Communiqué
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Festival International de la Photographie Sociale : Première édition

PhotSoc 2006
Par photographie sociale, nous voulons évoquer tout ce qui porte témoignage de notre quotidien. Souvent, on considère que l’Histoire s’écrit lors d’événements spectaculaires ou par les actions des « Grands Hommes » dont on ne retient que les hauts faits. Alors que l’Histoire est aussi la somme de toutes les petites histoires de millions d’individus, au quotidien, loin des projecteurs de l’actualité. C’est cette réalité-là que nous souhaitons dévoiler au travers des images retenues, qui sont au coeur de la vie des êtres prétendus « ordinaires ». Faire ce Festival aussi pour qu’on ait envie de venir nous voir et se rendre compte enfin que nous ne sommes, à Sarcelles en particulier, et dans les banlieues en général, ni des incendiaires, ni des bandes de gangsters, ni des gens qui s’ennuient ni des... oui, des quoi encore ?
Le Grand Ensemble de Sarcelles a eu cette année 50 ans. Pourtant, cette ville a rarement été observée pour ce qu’elle est vraiment, un lieu où vivent 80 nationalités, et où fleurissent plus de 500 associations. Ces populations qui, au cours de l’Histoire, se sont parfois trouvées meurtries les unes par les autres, vivent ici paisiblement, composant la trame d’un tissu social exceptionnel. Si l’humanité a un avenir, ce n’est pas dans le « choc des civilisations » mais dans la rencontre de celles-ci et le brassage de leurs cultures. A ce titre, Sarcelles est un laboratoire de l’avenir.
PHOTSOC, dès sa première édition, s’est voulu résolument international, avec des auteurs venus d’Italie et du Canada, des USA et du Brésil, d’Allemagne, d’Israël et de Palestine, d’Arménie, de Grande Bretagne... En présentant tant de jeunes auteurs entourés par de grands photographes et parrainés par des personnalités aussi respectées que Jean-Claude Lemagny, Conservateur Général Honoraire de la Bibliothèque Nationale de France, Nathalie Bocher-Lenoir, Présidente des Gens d’Images et Jean-François Camp, Directeur des Laboratoires Dupon, PHOTSOC veut servir de tremplin et jouer un rôle de défricheur, de dénicheur des nouveaux créateurs.
Plus que les sujets, nous avons choisi de privilégier l’intensité des regards, ceux qui révèlent une profondeur et des auteurs. Des militants de la beauté. Leurs images directes ont la violence, la tendresse et la puissance du vécu.
Nous avons voulu rendre un hommage particulier à Claude Dityvon, ce très grand photographe qui n’est pas reconnu à la place qu’il mérite. Nous avons décidé de donner un coup de chapeau à une artiste très prometteuse et audacieuse, Flore-Aël Surun (Tendance Floue).
Le Festival est organisé par la Ville de Sarcelles et son Maire François Pupponi, l’E.M.A.P. en partenariat avec « Les Belles Images », sous la direction artistique du photographe Xavier Zimbardo. Il est parrainé par Canon, Dupon et la FPF.
Claude Dityvon
La Beauté Ressuscitée : Conservatoire Municipal de Musique
L’homme qui marche : Bibliothèque Intercommunale Anna Langfus et Espace Musique de la Bibliothèque
Mémoire Furtive : Salle André Malraux et Maison de Quartier des Vignes Blanches
Au fil de l’eau : Vitrines des commerces de la rue Pierre Brossolette
Le Festival PHOTSOC, quoique jeune, frappe fort grâce à la présence en ses murs de plus d’une centaine de photographies d’un noble photographe français, à qui nous rendons hommage. Claude Dityvon fait partie de cette génération de maîtres, de celle qui créa les agences de photographies de presse. Il est lui-même co-fondateur de l’agence Viva. Mais attention, ne nous y trompons pas Dityvon ne s’est pas arrêté à cela ! Tous les jours, cet artiste extra-sensible travaille et s’enferme dans son laboratoire. Il ne souhaite pas que la photographie soit classée par catégories et hiérarchies :
Aujourd’hui je ne suis ni reporter ni artiste conceptuel, dit-il mais tout simplement un photographe passionnément engagé dans cet art sublime, magique, initiatique. A force de regarder, je commence seulement à entrevoir....(...) Mon engagement se situe là : m’impliquer à fond, déterminer un regard, définir et construire une écriture visuelle, tenter de photographier l’infime mouvance de la vie, l’ultime. Je ne supporte aucune attitude démagogique. Le fond et la forme sont indissociables.Dityvon, Paris, le 12 Mai 2000
Flore-Aël Surun / Collectif Tendance Floue
Maison de Quartier des Vignes Blanches
Le festival PHOTSOC tire également un coup de chapeau à cette jeune photographe française et présente une quarantaine de ses photographies. Quatre séries sont présentées :
- « Transsexuels : femme vers homme » dévoile avec pudeur ce que l’identité signifie quand il faut devenir, envers et contre tout, pour être.
