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Femmes sans terre

Femmes sans terre

Enclavés au coeur des townships à une quinzaine de kilomètres de Johannesburg, les camps des squatters de SOWETO s’étendent en zones marginales symboliquement baptisées Mandela camp, Freedom camp, Angola camp, Winnie camp, Kliptown... Labyrinthes d’étroites ruelles où s’entassent une multitude de cabanes, on y pénètre comme dans un monde exclus, où s’opère, progressivement, une dérive des repères, une confusion des signes. Lieux de toutes les violences, les femmes qui y vivent subissent une extrême précarité ; chômage et abandon, viols et sida, vols, violences domestiques et meurtres, y sont monnaie courante. Prises au piège de cet environnement hostile, ces femmes font preuve de détermination et de leur dénuement se dégagent une dignité, et même une sensualité. En photographiant ces portraits anonymes, j’ai voulu donner à voir une « biographie » collective mêlant histoire et géographie, ramener ces femmes au centre du regard et saisir au vol et en images l’énergie muette d’un combat. C’est alors qu’a pu s’établir, au moment simultané de la rencontre et de la prise de vue, un partage quasi instantané qui, dans sa brièveté même, a parfois permis de révéler une certaine vérité. Ainsi, ces regards de femmes nous défient et nous séduisent par leur générosité et leur humanité. Leurs habitations sont des cabanes composées d’un mix de matériaux divers et d’objets recyclés faits de bois, d’acier ondulé, de panneaux publicitaires, de bâches, de cartons, de toiles, ou de plastiques en tout genre. L’assemblage des éléments est à la fois fonctionnel et accidentel. Les murs sont des patchworks de formes, de couleurs et d’éléments typographiques. Lignes brisées, motifs ou signes, y créent d’improbables configurations graphiques. Les effets de la dégradation par usure et par exposition aux éléments dessinent des formes qui s’associent aux signes calligraphiés par les habitants eux-mêmes. Les juxtapositions du graphique et du figuratif, de la couleur et du noir & blanc, des compositions abstraites et des visages, veulent renforcer l’émotion sur les personnages. Il s’opère un glissement, un va-et-vient, d’une réalité sociale vers une esthétique graphique et vice versa. Ce jeu d’associations conjugue à la fois la nature aléatoire des compositions en couleurs, la marginalité du lieu, et l’anonymat des femmes représentées. Entre hasard et partage, les diptyques, dans leur décalage, proposent une « cartographie » personnelle de ces campements de vie. Alexei Riboud

 

(c) Alexei Riboud
© Alexei Riboud
(c) Alexei Riboud
© Alexei Riboud


Informations pratiques :

Femmes sans terre
Photographies d’Alexei Riboud
Du jeudi 1er mars au samedi 28 avril 2007
Galerie Fait&Cause (Paris, 4ème)
Vernissage le mercredi 28 février de 18h30 à 21h
Nocturne le jeudi 8 mars jusqu’a 22h, a l’occasion de la Journée de La Femme
 


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