orient, dans ce lieu où se croisent l’espace et le temps.
J’ai voulu appréhender cette cité indépendamment d’aucune foi ou de croyance à un texte écrit mais comme la perception visuelle d’un ordre urbain unique, cherchant à la ressentir plutôt qu’à la décrire.

J’étais alors invitée par l’ancien directeur du musée d’Israel (dans le cadre d’une résidence) afin de réaliser un travail photographique sur Jérusalem.
J’étais aussi à ce moment engagée dans une mission que je mettais en place en France à la demande du ministère de l’Environnement, un Observatoire Photographique du Paysage, dont le but (la visée documentaire) était d’enregistrer l’évolution des paysages dans le temps, et de constituer un fond d’archives sur le territoire national.

Imprégnée par cette démarche et me déplaçant constamment dans Jérusalem et ses environs, j’ai pu lire dans le paysage les premières traces de l’occupation autour de la ville. C’était un peu plus d’un an avant la deuxième Intifada.
Et puis je me suis éloignée de Jérusalem, j’avais besoin de la voir de loin, de m’en écarter. J’ai loué une voiture et rejoins Jéricho, puis Gaza où je suis restée seule pendant trois jours. De cette période, dans ma photographie, les traces restent celle de cet écart, de cette frontière, de cet entre-deux possible.
Gaza aura été l’image la plus forte, la plus éprouvante de ce voyage, celle qui reste pour moi aujourd’hui inaccessible et manquante et qui bouleverse la perception de l’espace et du temps. Je suis revenue ensuite en 2004 et j’ai séjourné dans le pays pendant trois mois et demi à l’occasion de deux voyages, en Mars et Avril, puis en Octobre.
A cette époque, en Mars 2004, je présentais une exposition intitulée « Espaces désertés » à la Fondation Al-Ma’mal à Jérusalem, exposition que j’ai présentée quelques semaines plus tard en Israel au musée Ein-Harod. Des images de la frontière Erythréo-Ethiopienne et de la synagogue d’Asmara, un désert, espace ouvert et vide, et une synagogue, espace intime mais également vide, car Asmara est une ville vidée de sa communauté juive. Cette métaphore de la frontière dans l’exposition me permettait d’entrer dans une histoire et de confronter des expériences, des lieux, des gens. Je suis revenue ensuite en 2004 et j’ai séjourné dans le pays pendant trois mois et demi à l’occasion de deux voyages, en Mars et Avril, puis en Octobre.
A cette époque, en Mars 2004, je présentais une exposition intitulée « Espaces désertés » à la Fondation Al-Ma’mal à Jérusalem, exposition que j’ai présentée quelques semaines plus tard en Israel au musée Ein-Harod. Des images de la frontière Erythréo-Ethiopienne et de la synagogue d’Asmara, un désert, espace ouvert et vide, et une synagogue, espace intime mais également vide, car Asmara est une ville vidée de sa communauté juive. Cette métaphore de la frontière dans l’exposition me permettait d’entrer dans une histoire et de confronter des expériences, des lieux, des gens.

L’année 2004, témoin de la fin du règne de Yasser Arafat et de la construction du mur correspond à un moment de tension extrême. Le contact était rompu entre les populations et je me trouvais confrontée à une rupture continuelle dans le paysage. L’enfermement se matérialisait sous mes yeux. J’ai travaillé dans un mouvement entre les lieux et les gens, passant d’un monde à l’autre. Je ne cherchais pas à représenter cet enfermement mais je travaillais dedans.
J’ai commencé à cette époque à faire des relevés de terrain au niveau des zones frontières autour de Jérusalem lors de mes passages. C’est dans ce mouvement que s’est installé mon travail.

Le passage de l’exposition de Jérusalem à Ein-Harod a correspondu au lendemain de l’assassinat de Cheikh Ahmed Yassine , le chef spirituel du Hamas, à Gaza. L’expérience du passage aura été pour moi violente, éprouvante émotionnellement, j’avais le sentiment de rejoindre un lieu et d’en perdre un autre, et la sensation de ne pas pouvoir connecter une pensée et un mouvement.

En Octobre 2004 je suis revenue poursuivre ce travail de relevé de terrain et j’ai continué à prendre en photos les lieux de passage où je circulais, je photographiais comme pour vérifier, pour conserver le temps. Je photographiais à nouveau les mêmes lieux pour enregistrer leurs mouvements et leurs transformations, pour trouver des repères. Je me suis installée dans le temps. Produire des représentations de ces paysages permet d’en conserver la mémoire, de les penser en quelque sorte.
Je reviens depuis de façon régulière poursuivre cet enregistrement du temps et de l’espace au niveau de ces zones frontières. Je travaille aussi dans les lieux, comme par exemple à Naplouse après les dernières élections qui ont portées le Hamas au pouvoir ou à Tel Aviv en janvier dernier.
J’ai aussi travaillé au Sud Liban en septembre 2006.

Aujourd’hui la séparation est un « fait accompli ». Je trouve que Jérusalem a perdu de sa saveur et que les choses ont fui. Je me questionne sur le fait de poursuivre ce travail. Quel sens lui donner ? Le plus important me semble aujourd’hui d’en parler, d’en témoigner, de rendre les images, les paysages.
Si l’on peut considérer le temps du travail, sa durée, comme l’élaboration d’une structure émotionnelle, c’est aussi dans sa forme une base documentaire qui permet de garder l’espace ouvert.