- « Sur-vie sous », Roumanie 1997-1999 : elle descend dans les souterrains de Bucarest pour se lover avec les enfants des rues. Ils habitent sous terre, le long des canalisations d’eau chaude qui courent sous toute la ville pour former un gigantesque labyrinthe. Elle brûle leurs visages de lumière pour en faire des anges.
- « Les bisous », une histoire d’amour vécue, éclatante et sombre, a laissé son empreinte sur toutes les autres histoires photographiques.
- « Corps à corps, ou comment défendre son paradis » 2003. Ces images ont été prises pendant la manifestation qui a eu lieu contre le G8 à Annemasse en juin 2003 ; sous la douche ou sur la route, les manifestants sont les mêmes ; leur enfer et leur paradis, pour un autre monde auquel ils veulent croire et elle aussi.
Philippe Bordas : Boxeurs du Kenya
Maison de Quartier des Vignes Blanches
En exil du monde blanc, calé sur la gangue chaude, j’ai essayé de sauver les apparences. A peine débarqué à Nairobi, j’ai posté à mes grands-parents, restés à l’ancre, des courriers chargés de zèbres et de savanes. Mes chromos s’écrasaient sur la toile cirée de Corrèze. Par ces contrefaçons, j’ai fait croire que je courais les pistes d’Afrique vue à la télé, il y avait des lions, des cases, des acacias étagés en alinéas. Aurais-je pu avouer, grandi à Sarcelles, triste cobaye des cités de Paris, que j’avais chu chez mes confrères africains, ni brousse, ni safari, que je zonais dans les bidonvilles et les périmètres familiers, aux ghettos où l’art, malgré les servitudes, les aphorismes bricolés, n’est qu’art de fugue et de combat ?
Où règne le combat, sévit l’art de combattre.
Ainsi n’aurais-je vu de l’Afrique, en quinze années de voyages, que les artisans suprêmes du baston. Aristocrates de la frappe que furent les boxeurs de Nairobi et les lutteurs du Sénégal, sur cette pointe des Almadies où gisent les coques crevées des cargos. Je n’ai rien vu d’autre. J’ai ignoré le Kilimandjaro. J’ai évité les déserts. Mes souvenirs s’agrègent sur des banlieues minables. Les tôles envoient au ciel des messages sans écho. Mais c’est là que monte la vérité nue du monde dans sa mue. Sur ces no man’s lands anéantis par la mondialisation, torréfiés par le FMI, s’entassent les paysans pervertis au jeu néfaste des cours du thé et de l’arachide. Et ces paysans, par les protocoles violents de la boxe et de la lutte à poings nus, deviennent les champions. Ils deviennent les héros. C’est tout ce que j’ai vu. C’est ce qu’il ont écrit.Philippe Bordas, L’Afrique à poings nus
Philip Jones Griffiths/ Agence Magnum : Agent Orange
Maison de Quartier des Vignes Blanches
Philip Jones Griffiths, photoreporter rendu célèbre par son ouvrage Viêtnam, Inc. sur la guerre du Viêtnam, et ancien président de l’agence Magnum, a récemment publié un livre exceptionnel sur les dégâts de l’Agent Orange au Viêtnam et au Cambodge : Agent Orange, Collateral Damage in Viet Nam, édité par Trolley, Londres. Depuis 1980, Griffiths s’est rendu plus d’une vingtaine de fois au Viêtnam pour photographier les victimes de l’Agent Orange. Il y a 30 ans, la guerre du Viêtnam s’achevait. 30 ans après, des familles entières souffrent encore des effets de la guerre chimique américaine menée entre 1961 et 1971. Plus d’un million de personnes souffrent de maladies graves, de cancers et de handicaps suite aux épandages de défoliants et d’herbicides, en particulier l’Agent Orange contenant de très fortes quantités de Dioxine. 200 000 enfants forment une troisième génération de victimes atteintes de malformations et de dysfonctionnements graves du système immunitaire et nerveux, dus à la contamination de l’environnement par ces armes chimiques. 30 ans après, le Viêtnam connaît des jours meilleurs mais certaines familles n’ont toujours pas retrouvé la paix.
