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Exposition photo

Graffenried à la page

Graffenried à la page - Mois de la Photo 2006 à Paris (14ème édition)

Mois de la Photo 2006 à Paris (14ème édition)

A l’occasion du Mois de la Photo, sous le thème "Photographie et page imprimée", la galerie Esther Woerdehoff montre la diversité du travail de Michael von Graffenried, et comment ses images prennent vie et se répondent dans ces différents supports.

Un chasseur de rats qui exhibe triomphalement sa proie au sortir d’un égout. Un petit garçon en transe lors d’une manifestation islamiste. Des Soudanaises voilées prêtes au combat. Une femme qui s’injecte de l’héroïne sur un trottoir, au vu des passants. Autant d’images en noir et blanc emblématiques du travail de Michael von Graffenried.

Panique d'un policier en civil, Babel Oued, Alger, 1996 (c) Michael von Graffenried - Courtesy Galerie Esther Woerdehoff
Panique d’un policier en civil, Babel Oued, Alger, 1996
© Michael von Graffenried - Courtesy Galerie Esther Woerdehoff

Qui est ce photographe, né en Suisse en 1957, installé à Paris depuis près de quinze ans et qui vient d’être nommé Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres ? Un reporter, qui a pour mission de trouver et de rapporter des informations ? Assurément : Michael von Graffenried court le monde avec ses appareils en bandoulière depuis des années, l’œil toujours en alerte.

Mais il n’est pas un photojournaliste au sens classique du terme. D’abord, il choisit lui-même ses missions : farouchement indépendant, il a toujours refusé d’appartenir à une rédaction ou à une agence. Certains parleront d’obsession du contrôle, lui évoque la cohérence. Surtout, Michael von Graffenried aime être là où personne ne va. Il évite donc soigneusement les territoires balisés. Son pire cauchemar : les endroits sur lesquels s’abattent des nuées de photographes de presse.

 (c) Michael von Graffenried - Courtesy Galerie Esther Woerdehoff
© Michael von Graffenried - Courtesy Galerie Esther Woerdehoff

Ce qui ne veut pas dire qu’il évite le danger : passionné par la répercussion du fondamentalisme islamique sur les sociétés, il a ainsi voyagé dans le nord du Soudan alors que les feux des médias étaient braqués sur le sud du pays, et en Algérie à une époque où les reporters y étaient largement non grata. En Algérie, pour pouvoir travailler, il a pris des photos à l’insu des gens, déclenchant un appareil dissimulé sur son abdomen.

Car Michael von Graffenried veut donner à voir ce que l’on ne voit pas. Parce que la situation est difficile d’accès, que l’on refuse de la voir ou que, tout simplement, on oublie de regarder. Il ouvre des sociétés fermées, a écrit le « International Herald Tribune ». Il s’est ainsi rendu pendant près de dix ans dans un camp naturiste très discret des bords de Neuchâtel. Le quotidien ne lui fait pas peur : pour « Le Temps » à Genève et « Die Zeit » à Berlin, il a tenu une chronique photo hebdomadaire. Il estime que « les sujets sont partout. Les endroits les plus banals débordent d’exotisme ».

Cette matière première, brute, en grande majorité des panoramiques noir et blanc, Michael von Graffenried refuse de la laisser de côté une fois publiée. D’abord, quitte à insupporter les rédactions, il contrôle le contexte dans lequel ses images sont utilisées : de la prise de vue à la parution, il veut en assumer la responsabilité. Nombre de ses clichés paraissent dans la presse, internationale comme française - tout récemment, un reportage sur les gardes suisses du Vatican dans « VSD » -, mais surtout, il entend continuer à les pétrir pour en faire un outil de réflexion, tendre un miroir à celui qui regarde.

Manifestation du front islamique du salut, Alger, 1991 (c) Michael von Graffenried - Courtesy Galerie Esther Woerdehoff
Manifestation du front islamique du salut, Alger, 1991
© Michael von Graffenried - Courtesy Galerie Esther Woerdehoff

Depuis 1998, ses photographies sont tirées en partie sur du papier baryté au format 288 x 120cm. « Ces grands formats se présentent à l’observateur dans l’exposition à hauteur des yeux, devenant ainsi des images en voie d’objectivisation du monde, sans aucune recherche de dramatisation par différents détails accrochant le regard. Ils tentent de faire plonger directement le spectateur (de l’Art) au coeur de l’événement de l’image », a écrit Harald Szeemann, commissaire d’expositions d’art indépendant dans le catalogue « Entre deux mondes » du Musée des Beaux-arts de Berne, paru en mars 2003.

Il ne s’agit pas de retoucher les photos, mais d’en multiplier les supports et les interactions. Par le biais d’expositions comme celle sur l’Algérie à La Villette en 1998. D’ouvrages comme « Soudan, une guerre oubliée » (1995), « Nu au paradis » sur le camp de naturistes (1997) ou encore « Algérie, photographies d’une guerre sans images » (1998). D’un long-métrage documentaire dans lequel le photographe partait à la recherche des personnes photographiées dix ans avant (« Guerre sans images - Algérie, je sais que tu sais » de Mohammed Soudani, 2002). Ou plus récemment l’exposition et l’ouvrage « Cocainelove », sur le quotidien, entre prison, tentative de sevrage et prostitution, d’un couple de toxicomanes suivi sur une période d’un an.

Ces dernières images, placardées sur des panneaux publicitaires des grandes villes de Suisse, ont été perçues par Robert Fleck, directeur du musée de la Deichtorhallen de Hambourg et ancien directeur de l’Ecole Régionale des Beaux-arts de Nantes, comme « un manifeste pour le renouvellement de la photographie de reportage par des approches qui se rapprochent plus du film (format Cinémascope), de l’ethnologie et d’une relation de confiance aujourd’hui quasiment oubliée avec le sujet photographié, propre au reportage classique, que la majorité des photographies actuelles ».

A l’occasion du Mois de la Photo, sous le thème "Photographie et page imprimée", la galerie Esther Woerdehoff montre la diversité du travail de Michael von Graffenried, et comment ses images prennent vie et se répondent dans ces différents supports.

 

Albertine Bourget, commissaire de l’exposition

Scénographie : Peter Knapp


Informations pratiques :

Graffenried à la page
Du 29 octobre au 2 décembre 2006
Galerie Esther Woerdehoff
 


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