A propos de cet espace
Acheter cet ouvrage :
Voir aussi : notre boutique
29/06/08 -
Communiqué
- 578 visites
- Impression (PDF)
Giuseppe Penone

Peau de géant
Cette monographie passionnante est le fruit de la grande exposition organisée par Richard Peduzzi cette année (#1). Plus qu’une simple exposition, il s’agit d’un véritable corps-à-corps entre Giuseppe Penone, artiste contemporain et la Villa Médicis, architecture historique à Rome. Une dualité extraordinaire et intemporelle qui oppose l’esprit et la matière. Dès les premières pages du livre, les textes de Penone viennent nous plonger dans un univers fascinant constitué de réflexions philosophiques en forme de poèmes sur la matière, l’espace et notre « société de l’image » (#2). Les photographies de Claudio Abate achèvent de nous immerger dans les salles architecturées de la Villa du XVIe siècle pour un voyage étonnant entre roche massive et épiderme, entre bois et écorce, entre le concret et la pensée.
Le catalogue rassemble les vingt dernières années d’une ardente activité, ainsi que des œuvres inédites et rétrospectives. Dans le texte, Richard Peduzzi présente Penone tel un alchimiste humaniste consacré à sa singulière et éternelle recherche tandis que Jean-Christophe Bailly analyse en éminent spécialiste les motivations et les préoccupations métaphysiques de l’artiste. Daniela Lancioni propose cinq parcours illustrés qui serpentent entre les œuvres actuelles et des références aux œuvres majeures depuis 1966. Elle signe une magnifique enquête, très documentée et restitue du fait, à Penone sa place légitime dans l’histoire de l’Art, une place de toute première importance. Quand on approfondit quelques peu la teneur du travail de Penone, cette place prépondérante devient une évidence tant sa démarche peut s’intégrer dans l’espace et le temps universels bien mieux que dans un mouvement ou une approche spécifiques de l’Art.
Une excellente qualité de fabrication et de reproduction vient servir la mise en page sobre et efficace de cette publication par ailleurs très fournie en références et documentations bibliographiques. Étant donné le champ incroyablement limité d’ouvrages disponibles sur Giuseppe Penone, ce recueil se pose comme une référence naturellement indispensable.
Être arbre…
Depuis les premières recherches « Il poursuivra sa croissance sauf en ce point, 1968 » jusqu’aux plus récentes « Idées de pierre 2004-2007 », Penone entretient un « dialogue muet » avec les arbres. Il exprime avec une inconcevable vérité la pensée naturelle que lui dictent ces êtres vivants non dotés de langage. À travers ses multiples arbres de bronze, il symbolise et célèbre l’élévation de la pensée ramifiée, antithèse de la pensée unique.
Il établit une similitude flagrante entre les « Propagations », ces développements d’empreintes digitales en grands dessins concentriques, et les cernes annuels visibles sur la section des arbres coupés. Il entend réunir ainsi l’homme et l’arbre à travers les anneaux concentriques du temps et la singularité de l’individu.
Dans « Sculpture de sève 2006 », il établit une passerelle entre le monde invisible, inconnu de tous et notre réalité relative, ce que nous croyons savoir pour l’avoir simplement vu. En Platonicien convaincu, il remet en cause notre perception du réel, notre vision comme base du jugement et comme seul point de repère.
Cette sève de la vie est aussi la matière lisse et attirante que nous voyons et que nous savons pourtant visqueuse et collante, que nous refusons surtout de toucher. Métaphore du « monde lisse qui nous entoure (2) », Penone déplore la distance qui diminue entre les êtres et le monde, il redoute le manque d’aspérités et la dégradation du contact avec la matière. Le toucher et donc la peau sont pour lui le portail de l’échange essentiel et l’expérience tactile est la condition fondamentale de la véritable compréhension de l’univers.
C’est pourquoi, à travers les nombreux projets à base de surfaces rugueuses et veineuses (peaux, empreintes, paupières, écorces…), il recherche inlassablement la raison de ce contact perdu avec la nature, il explore les surfaces dans leur épaisseur en espérant apporter les éléments indispensables à une relation harmonieuse avec l’environnement.
Montrer cet invisible est aussi une façon de dévoiler le temps qui s’écoule, de relier l’homme avec son environnement, cet homme qui à tout oublié de la nature et qui pourtant en fait partie. L’œuvre de Penone suit une progression en forme de ramifications qui est dotée de la faculté de se propager dans l’espace et le temps sans idée de mode ou de courant artistique sous-jacent, même si historiquement il a d’abord été associé au courant de l’Arte Povera, puis au Land Art, Penone est arrivé à se détacher de toute étiquette, pour atteindre cette inclassable maturité qui le caractérise aujourd’hui.