Kai Mewes : Soif de survie
Maison de Quartier des Vignes Blanches
Comment des hommes se comportent-ils, que pensent-ils et que ressentent-ils lorsque leur environnement s’est complètement déshumanisé, lorsque la loi du plus fort et le totalitarisme prévalent implacablement ? A côté de photos d’objets de la vie quotidienne tels que des casseroles, des couverts ou des seaux, que le photographe Kai Mewes a prises dans les entrepôts de Buchenwald, Dachau, Auschwitz, Mauthausen, Neuengamme et Sachsenhausen, se trouvent des extraits de récits d’anciens prisonniers. Christoph Newiger, journaliste et écrivain spécialisé, a choisi ces textes parmi les déclarations de témoins du procès d’Auschwitz de 1965 et dans le rapport de Buchenwald. "Comme pour les objets, nous nous y sommes pris de manière complètement intuitive. Nous ne sommes pas des historiens et voulons éviter l’abus médiatique." C’est pourquoi le texte et la photo qui l’accompagne n’ont aucune relation directe, mais ont été mis ensemble au hasard. Un couvert d’un gardien de Buchenwald se trouve à coté du récit de la doctoresse des prisonniers, Dr. Ella Lingens, selon lequel la petite Dagmar mourut quelques heures après sa naissance parce qu’un docteur lui avait donné une piqûre qui devait lui faire des yeux bleus. A coté des objets de la vie quotidienne se trouvent quelques instruments de torture. "Nous voulions montrer la cruauté des coupables, sans être racoleurs", dit Newiger. Chacun peut décider ce qui l’interpelle le plus, une piqûre au coeur ou un chapelet fait à partir de miettes de pain, qui montre de manière impressionnante que la volonté de survivre est la dernière chose que l’on peut dérober à l’homme.Petra Schönhöfer. Süddeutsche Zeitung du 05/09/2005.
Kirkor et Varouj Ishkhanian : Terre sainte, images-mémoire de l’histoire - Photos de mon grand-père, photographe en Palestine 1870-1937
Maison de Quartier des Vignes Blanches
En haut de la Via Dolorosa, si l’on s’égare dans les ruelles de la vieille Jérusalem, en face de la boutique d’un philosophe amène qui officie comme bijoutier, juste à côté d’un marchand de falafels, vit et travaille un vieil homme nommé Varouj. Au fond du studio, il vous offrira le thé dans un décor de montagnes, avec de grands arbres aux feuillages éclatants de couleurs automnales. Dans sa vitrine et sur les étagères, dans les armoires et dans des albums, dans des boîtes en carton et des classeurs sans âge, on découvre étonné tout un trésor de vieilles photographies représentant la Palestine d’avant l’indépendance. Portraits de gueux et de mendiants lépreux, images de révoltes populaires réprimées par la soldatesque des Sarcelles, le regard arc-en-ciel puissances d’occupation successives, turques, germaniques, britanniques, etc. ; images de pendus, de mariées, du Mur des Lamentations quand hommes et femmes y priaient côte à côte ; silhouettes fantomatiques qui glissent furtives dans l’ombre du labyrinthe... Ce sont les photographies réalisées par le grand-père de Varouj. Dans un laboratoire qui tient plus de l’antre d’un alchimiste, le petit-fils, si tant est qu’on puisse ainsi nommer ce vieillard chenu, continue de tirer les images de ce patrimoine qui, sans lui, serait à jamais tombé dans l’oubli. Sur des papiers de fortune, sur tout ce qu’il peut trouver pour accomplir sa besogne, il tire et tire encore les mêmes tirages qu’il propose pour une somme dérisoire au voyageur de passage.
