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Photographe Evénementiel
Par Laurent Meynier  17/03/08
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Livre photo ethno, humanisme, histoire

Femmes du Monde

Femmes du Monde - Ladies

Ladies

En 2002, Titouan Lamazou part en Afrique pour débuter un projet resté en gestation depuis de nombreuses années. L’idée de départ est simple et ambitieuse ; il s’agit d’exprimer une vision de notre monde à travers le regard des femmes. Commence alors un périple de six années, qui va l’amener à bourlinguer sur un océan mystérieux formé de rencontres exclusivement féminines et à explorer quinze zones du monde sur les cinq continents.

Le but de Titouan Lamazou est de rencontrer des femmes mais avant tout des personnes dans leur identité et leur culture propre, sans y associer d’idée de pays ou de limites territoriales. C’est peut-être là sa grande idée, car du point de vue d’une femme, les frontières ne sont plus dorénavant que des repères politiques sans autre fonction que de segmentariser des intérêts économiques gérés presque toujours par des hommes.

L’ambition de Titouan Lamazou est de démontrer la valeur et l’universalité des préoccupations humaines en allant à la rencontre des femmes de « notre » monde. On découvre au fil des pages le courage et la détermination qui animent des femmes exceptionnelles dans leur combat pacifiste. Il me faut citer ici Lady le morceau d’anthologie du grand Fela Anikulapo Kuti . Cette lutte silencieuse ne revendique aucune volonté de pouvoir ou suprématie idéologique, puisqu’elle n’a pour vocation que de servir la paix entre les peuples.


Malgré une condition sociale souvent inférieure, les difficultés qu’elles rencontrent et les blessures parfois profondes qu’elles subissent, les femmes ont toujours suffisamment de patience et d’amour pour faire avancer les sociétés humaines autrement que par les contraintes politico-économiques qui caractérisent bien les méthodes masculines à travers les âges et expliquent aussi l’état actuel de nos sociétés. Cette démarche questionne inévitablement sur le pouvoir phallocratique qui gouverne les nations, son intérêt sociologique, mais aussi sur le sens du progrès et la valeur réelle de ce que l’on nomme la modernité. Une grande leçon de courage à méditer… Cet ouvrage est un magnifique catalogue de l’exposition [1] qui se déroule au Musée de l’homme à Paris.

Il y a trois sortes d’hommes : ceux qui veillent sur leurs familles, ceux qui tuent et ceux qui ne foutent rien. Muhbo, réfugiée de la guerre de l’Ogaden, camp UNHCR.

 

Mais qu’est ce qui fait courir Titouan ?


Ce choix de montrer le monde à travers la réalité quotidienne des femmes, il le définit comme une nouvelle nécessité. Il faut donc considérer sa quête comme une recherche fondamentale qui a pour but de nous ouvrir les yeux sur le monde réel, hors des schémas habituels. Ses sources d’inspiration sont le voyage (il cite Nicolas Bouvier) et les femmes. Ses muses sont forcément féminines, en esthète amoureux il les nomme « mes beautés ». Quoi de plus mystérieux et universel pour un homme que l’univers féminin ? Une curiosité dont la prise de conscience est venue avec l’âge, précise t-il du haut de ses 50 années, un monde inconnu des hommes, une nouvelle planète avec son lot de découvertes et sa part d’inconnu.

Pour l’auteur, le besoin de reconnaissance et l’esprit de compétition avaient constitué en leur temps, une énergie essentielle permettant de gagner des grandes courses de bateaux sur tous les océans. Mais lorsque l’on est capable d’atteindre de tels objectifs, et une fois ces objectifs atteints, quelle motivation reste-il ? L’idée de créer une course autour du monde, sans limite de taille pour les navires et donc de justifier la création du plus gros monocoque jamais construit (le Tag Heuer) est-elle une preuve évidente de mégalomanie ou un besoin utopique de repousser les limites pour les faire disparaître dans une ultime tentative ?


Le naufrage du géant des mers en 1993 tranche le débat et met un point final à sa formidable carrière de navigateur. C’est le symbole fort d’une recherche d’absolu arrivée à son paroxysme et donc à son point de rupture. Derrière la façade inaltérable du grand compétiteur, champion du monde en solitaire, il reste l’individu, l’humaniste, l’artiste en route pour s’épanouir, prêt à apporter sa pierre à l’édifice commun. Esprit libre, sans port d’attache, refusant les conventions et fuyant des règles de vie inutiles imposées par des normalisateurs bien pensants, Titouan est avant tout un citoyen du monde. Le navigateur solitaire assure qu’il préfère composer avec la nature, plutôt qu’avec la société. S’il part à la rencontre des habitants de sa planète, c’est qu’il s’intéresse aux individus mais qu’il exècre les frontières, les murs et les limites quelles qu’elles soient.

