Communiqué
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Exposition des photographes de l’Ecole nationale supérieure Louis-Lumière

Allier la recherche à la compétence professionnelle, offrir des voies nouvelles d’exploration documentaires et formelles, maîtriser des connaissances techniques de haut niveau et en expérimenter toutes les possibilités, c’est à ce travail d’exception que sont invités, en toute liberté, les étudiants de l’Ecole nationale supérieure Louis-Lumière lors de leur troisième année d’études. Selon leur pôle d’intérêt, un mémoire de recherche synthétise l’ensemble dans une proposition théorique fondée sur des images, des dispositifs, des livres, des sites ... L’exposition reprend les travaux de Renan Astier, Jonathan Barbo, Christophe Caudroy, Arnaud Delrue, Romain Mathieu, Liza Nguyen, Bogdan Zarbu réalisés entre 2003 et 2007.
Les démarches sont singulières, originales et toujours empreintes d’un engagement personnel qui est celui d’hommes et de femmes pour qui la photographie n’est pas juste une image. Sensible aux affaires du monde et particulièrement à la place de l’homme, Christophe Caudroy prend le pouls de la vie ordinaire dans Jérusalem. C’est sur un autre versant, celui de la mort de son père, que Liza Nguyen documente les bâtiments où il a vécu, s’est fait soigner, élève les objets du quotidien au rang d’icônes et tire le portrait de ceux qui lui furent familiers. Renan Astier s’embarque pour le reportage, mais bifurque. C’est à la chambre qu’il saisit les stratégies de combats du free fight dans un arrêt sur image. Jonathan Barbot aborde une carrière de pierre désaffectée, il l’érige en haut lieu d’investigations plastiques, en produit l’épure flagrante et retenue de son identité. Romain Mathieu appréhende le concept d’identité avec l’élégance et le tact d’un jeune homme pressé qui seul s’arrête pour rencontrer les immigrés du foyer jouxtant l’École. Ses photographies de « passants » aux formes évanescentes ont la présence et l’aura d’hommes debout, fragiles, enracinés dans le silencieux désir d’être. Avec Mythologies Arnaud Delrue confronte son visage au déploiement d’archétypes de la beauté que génère le papier glacé des magazines. Autre approche, autre questionnement. Au-delà des normes, du travestissement et de l’artifice, la notion de genre est déstabilisée, l’identité reconsidérée. Le dispositif expérimental de Bogdan Sarbu, fondé sur l’illusion optique, interroge l’appréhension culturelle de la perspective. Les images produites décentrent les codes et ouvrent la voie aux digressions fantasmatiques du spectateur. Françoise Denoyelle, Professeur des Universités, enseignante à l’Ecole nationale supérieure Louis-Lumière
Combat libre, étude - Renan Astier
Le free fight est un sport de combat. Il combine l’usage des techniques de frappe et celles du sol. Les compétitions sont interdites en France. Lors du combat au sol, l’adversaire fait usage de son poids et de sa force pour tenter de réaliser des clefs, étranglements, écrasements musculaires qui doivent mener soit à l’abandon, soit à la perte de connaissance qui peut durer quelques secondes. Le corps à corps implique un contact extrême avec l’adversaire. La vision ne permet alors plus aux compétiteurs de percevoir leurs positions mutuelles dans l’espace. L’oeil perd donc sa fonction de « premier sens » au profit du toucher. Tout ce qui peut gêner le mouvement de l’autre est utilisé, et chaque membre est placé de manière stratégique afin d’enfermer l’adversaire dans une situation qu’il aura de plus en plus de difficultés à défendre. C’est un jeu d’échecs corporel et spatial, inextricable. Il n’y a pas de limite de temps.