Ethan Eisenberg Vie quotidienne à Jérusalem, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza
Maison de Quartier des Vignes Blanches
En 1994, Ethan Eisenberg a entrepris un travail photographique personnel sur la vie quotidienne à Jérusalem, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, des zones qu’Israël avait occupées depuis 1967 et que, selon les termes d’un accord général de paix, il avait accepté de remettre sous le contrôle des Palestiniens. Ethan Eisenberg espérait pouvoir témoigner de la résolution graduelle d’un conflit vieux de plusieurs générations et de l’éventuelle formation d’un Etat palestinien. Au cours des sept années qui suivirent, négociations et compromis constituèrent l’arrière-plan historique d’une période d’espoir et de frustrations, d’avancées, et finalement, d’échec. Cherchant des événements où s’expriment les croyances de chaque société, Ethan a tout photographié, des rassemblements politiques aux périodes de vacances, afin de mesurer la teneur du soutien moral qu’opèrent mythes et idéaux dans leurs luttes nationales respectives. Dans une zone familière au monde comme le contexte d’une série d’événements isolés les uns des autres, il a essayé de replacer les drames qui s’y produisent dans celui plus large mais non moins mouvementé de la vie quotidienne. Il a remarqué une caractéristique commune aux ennemis : la nécessité de proclamer publiquement sa différence.
Philippe Dollo : Mariages aux Etats-Unis
Maison de Quartier des Vignes Blanches
Par ses images, Philippe Dollo a décidé de prendre le contre-pied de la photographie traditionnelle de mariage qui organise et met en scène, force les intéressés à prendre des poses et par cet artifice prétend traduire l’importance et la solennité de l’événement. Dollo se veut invisible. Il est l’oeil qui se glisse et se faufile pour traquer ces brefs instants de complicité, de doute, d’embarras, d’inquiétude ou de confrontation noyés dans l’enchaînement rapide d’une journée très particulière, ce passage unique dans l’histoire d’un couple, ce rassemblement d’êtres proches qui ne se reproduira plus. Dollo veut à tout prix éviter une reconstitution picturale des étapes convenues du mariage ; il veut échapper aux stéréotypes ; il veut accéder à ce qu’il y a de plus poignant dans un cérémonial qui a perdu de son charme, discrédité puisque jugé trop conventionnel par l’époque. C’est donc par la spontanéité, par les détails insolites de ses clichés que Dollo fait resurgir l’émotion et rappelle que le mariage est bien plus qu’une accumulation de gestes prémédités. Dollo considère ses photographies de mariage comme un véritable travail artistique, un défi, une traque. C’est le mariage comme il le conçoit, comme il l’a lui-même vécu, « cette cerise sur le gâteau de l’amour conjugal », qu’il veut illustrer. Mais il opère aussi pour les principaux intéressés, ces mariés dont la journée aura passé trop vite et qui, submergés par la tension et l’effervescence, n’auront pas eu suffisamment d’yeux pour tout voir.Céline Curiol
Serge Fouillet Varanasi : Manikarnika ghât
Maison de Quartier des Vignes Blanches
Pendant cinq années, Serge Fouillet est revenu photographier l’un des lieux les plus sacrés de l’hindouisme : Manikarnika ghât, le ghât de crémation de Varanasi. Les Hindous viennent mourir ici pour faire de leur corps la dernière offrande aux dieux. Fouillet nous invite à voir la mort autrement, avec tranquillité, plus sereinement. Voir la mort en face, l’accepter comme les Hindous, comme une nouvelle naissance. Donner à la mort un sens d’éternité, de présence, de vie.
