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21/08/08 -
Par Bruno Pierrel
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Fables

C’est un très bel ouvrage que consacrent les éditions Filigranes aux récents travaux de la photographe et plasticienne Karen Knorr. Fables est une série de photographies de grand format commencée en 2004 et réalisée dans le cadre d’une commande du Musée de la Chasse et de la Nature à Paris (l’exposition a eu lieu du 15 janvier au 11 mai 2008) grâce au soutien de la Galerie Les filles du calvaire (Paris, Bruxelles).
Une première image, pleine couverture, se présente comme une énigme et éveille immédiatement notre curiosité. Nous tournant le dos et nous ignorant superbement, renards et écureuils, posés là à même l’espace, nous invitent à suivre du regard leurs futures intrusions. Entre livre d’art et catalogue d’exposition, c’est vers une certaine confusion que nous entraîne cet ouvrage. Confusion délicieuse que celle promise par cette nouvelle série de « fables » écrites et mises en scène par Karen Knorr. La procédure d’abord : un bestiaire occidental ou exotique est introduit et mis en situation dans des lieux et des monuments du patrimoine ancien et moderne. La photographie délimite le champ visuel des compositions et enregistre les situations auxquelles seront confrontés « acteurs », spectateurs et lecteurs.
Partagés entre enchantement, dérangement et inquiétude, l’immédiate vision de ces « tableaux » accroît notre confusion. Et les deux textes aussi savants qu’éloquents [1] qui introduisent et concluent le présent ouvrage n’imposent jamais une lecture unique de ces fables. Car ces fables sont d’abord les nôtres.
De la crainte à la zoolâtrie, dominés jusqu’à atteindre l’extinction, la nature et l’animal sont historiquement des sujets privilégiés de fascination, d’études et de créations.
La fable par laquelle l’on prête à l’animal, caractères et conversations, qu’elle soit morale ou satirique, contient en fondement une dimension critique de notre humanité, de la Culture et de notre voisinage permanent avec l’animal et l’animalité. C’est faire vaciller cette distinction que de mêler l’animal à la culture par la fable.
Qu’ils soient naturalisés ou digitaux, les animaux qu’invite au musée Karen Knorr bouleversent le savant agencement de la culture et de ses lieux de conservation, d’études et d ‘expositions. Nulle mise en abyme en ces lieux, c’est à un étourdissant jeu d’échos sémantiques et symboliques que souhaite nous entraîner l’auteur. C’est pourquoi il faut distinguer les différentes séquences qui composent ces fables et leurs localisations : musée Carnavalet et musée de la Chasse et de la Nature à Paris, château de Chambord, musée Condé - Chantilly et Villa Savoye à Poissy. Sans réserve, celles du musée de la Chasse et de la Nature et du musée Condé sont les plus pertinentes et les plus insolentes. Et puisqu’il s’agit ici d’édition, on regrettera que la maquette de l’ouvrage n’ait pas placé en vis à vis, sur une double page les deux compositions : « The Stag’s & Wolf Room » et « The Stag’s Room (Diana) » et qu’il faille sans cesse consulter la fin de l’ouvrage pour prendre connaissance de chacun des titres des compositions.
Néanmoins la procédure mise en place par Karen Knorr s’épuise et trouve vite ses limites. Après la surprise, l’intelligence et l’enchantement vient une certaine indifférence. S’il s’agit de défier tout en subtilité les conventions et les fonctions de la représentation de la nature et de l’animal dans les lieux mêmes de la culture et du patrimoine, on s’interroge sur la pertinence de la séquence qui conclue cet ouvrage, à la Villa Savoye à Poissy. Quant à l’intrusion de l’animal et de sa propre nature, sauvage, dans des milieux qui devraient lui êtres étrangers, et qu’il devrait perturber, ceux que l’on nous présentent, naturalisés, numérisés, photographiés sont depuis longtemps des familiers de la culture, qu’elle soit artistique ou scientifique (figés par exemple dans une immobilité que ne serait connaître leur état naturel, par la taxidermie ou la vitesse d’obturation). Enfin visuellement et graphiquement, les images et les compositions, lorsqu’elles mêlent, le numérique à l’argentique sont souvent défaillantes. La difficulté technique nous apparaît et se manifeste par une image absente de profondeur et n’offrant qu’une vision plane et frontale de l’ensemble. l’animal numérisé est sans pesanteur et sans présence charnelle.
Il faut malgré tout nuancer ces propos en remarquant, et la confusion demeure entre ouvrage d’art et catalogue d’exposition, le peu de matériel pédagogique et d’informations sur l’origine et le développement de la démarche artistique de Karen Knorr. L’insatisfaction demeure tant par le projet éditorial qui ne laisse rien savoir de l’existence d’une muséographie dont aurait fait ou non l’objet les compositions de Karen Knorr, et qui exacerberait son propos, que par la forme même de ces Fables dont on souhaiterait qu’elles prennent celle de l’installation avec la présence incontrôlable d’animaux bien vivants.
[1] Textes : Lucy Soutter, Nathalie Leleu.
Informations pratiques, notation et achat :
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Fables Photographies de Karen Knorr Textes : Lucy Soutter, Nathalie Leleu Langue : Français / Anglais Editeur : Filigranes Parution : 22 mai 2008 ISBN 13 : 978-2-35046-135-9 Format : Relié 112 pages 310 x 255 cm Prix : 40 euros |
En savoir plus sur :
- Karen knorr Photographe
- Nathalie leleu Auteur
- Lucy soutter Auteur
- Filigranes Editeur
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