Au fur et à mesure, le corps de l’autre, la pesanteur, deviennent des contraintes très fortes : la sensation d’enfermement et d’oppression peut être très grande. La pratique et la préparation aux combats libres demandent des efforts exceptionnels et s’accompagnent de maux articulaires et musculaires très intenses. Seules la satisfaction morale ainsi que l’endorphine que le cerveau génère lors de tout effort physique atténuent ces douleurs. Plaisir et souffrance sont intimement liés. Les photographies sont réalisées lors d’entraînements, selon un enchaînement invariable : les sportifs s’échauffent puis combattent pendant une ou deux heures. Lorsqu’ils sont épuisés et que j’aperçois une position intéressante, je les arrête et leur demande de rester immobiles. J’installe alors le plus rapidement possible des éclairages ainsi qu’un appareil de prise de vue généralement utilisé en photographie de publicité. A ce moment, celui qui est en position de force doit mettre autant d’énergie pour soumettre son adversaire que lors d’un combat réel. Ce dernier doit résister. C’est alors que je déclenche. Renan Astier
La carrière de Corgnac-sur-l’Isle - Jonathan Barbot
Cette série de cinq tableaux photographiques, réalisée dans la carrière de pierre désaffectée de Corgnac-sur-l’Isle, revisite la notion de paysage à l’occasion d’une recherche formelle et plastique d’inspiration picturale. Elle fait ainsi écho à la série des Montagnes Sainte Victoire de Paul Cézanne. Toutes deux tentent, au moyen des éléments plastiques spécifiques au médium utilisé, de formaliser une simplification du rapport minéral-végétal d’un lieu afin d’en exprimer la nature propre. Chez Cézanne, cette simplification génère une géométrisation des formes naturelles de la montagne par les touches de pinceau, dont la somme donne une impression d’approche cubiste de l’espace, celle-là même que la montagne laisse apparaître lorsque l’on prend suffisamment de recul ; car la structure du tableau est puisée dans la disposition naturelle. L’harmonie du tableau repose sur les choix plastiques de la même manière que l’harmonie de la montagne repose sur ses formes naturelles.
En d’autres termes l’harmonie du tout repose sur l’ensemble des détails qui en constituent l’ordonnance. Dans la carrière, la cassure du terrain, l’éboulis, le tas de branches ou de terre, la butte portent en eux cette leçon de construction de l’espace solide, car ils sont ces détails, et par là même les fondations structurelles de la carrière, à échelle humaine, et finalement, sa définition ontologique. Pour comprendre l’invisible animation qui existe en ce lieu, mon travail photographique s’est donc porté sur la recherche de ces détails. La spécificité du médium utilisé m’a poussé, non pas à les recréer, comme Cézanne, mais à les voir, les choisir, et à les cadrer tous de manière identique au centre de la composition. Leur forme est une, récurrente sur le site, géométrique, parabolique, érodée, simple, épurée. C’est une forme stable, équilibrée, irrémédiablement attirée vers le sol, dans lequel elle est puissamment ancrée : une forme de colline, de carrière ou de triangle érodé. Cette forme, dans sa transcription plastique, devient une simple ligne. Elle monte, culmine puis redescend et sa présence récurrente évoque l’épure de la genèse du lieu, la carrière de Corgnac-sur-l’Isle. Jonathan Barbot
Jérusalem, Jérusalem, mars 2004 - Christophe Caudroy
Le conflit israélo-palestinien est un des plus vieux conflits du monde actuel. Il a toujours fait l’objet d’une couverture médiatique très importante, hors de proportion au regard des données statistiques (Israël n’est pas plus grand que la Bretagne, Tel- Aviv se situe à 35 kilomètres de Jérusalem). Le pays compte un peu plus de six millions d’habitants dont neuf cents milles arabes israéliens. Dans ce conflit, l’image a beaucoup d’importance, c’est une guerre de plus en plus médiatique. Les deux camps manipulent l’image pour faire passer leur propagande, avec la complicité des médias internationaux, qui à cause de la complexité du conflit, se contentent de relayer les images choc. Jérusalem a toujours fait l’objet de convoitises, elle a été assiégée cinquante fois, conquise trente-six fois et dix fois détruites.
Après la guerre de 1948, la ville est séparée en deux, l’Ouest est israélien, l’Est jordanien. La ligne verte 1, matérialisée par un mur, traverse la ville. En 1967, lors de la guerre des Six jours, Israël prend le contrôle de la bande de Gaza, du plateau du Golan, la Cisjordanie. Jérusalem Est est annexée en 1967 et proclamée « ville réunifiée, capitale éternelle d’Israël ». La résolution 242 des Nations Unies demande le retrait d’Israël, des territoires occupés en contrepartie de sa reconnaissance par les Arabes. Jérusalem doit devenir dans ce projet une ville internationale. Cette résolution est ignorée par les deux camps. La France, dont la diplomatie se fonde sur le droit international, ne reconnaît pas Jérusalem comme capitale d’Israël.