Les flammes des bûchers meurent lentement, laissant apparaître les formes sombres des corps qui s’évanouissent dans la nuit. Des étincelles et de petits fragments incandescents semblent rejoindre les étoiles au firmament. Mon nouveau karma sera désormais d’aller porter la mort et son image si cruelle chez nous, avec une vision différente, celle que voudront bien y trouver ceux qui regarderont ces photos.Serge Fouillet
Sibylle Fendt : Uneins
Maison de Quartier des Vignes Blanches
Ce travail photographique est au sujet de personnes, qui se sentent "uneins", qui ne se sentent pas "un". "Uneins" pourrait vouloir dire : qui ne se considèrent pas comme une entité, qui se sentent mal à l’aise, "in-décidées", morcelées, divisées. Pour elles, la vie de tous les jours est une bataille. Ce combat quotidien est reflété par leurs conditions de vie. C’est un projet au sujet de prétendus "désordonnés". Ces personnes ainsi qualifiées échouent à trouver l’harmonie entre ellesmêmes et leur environnement, entre leur moi et le monde extérieur, d’une façon générale entre l’intérieur et l’extérieur. Les sujets soulevés par mon projet sont multiples : la solitude, les tendances suicidaires, les supposés échecs de la société, la maladie, les dépendances aux drogues. Le concept d’humains perçus comme des êtres passifs, et l’idée du refus d’affronter le réel. Sibylle Fendt Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste, a écrit un texte magnifique sur ses images :
Qui d’entre nous n’a pas éprouvé un jour une incompréhensible réticence à se séparer d’un objet pourtant devenu inutile ? Et qui ne s’est jamais rassuré à s’inventer de fausses bonnes raisons de le conserver ? Certains possèdent des caves et des greniers, voire des maisons de campagne pour s’adonner à ces repentirs quotidiens. D’autres encombrent avec eux leur espace de vie. Dans le capharnaüm qui en résulte, une psychanalyse hâtive pourrait pointer le goût du désordre, voire celui du déchet et, pourquoi pas, de l’excrément. Mais ces métaphores de l’analité sont bien inutiles. La vérité est que l’être humain doit à tout moment apprendre à se séparer. Certains gèrent cette épreuve avec brutalité et jettent trop vite des objets qu’ils regrettent ensuite, jusqu’à chercher parfois leurs sosies dans des marchés aux puces ! D’autres décident une fois pour toutes de ne pas s’imposer cette épreuve. Leur espace familier se transforme alors peu à peu en une vaste mémoire de leur vie quotidienne. Est-ce pour eux l’occasion d’oublier ou au contraire de mieux se souvenir ? Les deux peut-être, selon les circonstances et les objets... Hélas, les arbres qui perdent chaque année leurs feuilles offrent aux regards d’infinies couleurs que la végétation à feuillage persistant ne connaît pas. Il en est de même pour nous tous : refuser de nous séparer ne nous fait souvent échapper aux angoisses de la séparation que pour nous précipiter dans celles de l’immobilisme. Les nuances de la vie risquent alors de s’effacer en nous plongeant dans un éternel automne« Psychopathologie de l’inutile quotidien », à propos des photographies de Sibylle Fendt par Serge Tisseron.
Simone Martinetto : Senza la Memoria
Maison de Quartier des Vignes Blanches
Que serions-nous sans notre passé ? Comment nos pensées se développeraient-elles sans un lien les connectant avec les précédentes ? Comment les événements insignifiants de la vie quotidienne auraient-ils un sens et quel serait, sans mémoire, notre rapport au temps ? « Sans mémoire » est l’histoire de Valentina, de ses problèmes de mémoire et des mille feuilles de papier dispersées dans sa maison. Valentina a perdu la mémoire. Même pour les médecins, la raison n’en est pas évidente : ils considèrent que cela est dû à sa fréquente prise de tranquillisants et à une dépression nerveuse traitée par des électrochocs. Sa fille aime Valentina mais refuse le fait que sa mère ne se rappelle pas les événements et les personnes pendant plus de deux minutes. Par-dessus tout, elle ne parvient pas à concevoir qu’il y ait des jours où Valentina ne la reconnaisse pas et la confonde avec sa propre mère.
Ben Graville : In and out the Old Bailey
Maison de Quartier des Vignes Blanches
Ces images montrent des prisonniers en détention préventive gardés pendant leurs procès pour crimes. On y voit aussi les gardes de sécurité accompagnant les prisonniers dans les fourgons pendant leur escorte entre la prison et l’Old Bailey, la Cour Criminelle Centrale de Grande Bretagne. Les fourgons de sécurité ont d’étroites fenêtres permettant aux prisonniers de regarder au dehors, mais de l’extérieur il est impossible de voir l’intérieur de ces véhicules. Comme le public ne peut les voir, les prisonniers en préventive frappent souvent sur la fenêtre du fourgon pour attirer l’attention. J’ai enregistré et reçu leurs réactions en images grâce à l’appareil photo placé contre ces petites fenêtres. Je souhaite mettre en relief, à travers l’anonymat forcé des prisonniers à l’écart du public, que c’est par une décision prise par les autorités que ces prisonniers en préventive sont potentiellement aliénés.
