Communiqué
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Guy Hersant et Irving Penn exposés à la Filature

Travail
Le travail (et parfois le non-travail) occupe dans nos sociétés une place centrale et c’est probablement l’une des réalités les mieux auscultées et disséquées (statistiques, études, colloques, discours...), mais paradoxalement l’une des moins bien représentées par l’image. Un des enjeux de cette exposition est donc de redonner " visage et corps" à cette réalité à travers deux séries photographiques réalisées à 50 ans d’intervalle.
La première, celle d’Irving Penn, réalisée dans les années 1950, entendait faire prendre conscience d’un monde en pleine mutation, celui des petits métiers urbains - New York, Londres et Paris. Réalisée en studio avec un éclairage qui "dramatise" volontiers son modèle, comme pour mieux souligner la fragilité de la situation de ces hommes et femmes, Irving Penn, avec le même brio qui a fait sa réputation de photographe de mode, nous convie à redécouvrir un monde qui nous semble déjà si lointain.
Guy Hersant a lui parcouru la grande diversité et richesse du monde du travail mulhousien - de la petite à la grande entreprise, publique ou privée, de pointe ou d’activité plus traditionnelle... Il donne à voir dans ces portraits de groupe une réalité qui - pour la plupart d’entre nous - reste "invisible". La forme, la distance au groupe et cette volonté d’une photographie dénuée de tout "maniérisme" nous restituent la dimension humaine de ces communautés et par la même rend plus proche ce qui pour la plupart du temps ne nous est restitué que sous la forme abstraite des statistiques et la froide et parfois dure réalité des chiffres.
En écho à ses photographies, Guy Hersant a puisé, pour une très grande part, dans la collection de Christian Kempf, des "portraits de groupe" réalisés fin du XIXe et début du XXe siècle, dans des entreprises de différents secteurs d’activité de l’époque. Au-delà de l’émotion qu’ils procurent, ces documents témoignent de l’enracinement de cette pratique dans l’histoire de la photographie.
Parallèlement aux expositions photographiques, un cycle de films "Au travail !" vient montrer à quel point le cinéma peut être un matériau précieux dans l’analyse sociale et politique du monde du travail et des conflits sociaux.
"Les Petits Métiers de Paris", Irving Penn, Prêt du Musée Carnavalet - Histoire de Paris, France
Photographe de mode, reconnu à la fois pour son talent et sa démarche très personnelle et novatrice, Irving Penn a répondu dans les années 50 à une commande du magazine Vogue. Avec l’aide de Robert Doisneau, il a réalisé un "casting " de travailleurs représentant "les petits métiers de Paris". Ces modèles non professionnels ont posé devant l’objectif de l’artiste qui les a photographiés en studio avec la même attention que des modèles de haute-couture.
Des tirages argentiques d’époque ainsi que des tirages au platine réalisés en 1967 et 1976 sont présentés à La Filature :
Les Garçons-Bouchers, Paris, 1950
Tirage au gélatino-bromure d’argent - 1951
Le Marchand de concombres, Paris, 1950
Tirage au gélatino-bromure d’argent - 1951
Le Balayeur de rue, Paris, 1950
Tirage au gélatino-bromure d’argent - 1951
Télégraphiste, Paris, 1950
Tirage au Platinum-palladium - 1976
Vitrier, Paris, 1950
Tirage au Platinum-palladium - 1976
Pâtissiers, Paris 1950
Tirage au Platinum-palladium - 1967
Rempailleurs, Paris, 1950
Tirage au Platinum-palladium - 1967
Penn est un vrai témoin de son époque, dont il excelle à refléter la "couleur des temps". C’est ainsi que dans sa passion d’exprimer l’homme là où il le rencontre dans le monde, c’est autant des "états" qu’il essaie de rendre que des "atmosphères"(...) Le même souci de rigueur dans l’ordonnance expressive est notable dans toute son œuvre, qu’il s’agisse de portraits, d’illustrations de mode, ou de cette admirable fresque sur les petits métiers, qui évoque par le costume, cet accessoire naturel des fils de l’histoire que nous sommes, les professions de la rue dont beaucoup ont déjà disparu sans que notre société ait semblé y porter quelque attention.
Alexandre Liberman.