L’Artiste


On parle souvent du Titouan « challenger », plus récemment du Titouan « humaniste », mais ce qui ressort nettement de ce projet c’est aussi le Titouan « peintre ». Il faut dire que l’homme prend mille précautions pour ne pas se mettre en vedette et évite de s’exposer sous les tumultueuses lumières de la critique artistique. D’ailleurs il revendique un regard porté sur le monde plutôt qu’une démarche artistique. Ses œuvres se présentent modestement sous forme de carnets de voyage, comme à l’époque des « découvreurs » du XIXe siècle, qui notaient leurs impressions à l’aquarelle, faute de pouvoir encore faire des photographies. Turner aussi battait la campagne son chevalet sous le bras et, peut-être pour des raisons pratiques, il allait droit au but, ne s’encombrant pas de détails inutiles, c’est ce qui faisait sa force expressive. Titouan Lamazou est comme ça, il fait des instantanés en ne gardant que l’essentiel : une personne, un lieu, un instant, une pièce du puzzle se met en place.

Mais le succès de cette exposition, fruit de six années de travail, il ne le doit qu’à son envie de créer et de rencontrer sa vérité, c’est une question de profondeur et d’engagement. Ce n’est pas un hasard si le courant passe fortement entre lui et le public et si les portraits de ces « Femmes du monde » ont un retentissement bien différent des carnets de voyages et d’autres récits d’aventures réalisés par nombre de voyageurs-vacanciers.


Titouan est un grand portraitiste, dont le coup de pinceau jeté et les mises en scènes pourraient rappeler un certain Hugo Pratt. Il a développé une aisance technique évidente dans la représentation de ses modèles qui sont tous très différents et donc tous traités différemment : photo, crayon, gouache, aquarelle, peinture, voire un mélange de techniques. Il faut préciser aussi qu’il excelle dans l’art du graphisme et de la mise en page, juxtaposant dessins, textes, photos et aquarelles travaillées au plus juste. Le résultat est vraiment splendide. Il ne s’arrête pourtant pas à la représentation, il réussit à exprimer avec conviction les sentiments qu’il partage avec ses modèles et les histoires fortes. Sans tomber dans l’outrage caricatural et en gardant la maîtrise de l’image, il adapte avec finesse, humour et simplicité, des situations qui sont parfois ironiques, des contextes difficiles ou même franchement dramatiques. Il nous ouvre les yeux sur le monde tel qu’il est et il réussit à y apporter une vision personnelle ; c’est dans son engagement et dans sa philosophie qu’il s’avère être un artiste pertinent.

Titouan Lamazou n’expose pas en « Galerie d’Art », mais au Musée de l’Homme, il ne se dit pas Artiste, mais se positionne comme un explorateur de l’humanité ; il ressent les situations, les individus et les vécus comme autant d’appels à exprimer. Dans sa générosité naturelle, il peint l’autre tandis qu’il s’efface lui-même.

« Salvitur ambulando - Les choses se résolvent en marchant ». C’est avec cette citation de Saint-Augustin d’Hippone, célèbre Théologien chrétien d’origine Berbère, que Titouan Lamazou commence son ouvrage et nous ouvre les portes de sa philosophie…

L’homme

Titouan Lamazou dessine depuis tout petit. Il entreprend des études aux Beaux-Arts, mais à 17 ans, réticent à l’enseignement traditionnel et aux codes établis, il préfère partir explorer le monde en « moussaillon ». N’hésitant pas à aborder les bateaux au mouillage, il commence bientôt à voyager. Il parvient ainsi à intégrer l’équipe d’Éric Tabarly, qui lui donne le goût de la compétition. Il se décide alors à entreprendre une carrière de navigateur.

En 1990 Titouan remporte la première course autour du monde en solitaire sans escale, le fameux « Vendée Globe » et gagne aussi la « Route du Rhum » en monocoque. Titouan Lamazou est sacré champion du conde de course au large pour la période 1986-1990. En 1991, il fonde avec Florence Arthaud le « Trophée Jules Verne », première course sans limite de taille pour les navires. Titouan arrête sa carrière en 1993. Il s’est engagé depuis dans un projet maritime et culturel : le « Bateau atelier », une résidence itinérante pour les artistes.

Durant ces vingt années, le navigateur n’aura pourtant jamais éclipsé l’artiste. En témoignent les nombreux ouvrages édités et les expositions qui ont vu le jour depuis 1988 : Sous les toits de terre, éditions Faucompret, 1988 ; Un hiver berbère éditions Jeanne Lafitte, 1989 ; Carnets de voyage 1 & 2 , Rêves de désert avec Raymond Depardon, Renaud par Titouan, Congo Kinshasa aux éditions Gallimard, de 1998 à 2002.

[1] Exposition Zoé Zoé du 15 octobre au 21 décembre 2007, prolongation jusqu’au 12 mai 2008. Musée de l’Homme, 17 place du Trocadéro à Paris. Des modules filmés ont aussi été réalisés pour France 5.


Infos pratiques, notation et achat :

Dépôt légal : octobre 2007 et février 2008
ISBN 13 : 978-2-74-24053-7
Dimensions : 24,5 x 31,5 cm
Pages : 368 pages
Prix : 39 euros
Notes :
Intérêt du sujet : 5/5
Illustrations : 5/5
Textes : 5/5
Mise en page : 5/5
Impression et reliure : 5/5
 


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