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Hicham Benohoud

Hicham Benohoud

Hicham Benohoud persiste et signe. L’ancien professeur de dessin qui avait mis en scène ses élèves dans "La salle de classe" que nous avions exposée il y a quatre ans continue à s’affirmer comme un des rares artistes contemporains à vocation universelle des pays du Maghreb. Parce qu’il continue à questionner à la fois l’identité, l’image, le monde contemporain, ses doutes intimes et ses refus par rapport à sa culture d’origine tout en restant dubitatif, ou pour le moins à distance, du spectacle de l’art contemporain. Son oeuvre, singulière, unique, inclassable, n’est mue que par la nécessité intérieure de mettre en cause, et en déséquilibre, à la fois ses propres visions et ce qu’il connaît de la création aujourd’hui -car il est extrêmement cultivé et sérieusement au fait des développements de l’art contemporain.

La salle de classe II

« La salle de classe numéro 2 », plus radicale que la précédente mais obéissant aux mêmes principes qui consistent à mettre en scène ses élèves, sans jamais insérer un quelconque objet extérieur à l’espace de son enseignement assène son désespoir par rapport à la passivité de ceux qui respectent, sans jamais le mettre en cause le maître.

(c) Hicham Benohoud
© Hicham Benohoud

Elle nous étonne, dans la rigueur d’un noir et blanc sans effet, par l’acceptation, considérée comme « normale » de compositions extravagantes qui dialoguent avec des échos du surréalisme. Suite et fin de son travail réalisé avec les élèves d’un collège de Marrakech où il enseignait les arts plastiques (« La salle de classe I » de 1994 à 2001), « la salle de classe II » obéit aux mêmes principes de mise en scène, avec, cette fois, l’utilisation d’objets plus « pensés », plus « accessoirisés ». Les élèves modèles sont ici affublés de chapes de tulle, de pantalons ou de pull-overs trop longs, de bonnets interminables les transformant en fantômes ou pantins silencieux, sans volonté propre.

Pendant que les élèves sont occupés par leur dessin, j’en appelle 2 ou 3, ou plus parfois, pour les besoins de la photo. Immédiatement après la prise de vue, les « modèles » regagnent leur place et reprennent leur travail, comme si de rien n’était. (...) Je réalise ces mises en scènes après quelques croquis, préalablement esquissés dans mon atelier. Mes élèves trouvent ces photos plutôt intrigantes. Ce qui les motive en fait lors de la prise de vue, c’est prendre des attitudes qu’ils n’ont pas l’habitude de prendre en classe et encore moins devant leur professeur (monter sur une table, se coucher par terre, (etc...). (...) A travers les photos, je ne cherche pas d’effet plastique particulier, j’essaie, simplement et avec les moyens du bord, d’exprimer le lourd et vague malaise social, politique et religieux que mes élèves et moi, ressentons fortement. Hicham Benohoud

 

30 familles

Alors qu’il ne les connaissait pas et qu’il allait les voir une seule fois, les membres de trente familles du 19ème arrondissement de Paris ont accepté de poser pour Hicham. Dans des espaces qu’il découvrait à peine, il s’est comporté en directeur d’acteurs qui ont accepté, de façon étonnante, de se prêter aux jeux les plus farfelus nés de l’imagination du photographe. Outre l’étrangeté des situations ainsi créées, on reste troublés par la véritable prise de pouvoir de l’opérateur sur ses modèles.

Pour moi, il était important de ne rien connaître des gens chez qui j’allais. C’est lorsque je me suis trouvé face à eux, dans leur espace, au milieu de leurs objets que j’ai pu imaginer la scène à photographier. Chaque mise en scène a été improvisée, en fonction de ce qu’il s’est passé - ou pas - avec les modèles explique Hicham.

 

(c) Hicham Benohoud
© Hicham Benohoud

Corps entravés, déséquilibrés, mains liées, bouches cousues, regards arrêtés... les « modèles » se sont soumis aux propositions du photographe de manière étonnante, donnant à voir des portraits troublants. Exposée pour la première fois dans son intégralité à la Galerie VU’, cette série prolonge la réflexion du photographe entamée avec « la salle de classe » sur la soumission, la perte d’identité, le conformisme... de l’autre côté de la Méditerranée cette fois.

Version soft

Née d’un projet contrarié, la série d’autoportraits baptisée « Version soft » (2003) met en scène le photographe tour à tour paré de pastilles, scotch, papier journal, caches, bouchons et autres poids rendant l’accès à son visage quasi impossible.

(c) Hicham Benohoud
© Hicham Benohoud

Mon projet est né dans le cadre d’une résidence d’artistes à l’espace Contretype, à Bruxelles. J’avais proposé à différents photographes de me prendre en photo dans des situations très précises, décrites dans des dessins, comme j’ai l’habitude de le faire. Je devenais le modèle d’un travail sur ce que l’on aurait pu appeler « un musulman à Bruxelles ». Tous ont refusé, trouvant probablement ce travail trop critique, trop provocateur sur la religion. Devant ce refus, et pour montrer le côté absurde de la situation et sa dimension d’autocensure, j’ai réalisé cette série d’autoportraits et l’ai appelée « version soft »(...) explique Hicham Benohoud.

 

Impersonnel, refusé, censuré, le portrait devient neutre, voire nié. Devenu modèle et objet d’expérimentation à son tour, l’auteur continue d’interroger la notion d’identité.

Veuillez crier, SVP

Conçue et développée dans le cadre de son travail au Fresnoy, Studio National des Arts Contemporains à Tourcoing, cette installation interactive reconstitue l’image de celui qui s’y soumet au fil du cri qu’il pousse. Le projet se présente sous forme d’une installation vidéo interactive. Le visiteur est invité à entrer dans une grande pièce éclairée. Il est filmé en temps réél. Dès qu’il est engagé dans ce grand espace, son portrait est projeté en gros plan mais décomposé en une vingtaine de fragments flottant sur le fond voir de l’écran. Son image est difficilement reconnaissable. Ce qui est lui demandé est de crier fort. Pendant qu’il le fait, son visage est reconstitué comme dans un miroir mais de ce fait, il se voit en train de crier. C’est le son de son cri qui déclenche simultanément la reconstitution du portrait du visiteur. Au moment où il s’arrête de crier, son image vole en éclat. Déjà montrée au Fresnoy ainsi qu’au Festival Villette numérique à Paris en 2005, l’installation confirme la démarche d’Hicham Benohoud plaçant l’individu et sa liberté d’expression au centre de ses préoccupations artistiques.

<b>(c) Hicham Benohoud</b>
© Hicham Benohoud
<b>(c) Hicham Benohoud</b>
© Hicham Benohoud

Informations pratiques :

Hicham Benohoud
Du 18 janvier au 3 mars 2007
Galerie VU’ (Paris, 4ème)
Vernissage le mercredi 17 janvier 2007 de 18h à 21h
 


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