"Communautés de Travail", Guy Hersant
Depuis de nombreuses années, Guy Hersant développe un projet photographique de "portrait de groupe" qui l’a emmené de France en Afrique, à Kano, au Nigéria notamment. La Filature, Scène nationale l’a invité à poursuivre ce travail à Mulhouse, en le centrant sur les "communautés de travail", faiblement représentées dans la production photographique contemporaine et avec le souci d’inscrire ce travail dans une tradition ancienne de la photographie.
Ainsi, dans le cadre de plusieurs temps de résidence de juin 2003 à septembre 2005, Guy Hersant a réalisé des photographies dans une quarantaine d’entreprises et participé à un état des lieux du travail dans la région mulhousienne, un "panorama" large qui englobe tous les secteurs d’activités, des entreprises de différentes tailles, des commerces, des lieux d’apprentissage...
Ce travail de portrait de groupe constitue une préoccupation importante dans mon activité depuis quelques années à travers notamment les séries "couples" réalisées en studio en 1980 et "pique-niqueurs" réalisée en 1995 en forêt de Crécy. Ce travail fait suite à mes expériences et réflexions personnelles sur certaines pratiques traditionnelles de la photographie en Afrique de l’Ouest. Dans ces pratiques, la photographie de groupe affirme l’appartenance de chacun à une communauté constituée autour d’une activité partagée. Le "décor" choisi, qui est le plus souvent le cadre de cette activité, renforce l’impression d’unité, de cohérence. J’aime aussi la dimension lyrique ou épique qui peut se dégager, l’idée de force, de nombre qui est parfois accentuée par le jeu du dispositif de "mise en espace". Enfin, j’aime le sens documentaire de cette photographie.
Guy Hersant
Portraits du travail à la fin du XIXe et au début du XXe siècle , Collection privée de Christian Kempf
Guy Hersant a choisi 20 photographies dans la collection privée de Christian Kempf, portraits du travail de la fin du XIXe et au début du XXe siècle qui ont précédé sa démarche des "Communautés de Travail". On y retrouve ce qui caractérise le "portrait de groupe" avec cette "mise en scène" organisée le plus souvent par le photographe et des éléments qui caractérisent le métier.
Repères sur la photographie de groupe
La photographie de groupe traverse très tôt l’histoire de la photographie. Que ce soit pour documenter une prouesse technique des débuts de l’ère industrielle - la photographie de L. Lafon sur la mise en place de la travée métallique du Viaduc de Lessart sur la Rance en 1879 -, un événement historique ou pour sensibiliser l’opinion publique sur une situation dramatique - la photographie de Lewis Hine sur le travail des enfants employés dans les mines de charbon en Pennsylvanie en 1907... Ces "portraits de groupes" ont à l’époque un usage très direct pour leurs instigateurs. Dans le cas de L.Lafon, il s’agit notamment de démontrer son savoir faire dans la construction métallique.
Vont ainsi apparaître progressivement des traditions de photographie de groupes : « communauté de travail » dans des domaines très variés (chimie, musique, artisanat, restauration...) qui relèvent à la fois de la « communication » et du témoignage pour le futur. Ce genre va aussi prendre place dans le travail de photographes remarquables qui mettent en place des œuvres marquantes au début du XXe siècle. C’est notamment le cas d’August Sander dans son projet de « radiographie » de la société allemande à travers les différents corps professionnels et sociaux qui la composent.
Dans "Menschen des 20. Jahrhunderts" ("Hommes du XXe siècle"), August Sander va ainsi réaliser, au-delà de ses portraits individuels, toute une série de portraits de groupes. Ces "portraits" qui ne représentent le plus souvent que des groupes restreints, moins de dix personnes, se veulent "l’archétype" du groupe social ou professionnel représenté [famille de paysans, 1910 - groupe d’étudiants, 1926 - mariniers du Rhin, 1930 ...] Sander est un des premiers photographes à envisager la dimension documentaire du portrait. Il est aussi un de ceux qui vont mettre en œuvre à l’occasion des prises de vues de ces "portraits de groupes" un protocole proche de celui qu’il utilise pour les portraits individuels.
Informations pratiques :
Travaildu 10 janvier au 5 mars 2006
La Galerie - Les Studios
La Filature, Scène nationale de Mulhouse
En savoir plus sur :
- Guy hersant Photographe
- Irving penn Photographe
- La Filature Lieu d’expo
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