Dans nos sociétés occidentales, les paysages existent par les représentations que nous en avons, dans la peinture, puis dans la photographie. Ces paysages existent grâce aux images. En tant que photographe il me semblait important, essentiel, de produire des images des paysages de Palestine.

Dans ma photographie le paysage n’est pas une continuité mais une accumulation. Une accumulation de temps, de moments.

Je travaille sur la frontière. La frontière ici est quelque chose de très violent qui se matérialise par un mur. L’espace se ferme, et paradoxalement, à force de tourner sur moi-même, il s’ouvre, il se déplie dans ma photographie. Mes images sont de grands bandeaux, des paysages séquencés, fictionnés, qui deviennent peu à peu des bandes opaques et dont la densité altère notre perception.
La violence faite au paysage altère notre vision, perturbe la continuité psychique d’un espace contenant. La forme du travail devient paradoxalement une enveloppe contenante, une volonté de continuité face à une impossibilité à pouvoir penser l’Autre. L’aspect documentaire interroge ce que ces bouleversements font subir à notre regard et témoigne de l’évolution de ces zones frontières (ces paysages), de cet enfermement ».

Anne-Marie Filaire
Paris, mai 2007

Le film intitulé Enferment d’Anne-Marie Filaire était projeté dans les rues de Jérusalem cet automne lors du festival « Jerusalem Show », il arrive en France et sera projeté le 10 janvier au cinéma Les 400 coups (20h15) d’Angers puis au printemps à Marseille au travers du collectif La Compagnie. L’artiste nous a fait l’amitié de le projeter lors d’une séance de séminaire lundi dernier à l’Institut national d’histoire de l’art dans une version encore provisoire, accompagné d’une musique d’Arvo Prt. Enfermement est un témoignage sur la nouvelle frontière que dessine le mur édifié entre les territoires palestiniens et l’État d’Israël. Mais ce témoignage est avant tout la création d’une œuvre photographique et filmique, cinématique pour le dire en un mot. L’artiste dont la connaissance de ces régions est intime, a filmé en un unique travelling les photographies noir et blanc qu’elle a prises et organisées en panoramas. D’une grande sobriété, et d’une apparente simplicité, le processus établi réside donc dans la mise en mouvement de panoramas successifs, montrant des lieux qui s’aboutent sans correspondre nécessairement au continuum géographique et temporel (les prises de vues couvrent 3 années en tout). Il s’en suit une position du spectateur tout à fait singulière que la métaphore du sentinelle illustre bien : vous semblez surplomber les paysages en tournant sur vous même, comme un guetteur. Du coup, le vide de ces régions devient frappant, malgré l’accumulation des habitations aux formes géométriques, malgré les quantités de gravas, la présence humaine n’est que manque. Le mur apparaît pour dresser des perspectives torves jusqu’à l’infini. Tout est séparation, et la séparation produit le manque. Ce film photographique est donc un montage dont les coupes forment des décrochages réguliers – que l’on connaît bien depuis le XIXe siècle dans la nécessité d’ajuster les images pour former le panorama (ce ne sont donc pas des « panoramiques », l’effet n’étant pas obtenu à la prise de vue). Les légendes centrées sous les ensembles défilants dansent sans réellement bouger par le jeu des décrochements, si bien que l’on freine parfois ou bien on accélère, mais cela ne se passe que dans votre œil ; et au moment où le film s’arrête, la rétine de la sentinelle s’étant accoutumée au mouvement, vous semblez partir dans l’autre sens. Le sentiment d’enfermement n’est donc pas ici une donnée iconographique, et c’est tout le paradoxe : le spectateur-sentinelle voit loin, au-delà de ce mur-ruban, mais cet espace et ces paysages à perte de vue sont vains. L’œuvre s’enroule autour de vous, et l’on pense à un retour de l’image photographique à son état de rouleau qui serait ainsi dévidé mais dont l’autonomie de chaque prise de vue demeure soulignée par l’effet de dépliage. Anne-Marie Filaire réfléchit depuis longtemps sur les notions de paysage, de frontière, d’identité. Elle montre par ce film que les formes mêmes qu’elle a su inventer pour penser l’image sont nécessaires à la compréhension de ces notions telle qu’elles apparaissent incarnées dans l’histoire des peuples. Et cela donne à méditer. Car ce que ce film expose est bien le dépassement d’une esthétique de la répétition, du recommencement ou de tout autre processus itératif lorsqu’il s’agit de produire des formes en dialogue avec l’histoire. Ce film d’images est circulaire et sans retour, tragique sur le mode d’un déroulement qui impose aux plis sa loi mouvante. Il est tout ce qui nous désespère de seulement passer au long du temps des hommes. Cette œuvre participe de ce qu’il faut appeler aujourd’hui une esthétique des conditions. Michel Poivert

 


Informations pratiques :

Enfermement
Photographie de Anne-Marie Filaire (5 grands tirages panoramiques)
La Sellerie, espace photographique Albert Monier - Jardin des Carmes (Aurillac)
Du 18 octobre au 20 décembre 2008
Entrée libre du mardi au samedi de 14h à 18h
Musée d’Art et d’Archéologie
Centre Culturel Pierre Mendès-France
37, rue des Carmes
15000 Aurillac
Tél : 04 71 45 46 10
Ouverture du mardi au samedi de 10h à 12h et 14h à 18h
Fermé les jours fériés
Accueil des groupes toute l’année sur réservation
Plein tarif : 2,50 € - tarif réduit 1,50 € - billet groupé : 4,50 €
http://www.aurillac.fr/01culture/mu...
 


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