Didier Ciancia : Transhumance
Maison de Quartier des Vignes Blanches
Didier Ciancia a photographié en France le seul parcours de transhumance qui se déroule encore intégralement à pied. La masse du troupeau fait corps avec la route jusqu’à devenir la route elle-même. Déporté, dans le flux, seul émerge quelquefois le bâton du berger, figure de la vigie au coeur de cette mer laineuse. Quand la pente épouse le mouvement, là ressurgissent les forces telluriques qui parcourent ces vallons depuis la nuit des temps. La pierre devient mouton, les moutons calcaire. Tout se fond, comme une main caressant la toison. Peu de choses séparent ces hommes des bêtes. Ils suivent tous leur instinct retrouvé à la saison revenue. Le berger accompagne, assiste lui-même à son spectacle une fois atteint l’alpage. A la nuit magique du contre-jour, le temps se fait indistinct, mythique.Stéphane DURIEU
Thierry Ozil : Sans logis
Maison de Quartier des Vignes Blanches
Avec les sans-logis, eux que personne ne regarde, une amitié se noue au fil de nos rencontres, nourrie par mes photos qui les donnent à voir. Chacun a son histoire, Jovica, un Yougoslave, venu vivre avec la mère de sa fille, se retrouve seul à la mort soudaine de sa compagne. « Je perdu la vie » m’a t’il raconté, mais aujourd’hui il a un travail, un logement, il vit avec une copine et espère pouvoir récupérer sa fille. Marcelline, cette femme à la beauté Slave, secrétaire médicale, appréciée par ses collègues, a disparu un beau jour. Quelque 20 ans après, elle vit sur un bout de trottoir avec son compagnon. Sylvie, la femme aux pigeons qui ne se départit jamais de sa bonne humeur et de son humour, propose de coacher les passants pour leur apprendre à manger sainement. Je leur dédie à eux et à tous les autres ces instants captés qu’ils m’ont offerts, tentant de montrer leurs difficultés sans les départir de leur dignité.
Robin Marck Café : bistrot, troquet
Maison de Quartier des Vignes Blanches
Robin Marck parcourt en tous sens une France oubliée et discrète, qui disparaît peu à peu, celle des vieux bistrots. C’est pourtant en ces lieux que se jouent des choses essentielles, que se nouent des rencontres fortes. Ses images sont construites avec un savoureux mélange de tendresse et de rigueur, sans emphase. Leur puissance visuelle surgit de leur subtile simplicité.
Laissez-moi vous parler de lieux communs, d’endroits ouverts au public tenus par des gens, pour des gens. Ne vous y trompez pas, tout se passe là-bas. Les histoires se font et se défont et les chemins de la vie passent et s’entrelacent. Les voyez-vous méditer, ces gens, dans le grand fracas de silence qui tresse le rêve à la réalité ? Leur coeur bat au rythme de l’espérance naissante, le temps d’un coup, le temps de lever un récipient de liquide... et de le reposer dans une boîte à rêverie. Certains en sont accros. C’est le bal des habitués qui viennent se recueillir pour s’encourager.Robin Marck
Ses maîtres sont Bresson et Atget, ceux sur lesquels il s’appuie pour se donner de l’élan et se projeter dans son intérieur créatif. « J’observe le temps comme il a été et comme il ne sera plus ». Des clichés sincères, décalés et décapants, présentés par un jeune artiste passionné et très prometteur.
Pierre Louâpre : Squats
Maison de Quartier des Vignes Blanches
Avec un très modeste boîtier mais un vrai talent, Pierre Louâpre nous entraîne dans les squats du centre de Marseille.
