| Tweet |
Communiqué
1151 visites Impression (PDF) |
Exposition photo
Entre deux Allemagnes, entre deux Irlandes : photographies de Fouad Elkoury et Anne van der Stegen
L’Europe se construit sur des vestiges et des gravats, sur des souvenirs à effacer et des utopies à retrouver. L’Europe des 25 n’a pas fini d’engager des chantiers complexes pour se fabriquer les piliers d’une cohésion culturelle. Les photographes et les photographies continueront pour leur part à remplir leur mission de documentation, de repérage et de marquage des contours et des reliefs de ces nouveaux territoires. Cette exposition est une des pierres de cet édifice documentaire. Serge Challon, Directeur de l’agence Editing
Berlin, une ville en voie de disparition
L’instant où l’appareil capte le vent soufflant au-dessus des arbres, l’on découvre où se situent l’Est et l’Ouest. Le vent distingue l’Est de l’Ouest, tout comme nous qui avons du mal à entrer dans Berlin sans penser à cela, au moins une fois.
L’instant où quelqu’un traverse la ligne, l’instant où une quelconque bicyclette franchit l’empreinte du mur bien visible sur le sol de la ville telle une cicatrice profonde, l’on est envahi par une sensation semblable à celle du « phénomène du membre fantôme ». Or, la ville est maintenant réunifiée et nombreux sont ceux qui s’y promènent, savourant à la fois son unification et son amputation. Des milliers de morceaux du mur ont été emportés comme des reliques vers les quatre coins du monde. Même mon frère était rentré un jour en Palestine avec un petit bout du mur de Berlin, il le disposa bien en évidence dans notre salle de séjour, à côté d’une petite lanterne apportée de Montréal et d’un oeuf en bois peint de Varsovie.
Puis il y l’instant où l’on découvre les conséquences de l’acte de mon frère et de milliers d’autres personnes qui ont grignoté le mur au point de faire apparaître sa carcasse métallique. D’autres gens ont peint les quelques pans restés debout, ils se sont fait photographier ou se sont promenés le long du mur comme sur la rive d’un fleuve. Il y a aussi bien sûr ceux qui se sont contentés de s’adosser au mur, se protégeant du soleil sous son ombre.
Ainsi, le mur de Berlin a été démoli et sur la Potsdamer Platz les reflets des bâtiments des parties Est et Ouest se sont infiltrés d’un côté à l’autre et se sont mêlés au point que l’on ne peut plus distinguer l’objet de son reflet, ni l’Est de l’Ouest. Tout est en verre, d’une transparence obsessionnelle. A croire que dévoiler ce que le mur cachait auparavant était devenu une obsession architecturale que toutes les nouvelles constructions de la ville réunifiée devaient respecter. Il en est de même des démolitions d’ailleurs. En effet, après avoir achevé la démolition du mur, les bulldozers ne pouvaient plus s’arrêter, ils ont donc poursuivi leur progression vers les constructions de l’Est pour les dévorer à leur tour. Ils sont partout dans Berlin-Est, leur bruit fait partie désormais de l’ambiance sonore de la ville, et tout bâtiment de style socialiste aperçu un court instant risque de disparaître l’instant suivant.
En photographiant Berlin, Fouad Elkoury parcourt l’existence instantanée et éphémère de la ville, fixant les indices innombrables de ce qui est destiné à disparaître et quelquefois, les photos n’offrent pas plus que l’instant éclair nécessaire à leur prise. Si l’on croit pouvoir suivre la trace de ce que les photographies de Fouad Elkoury donnent à voir, l’on ne verrait en réalité que les ruines du mur de Berlin. Comme ce fut le cas pour Atlantis, dont les fouilles sous-marines avaient révélé les vestiges d’un mur.