Mon travail photographique s’intitule « Jérusalem, Jérusalem, mars 2004 » pour rappeler ce statut international. La ville garde les traces de cette séparation, l’Ouest est exclusivement israélien, l’Est reste majoritairement arabe malgré l’implantation de nombreux quartiers israéliens. Mon intention d’origine était de faire un travail sur la perception du conflit dans la vie quotidienne des habitants de Jérusalem. En effet, les seules images de cette ville que nous renvoie la presse sont celles d’attentats, de manifestations et de tensions religieuses, montrant une actualité bien réelle, mais qui par leur aspect réducteur ne permettent pas de retranscrire la complexité de cette ville. Il existe une sorte de résignation de la population de Jérusalem. La vie est rythmée depuis quatre ans par les attentats, c’est un risque devenu quotidien, il ne se manifeste donc plus de façon évidente, alors que les deux derniers attentats ont été commis dans des bus, les transports restent très fréquentés.
La seule manifestation évidente du climat de tension est la présence massive de militaires. Peu de personnes sont présentes sur ces photographies, ceci est le reflet de ma perception de la ville. Depuis la seconde Intifada, il n’existe quasiment plus de vie publique à Jérusalem, les gens se cloîtrent chez eux et vont d’un endroit fermé à un autre, de la maison au travail, chez des amis…
J’ai voulu montrer le repli sur soi qu’a opéré la population de Jérusalem depuis la seconde Intifada mais aussi une attitude qui est spécifique à la ville pour des raisons historiques et culturelles. Je me suis souvent senti perdu en essayant d’avoir une approche distanciée de la ville et de ses tensions. À chaque prise de vue, je me demandais si la photographie était vraiment nécessaire, si elle ne participait pas d’un discours militant, rester neutre a été une de mes problématiques majeures. Christophe Caudroy
Mythologies - Arnaud Delrue
Ce n’est pas le Minotaure qui crée le labyrinthe, c’est l’inverse Michel Foucault, Dits et écrits, 1994
Mythologies est une série d’autoportraits qui questionne l’asservissement du corps à l’image et l’imperméabilité de l’individu face au bain médiatique dans lequel il est plongé dès l’enfance. En plaquant mon visage sur les beautés glacées des magazines féminins, je réalise l’impossible identification au glamour préfabriqué par les médias. Ces images peuvent ainsi être perçues comme le résidu d’un amour fusionnel entre le spectateur/consommateur et ces/ses modèles. Il en résulte des créatures hybrides piégées dans l’inexorable dissolution de l’identité en un rêve récurent, engluées dans cette mythologie du corps avec laquelle chacun se construit.
Mon questionnement se porte également sur la notion de genre, sur les normes qui définissent le masculin et le féminin. Le court-circuitage opéré sur l’image brise le schéma d’un corps pour chacun, qui reste au centre de la mécanique du désir que la femme, son corps et sa beauté doivent susciter. Je me pare des attributs canoniques du féminin pour mieux en stigmatiser l’artificialité. Il s’agit ici finalement d’une forme idéale de travestissement qui atteint virtuellement la perfection dans la coïncidence du corps initialement masculin et du corps féminin rêvé. Arnaud Delrue
Les passants - Romain Mathieu
Comment photographier les habitants d’un foyer situé juste en face d’une prestigieuse école de photographie ? Ces hommes et ces femmes dans des situations précaires, immigrés ou sans papier pour la plupart, nous les croisons tous les jours sans jamais les rencontrer. Ils bifurquent juste avant la fin de la ligne droite qui nous mène de la gare RER aux salles de classe. J’ai longtemps réfléchi pour savoir comment j’allais les faire poser, quel dispositif j’allais employer. Est-ce que je devais les prendre chez eux, en famille, devant leur immeuble ? Il est soudain devenu évident qu’il fallait qu’ils viennent dans l’école. Je me suis placé à l’endroit où nos chemins se séparent et je leur ai proposé une prise de vue d’un quart d’heure en studio. Exposées à l’origine, en suspension, dans un lieu de l’école où sont entreposés en plein air les vieux objets en transit, ces images fantomatiques veulent marquer le besoin pour cette institution, îlot luxueux fermé et protégé au milieu d’une ville nouvelle, de s’ouvrir aux battements du monde.