Il y a de l’église dans ces photos d’un squat à un moment X. Dans mes photos, il y a beaucoup de théâtre : c’est un théâtre, surtout si c’est la réalité... Mises en scène instantanées, je ne trafique rien, c’est immédiat... Je suis intimement persuadé que ce qui m’arrive, de manière intime, est parfaitement significatif et est à étudier dans une perspective sociale, collective... Au fond, ces photos ont été l’exorcisme de ce que je craignais devenir. Une manière de se faire peur, et puis l’attirance pour les zones troubles.Pierre Louâpre
Patricia Méaille : Un monde inconnu
Maison de Quartier des Vignes Blanches
Quoi de plus subtil, de plus insaisissable que l’ambiance d’une chambre ? Et, en même temps, quoi de plus indiscret, de plus bavard ? Qui veut tromper sur son véritable caractère peut changer sa physionomie, ses vêtements, ses façons, sa voix. Il ne peut pas changer sa chambre. La chambre "colle" à qui l’habite, affiche ses goûts, reflète ses habitudes, trahit ses vices. Mais elle fait cela, non comme un miroir qui reflète tout bêtement l’extérieur de qui s’y contemple sans en percer l’écorce, sans accéder à l’intimité secrète. La chambre, elle, est le reflet de l’âme. Dans la chambre, chaque geste a laissé son empreinte, chaque mot prononcé s’est figé dans l’espace, chaque soupir s’est plaqué aux murs, chaque pensée a tracé son sillage, chaque objet raconte une vie. (...) Photographier des chambres, pas seulement des chambres pittoresques ou extraordinaires, mais tout bonnement des chambres marquées par la personnalité de leurs habitants, cette idée ne pouvait venir qu’à un poète. C’est bien ce qu’est Patricia Méaille. Animée par son idée - qui est aussi un idéal - Patricia s’est lancée à la conquête des chambres comme Colomb à la découverte d’un monde inconnu. Il fallait sa sensibilité aiguë, son oeil infaillible, et, je le répète, son inspiration toute poétique pour nous offrir cette suite où la délicatesse rehausse la pudeur des sentiments et où l’ingéniosité le dispute à la splendeur.François CAVANA
Lucia Guanaes Intérieurs, Bahia
Maison de Quartier des Vignes Blanches
En 1996, Lucia Guanaes retourne dans son pays natal avec le but de réaliser un projet visuel autour d’un quartier populaire brésilien. Son choix se porte sur le Pelourinho, situé en plein coeur de Salvador de Bahia. Classé "patrimoine de l’humanité" par l’UNESCO en vertu de ses églises baroques et de ses maisons coloniales, ce quartier est aussi un haut lieu de la culture afro-brésilienne, abritant des nombreuses d’associations carnavalesques, groupes de percussion et musiciens populaires. Associant à la classique enquête photographique des vidéos, des enregistrements sonores et des textes, Lucia a documenté, entre 1996 et 1999, la vie quotidienne d’une population qui était, depuis 1992, menacée de "déplacement" par un projet de rénovation urbaine visant à transformer le Pelourinho dans un vaste pôle touristique. Extraite d’un ensemble de quelques milliers de photographies, la série d’images exposée à Sarcelles s’écarte de la frénésie lumineuse et bruyante de la rue et des bars, du carnaval avec ses musiciens et ses danseurs, pour s’attarder à l’ombre silencieuse des vieilles maisons, à leurs intérieurs à la fois modestes et parés d’un faste multicolore fait d’objets ménagers, d’icônes religieuses, de cages d’oiseaux et des signes ostentatoires du "confort moderne".
Sylvestre Meinzer Svensk : Portraits de Suédois dans la région d’Ume
Maison de Quartier des Vignes Blanches
Le projet « Svensk » montre les habitants du Nord de la Suède chez eux. L’idée fut de partir à l’improviste, de suivre les petites routes qui conduisent dans des zones isolées où se trouvent un hameau, quelques maisons, une ferme, une caravane, une cabane rudimentaire servant aux bûcherons. Dans la région du Vsterbotten, située à une centaine de kilomètres du cercle polaire, les intérieurs prennent une dimension unique et sont le lieu d’une activité sociale et d’un attachement affectif particulier. Dans un monde qui voit la disparition de cultures locales, marginalisées sous la pression de mouvements mondialistes, on est tenté de montrer où en sont les hommes, ici ou là, de faire le point sur leur intimité quotidienne, banale, non-spectaculaire. Fragile et belle... Chaque personne est photographiée chez elle, dans une position qui lui est naturelle. Un même genre de cadrage est instauré, ce dispositif permettant d’établir des correspondances directes entre les différentes situations et personnages. Très fréquemment, les objets de la maison, les décorations, les photos encadrées donnaient l’occasion de rebondir, d’évoquer une impression, un souvenir personnel, une histoire familiale. Les images sont ainsi complétées de commentaires ethnologiques et littéraires concernant la rencontre. Ces notes, une soixantaine de pages, accompagnent les 100 portraits en même temps qu’elles éclairent le projet dans sa globalité.