Adania Shibli, écrivain Décembre 2004
Une frontière qui s’efface
Il y a des noms qui claquent. Il y a le choc des culasses. Des images d’actualité en noir et blanc. Ces regards qui ne s’effacent pas, semblables aux peintures sur les murs de Belfast. Il y a le visage de Bobby Sands. Les derniers mots de son livre écrit en prison, sur des feuilles de papier toilette : ’Tiocfaidh ar la, comme un vibrant écho. Notre jour viendra. L’Histoire en marche, ses soubressauts au coeur de l’Europe, trente ans de guerre, d’attentats, plus de 3500 morts. Les fenêtres grillagées des écoles, les bombes de l’IRA, les assauts et la répression de la Royal Ulster Constabulary, le Bloody Sunday et les miradors de la prison de Long Kesh... cette litanie de la violence, des larmes et du malheur.
Et peut-être, surtout, il y a un mur. Dans chaque ville, de Belfast à Derry, de ruelles en avenues, en passant par Ballyconell et Innishoven, à travers les champs, et jusque dans les coeurs et les esprits. L’Irlande du Nord des catholiques, l’Ulster et la Couronne d’Angleterre pour les protestants. Une frontière infranchissable. Longtemps infranchissable.
Puis, de guerre lasse, affaire d’épuisement ou de lucidité, les armes se taisent un peu. Des hommes parlent, se rencontrent, s’assoient autour d’une table. La paix n’est plus un vain mirage. Même, elle est à portée de main.
Alors, il y a les photographies de Anne van der Stegen. Un voyage enfin possible. Suivre la frontière entre ces deux Irlandes trop longtemps rassemblées de force en Ulster. Aller de village en village, de prairies en routes de campagne, dépasser les postes de police, les barrages démantelés, les barrages qui demeurent, et partir à la rencontre des femmes, des enfants, des hommes en paix. Catholiques et protestants, non plus pris au piège, mais saisis dans leur quotidien. Et l’on voit, presque ébahi, leurs vies ordinaires qui s’inscrivent là, dans les vestiaires d’un stade de campagne, à genoux en prière sur un muret de pierre, à la plage, accompagnant une marche Orange, caressant moutons et brebis, offrant un sourire, un regard apaisé à l’objectif...
Ainsi, il y a de l’innocence, une grâce évidente dans le travail d’Anne van der Stegen. Une façon de rappeler d’image en image que tous se ressemblent, qu’ils aspirent à la paix maintenant. Ils habitent les mêmes maisons, se régalent des mêmes plats, sautent dans les mêmes vagues. Illusoire, trop simple, trop peace and love ? Non : une réalité. Loin des clichés. De la photographie à hauteur d’homme, qui n’occulte rien. Ni les miradors qui veillent encore, ni les barbelés, ni les cicatrices. Mais une photographe qui sent que la paix est là, dans les regards où brillent une flamme de vie, dans les coeurs épuisés. Dans les silhouettes souples de ces gamines qui jouent en riant aux Drôles de Dames, un pistolet de plastique à la main.
Enfin, il y a ces mots de Bobby Sands, mort en Europe au printemps 81, dans les geoles d’une Margaret Thatcher indifférente et cruelle : Notre revanche sera le rire de nos enfants.
Stéphane Guibourgé, écrivain Décembre 2004
Une exposition présentée dans le cadre du projet collectif « Europe échelle 25 » mené par l’agence Editing (également Brest to Brest, photographies de Patrick Bard, Fnac Strasbourg du 10 janvier au 19 mars 2005, et Danube, photographies de Sébastien Erome et Philippe Schuller, Fnac Lyon du 17 janvier au 26 mars 2005). Avec le concours de Canon, l’Agence Spatiale Européenne, le laboratoire Central Color et Delkin / Prodigit.


Informations pratiques :
Entre deux Allemagnes, entre deux IrlandesPhotographies de Fouad Elkoury et Anne van der Stegen / Editing
Du 14 janvier au 26 mars 2005
Fnac Forum des Halles
En savoir plus sur :
- Fouad elkoury Photographe
- Anne van der stegen Photographe
- Fnac Forum des Halles Lieu d’expo
Evénements à la une en ce moment :
Agenda Expositions :
(actuellement 24)
Prochains vernissages >>
Autres événements >>
Stages - Formations >>
un photographe
pro
référencez-vous
ici
Veuillez mettre à jour le player Flash de votre navigateur
Trouver
un photographe
pro