Loin des « portraits neutres » à la Thomas Ruff, elles n’imposent pas aux spectateurs la présence des modèles et préfèrent, puisque nous ne voyons pas ces « voisins », en suggérer une, laissant le soin aux spectateurs de combler l’espace laissé vide par ces portraits incomplets. À l’origine du projet s’impose l’idée de réinvestir, pour une journée, un lieu par la présence d’images, de redonner une lisibilité à un endroit auquel on ne prête généralement pas attention. Les passants est une installation qui mêle photographies et vidéo. Pour voir ce que cette confrontation peut donner, pour voir ce que l’une pourrait apporter à l’autre et inversement. Aller à la rencontre des voisins, des habitants du foyer du 24 allée du Promontoire, face à l’Ecole, ceux que l’on aperçoit tous les jours sans vraiment les voir ; les installer à l’intérieur, fragiles et présents, mais toujours en transit, en déséquilibre. Romain Mathieu
Mon père - Liza Nguyen
Plusieurs séries de photographies, dans l’esprit documentaire, composent le recueil réalisé en la mémoire de mon père défunt. Mon travail parle ainsi de la perte et de l’absence. Une série de lieux, décor de sa vie, se présente sous forme chronologique. Les lieux d’habitations alternent avec les cabinets médicaux où il a travaillé et les hôpitaux où il a séjourné. Ces photographies, réalisées de nuit, révèlent une lumière symbolique et commémorative de la présence de mon père dans ces lieux. Une série d’objets de la vie quotidienne associe ses objets personnels, ses vêtements, son linceul, des albums de famille et mes propres souvenirs. Les objets sont le relais de la mémoire, ils incarnent le lien entre le passé, le présent et le disparu. Une série de portraits de témoins présente ces yeux qui ont vu et leurs souvenirs écrits. L’idée extraite des témoignages se réfère à l’idée générale d’un père. Une série de portraits de ma famille complète la série où les images proviennent des entretiens filmés. L’esthétique de l’image participede la métonymie. La représentation de l’existence de mon père est forcément fragmentaire et reste sans fin, comme en suspens. Liza Nguyen
Fictions - Bogdan Sarbu
It seems very pretty,... but it’s rather hard to understand !... Somehow it seems to fill my head with ideas...only I don’t exactly know what they are ! However, somebody killed something : that’s clear at any rate... Lewis Carroll, Through the Looking Glass
Fictions est un projet expérimental mettant en scène des images où s’entrelacent l’illusion optique et le questionnement sur le rendu perspectif. Les espaces photographiés se présentent comme des créations subjectives qui correspondent aux personnages et répondent au regard du spectateur. Tout en gardant l’ « objectivité » de la photographie, ces images cherchent à rompre avec la perspective centrale de l’objectif. Elles se posent en tant qu’énigmes, à la fois histoires et espaces ouverts à l’interprétation. On pourrait affirmer qu’il s’agit d’illustrations d`un récit manquant. Le défi adressé au spectateur n’est pas de récupérer une information à travers les photographies mais plutôt de se laisser porter par la logique floue qui les domine pour créer ses propres histoires. À la fois fictionnelles et objectives, ces images proposent une lecture ouverte : le but de l’auteur est de rendre le spectateur conscient du chemin parcouru par son propre regard, des impasses et des pièges que son interprétation suppose. Bogdan Sarbu
Informations pratiques :
Exposition des photographes de l’Ecole nationale supérieure Louis-LumièreDu 15 octobre au 17 novembre 2007
Fnac des Halles (Paris 3ème)
Entrée libre
En savoir plus sur :
- Renan astier Photographe
- Jonathan barbot Photographe
- Christophe caudroy Photographe
- Arnaud delrue Photographe
- Romain mathieu Photographe
- Liza nguyen Photographe
- Bogdan sarbu Photographe
- Fnac Forum des Halles Lieu d’expo
- Ecole Nationale Supérieure Louis-Lumière Ecoles
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