Joanna Borderie
Maison de Quartier des Vignes Blanches
Il fallait prendre en photographie une femme pendant 24 heures, en faisant « comme si je n’étais pas là », adopter un point de vue neutre afin de savoir ce qui persiste dans l’image lorsqu’on occulte le côté volontaire ou le parti pris du photographe. Nous les avons donc suivies dans leurs activités, ainsi que dans leurs intimités, chez elles, au réveil, au coucher... Le contexte de prise de vue n’a plus vraiment d’importance. Je me suis servie des images comme matière afin de produire un objet visuel fort. D’apparence chaotique, sa force formelle devient onirique, celle d’un papillon coloré (ou celle d’un X) : je laisse parler l’oeuvre d’elle-même. Le regard du spectateur visite ces quatre femmes dans leur quotidien. Les trajectoires du regard sont multiples et non orientées. Aucun ordre chronologique n’est respecté, je n’ai pas souhaité raconter une histoire. Je n’impose pas de lecture. L’intention devient simple, celle de faire partager des fragments de vies et de lieux, être immergé dans les images et se retrouver « au côté » de chacune des protagonistes. Cette oeuvre exprime la contradiction entre la banalité des images et sa forme jubilatoire.
Sylvie Humbert Sarcelles : Au saut du lit
Maison de Quartier des Vignes Blanches
Tous m’ont ouvert leur porte dès leur réveil, pour un portrait intimiste en apesanteur. Je les ai photographiés sans fard, dans l’endroit qui leur est le plus personnel, là où ils rêvent et se ressourcent, leur chambre. Mes contraintes : des sujets vierges de toute activité, à la sortie du sommeil, nus ou habillés selon leur habitude et dans leur chambre. Si le lieu les révèle, c’est néanmoins par le saut que j’ai capté la personnalité de chacun. Le saut, c’est une énergie, le mélange d’une pose voulue nuancée par la force de gravité. Le noir et blanc recentre l’attention sur le saut en lui-même, sur sa dynamique. Le grand angle, quand à lui, me permet de découvrir la chambre et ses secrets et de jouer avec les perspectives sur des corps déjà malmenés. La douce euphorie provoquée par la répétition des sauts leur a permis d’oublier l’appréhension de la prise de vue et de pouvoir alors révéler leur personnalité. C’est un retour à l’enfance où l’on s’amusait à bondir sur le lit pour s’arracher à l’attraction terrestre, s’enivrer de plaisir pur et perdre ses repères. C’est cet abandon du corps, la libération des contraintes du quotidien que j’ai souhaité montrer dans cette série de portraits. Si l’on ressent une légèreté et une fluidité, c’est cependant au prix d’un véritable effort que chacun a réussi à s’extraire de son lit.Sylvie Humbert
Informations pratiques :
Festival International de la Photographie SocialeDu 08 au 30 avril 2006
Sarcelles (15 km de Paris)
Vernissage le 8 avril à 18h30
Maison de Quartier des Vignes Blanches
(Galerie principale avec 21 artistes)
Avenue Anna de Noailles
95200 Sarcelles
entrée libre
En savoir plus sur :
- Philippe bordas Photographe
- Joanna borderie Photographe
- Didier ciancia Photographe
- Claude dityvon Photographe
- Philippe dollo Photographe
- Ethan eisenberg Photographe
- Sibylle fendt Photographe
- Serge fouillet Photographe
- Ben graville Photographe
- Philip Jones griffiths Photographe
- Lucia guanaes Photographe
- Sylvie humbert Photographe
- Kirkor Photographe
- Pierre louâpre Photographe
- Robin marck Photographe
- Simone martinetto Photographe
- Patricia méaille Photographe
- Sylvestre meinzer Photographe
- Kai mewes Photographe
- Thierry ozil Photographe
- Flore-Aël surun Photographe
- Festival International de la Photographie Sociale (Photsoc) Festival
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