Être arbre, nous aussi…
Pour comprendre l’œuvre de Penone, il faut commencer par prendre en compte sa grande réceptivité à l’environnement et à toutes les émanations invisibles de la vie. Les réflexions de l’artiste proviennent toutes de la même matrice originelle, c’est-à-dire une sensibilité exacerbée aux éléments qui nous entourent. Penone capte les messages visuels, auditifs, olfactifs, tactiles, il ne se contente pas d’être un simple spectateur de la vie, mais il détecte, analyse, sélectionne, retranscrit les ondes aquatiques, les cernes saisonniers des arbres ou le message sanguin que les veines du marbre lui enseignent. L’utilisation qu’il fait des matériaux « nobles » (marbre, bronze, bois…) et de la sculpture traditionnelle tendrait plus à l’associer à une certaine sculpture « classique », si cette réflexion critique sur la société actuelle (non-formulée explicitement mais éminemment présente dans ses textes) ne lui conférait une grande et caractéristique contemporanéité. En fait Penone dépasse cette idée, finalement restrictive, « d’Art contemporain ». Il met en action une réflexion philosophique globale sur l’homme dans sa relation à la nature et sa place dans l’environnement qui rejoint le questionnement des philosophes antiques. Il déplore la dégradation actuelle de cette relation et surtout la virtualisation au détriment de l’expérience réelle. C’est cet aspect seul qui le relie au présent et il le traduit par sa problématique sur le toucher et les surfaces de contact. On peut ajouter de Penone que sont apport dans l’Art est aussi essentiel que sa discrétion est grande. Son œuvre demeurera comme la philosophie : intemporelle.
Cernes de vie
Giuseppe Penone est né en 1947 à Garessio, à côté de Cuneo (Piémont Italien). Il entame dés 1966 une série d’interventions sur les arbres « Alpi marittimes » et présente en 1969 un ensemble de photographies en noir et blanc à la Galerie Gian Enzo Sperone à Torino. Germano Celant relate ces mêmes actions dans son célèbre ouvrage « Arte Povera » qui fondera les bases du mouvement. Son processus créatif est dès lors redéfini sur la base de la seule sensibilité à l’environnement et l’arbre deviendra son thème de prédilection. Il s’ouvre alors un dialogue de la pensée avec la matière qui se concrétisera dans le temps (souvent important) nécessaire à la réalisation de l’œuvre. En 1970 « Renverser ses yeux » exprime sa volonté d’ouvrir un dialogue intérieur avec la matière et la nécessité de relativiser l’image comme seule expérience sensible. Avec la série « Être fleuve » commencée en 1981, Penone reproduit à l’identique la forme d’une grosse pierre travaillée par l’eau et expose ensemble les deux pièces. Il entre ainsi dans un processus complexe établissant une relation de temps et d’espace avec la nature, dont les implications conceptuelles lui permettront aussi d’obtenir une véritable reconnaissance. Les « Alberi » (arbres) qu’il extrait de poutres manufacturées lui confèrent une place à part dans l’expression artistique habituelle. Le grand cèdre de Versailles, abattu pendant la grande tempête et travaillé de 2000 à 2003, achève de renforcer sa notoriété sur la scène française et internationale. En 2004, une grande rétrospective au Centre Pompidou à Paris fait connaître Penone au grand public. Depuis 1968 Penone à exposé en Italie, en Allemagne, Suisse, Hollande, Angleterre, États-unis, Canada, France, au Japon en 2001 et Espagne en 2004 et de très nombreuses expositions collectives avec Arte Povera. Il a représenté l’Italie à la Biennale de Venise en 2007.
(1) Exposition à l’Académie de France à Rome du 30 janvier au 25 mars 2008. Cette Académie à été fondée par Louis XIV en 1666 et accueille depuis des artistes en résidence. Ils sont sélectionnés sur dossier tous les ans.
(2) Extrait de texte
« Un monde lisse nous entoure, des surfaces sans aspérités, non abrasives, polies sont construites autour de nous. La distance entre notre corps et le monde qui nous entoure se réduit et le contact avec l’extérieur est favorisé par l’affinement de la peau. Un monde lisse glisse sous nos mains à la peau toujours plus ténue.
Quelle est la forme de la surface que nous touchons ?
La surface de ce monde a de moins en moins de rugosité, c’est une image tactile sans volume. Devons nous regretter l’épaisseur de la peau de nos ancêtres quand les callosités de la plante des pieds servaient de semelle de souliers ?
Aucune influence ! L’épaisseur de la peau réduit la sensibilité du contact, les aspérités et même dans ce cas les images n’ont pas de volume.
Un monde d’images plates, qui ont toujours été plates, sur lesquelles nous avons glissé pendant des millénaires, images glissantes comme la bave iridescente de la limace, limaces qui glissent sur la surface du monde sans connaître le volume des choses. L’important est que le monde soit lisse, n’offense pas, soit sans aspérités. Il devient toujours plus important l’espace qui sépare la main de la chose touchée, la bave, cette fine épaisseur iridescente aux couleurs de l’arc-en-ciel, couleurs de la lumière. Une bave qui enveloppe et conditionne nos actions et nous empêche de comprendre la vraie nature de ce qui nous entoure. La distance qui nous sépare de la bave, qui est entre la peau et la bave est la seule possibilité que nous ayons pour nous ramener au réel. » (Giuseppe Penone 2000).
Informations pratiques, notation et achat :
|
Giuseppe Penone Auteurs : Direction Daniela Lancioni, textes de Richard Peduzzi, Jean-Christophe Bailly et Graziella Lonardi. Album photographique de Claudio Abate. Français/Italien Éditeur : Hazan Dépôt légal : janvier 2008 ISBN : 978-2-7541-0262-9 Format : 21 x 25 cm, 192 x pages, 160 illustrations couleur, broché avec rabats Prix : 35 euros Nos notations : Intérêt du sujet 5/5 Mise en pages 5/5 Impression et reliure 5/5 |
En savoir plus sur :
- Jean-Christophe bailly Photographe
- Graziella lonardi Auteur
- Richard peduzzi Auteur
- Giuseppe penone Auteur
- Hazan Editeur
Participer :
Donnez votre avis sur cet ouvrage (forum)
Devenez chroniqueur (rub. livres)






