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Communiqué
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Inde

A l’heure où se confrontent les images les plus contradictoires d’une Inde en pleine transformation, la photographie restait l’un des derniers bastions d’une iconographie éculée dont il fallait un jour sortir. C’est aujourd’hui chose faite avec la montée en puissance d’une photographie objective mise en valeur aux Rencontres d’Arles et qui trouve ici son prologement dans la vision de ces 2 photographes qui nous restituent une Inde hors des clichés battus…
Depuis des années, la représentation de l’Inde, ce pays infiniment photogénique, semblait paradoxalement figée. En proie à la sidération et à l’éblouissement que ce pays engendre, une immense cohorte de faiseurs d’images, voyageurs ou voyeurs, professionnels ou amateurs, pourchassaient une chimère, focalisés sur le pittoresque de sa pauvreté et sur sa saisissante culture vernaculaire. De ses adorateurs, l’Inde Éternelle n’exigeait qu’une chose : évacuer du cadre toute trace de modernité. Depuis le tournant du millénaire, sous l’influence combinée du style documentaire et de la mise en scène photographique, une nouvelle approche gagne du terrain. Aussi bien en Inde que venant de l’étranger, une autre génération de photographes, insensibles à l’opium de l’exotisme, commence à se confronter aux progrès et aux troubles générés par les mutations économiques, sociales et culturelles du pays. Alain Willaume
Pour prolonger l’attention et la curiosité qu’ont suscité les Rencontres Internationales de la Photographie, Stimultania présente en 2008 deux approches contrastées de ce pays :
Christopher Taylor, photographe anglais présenté par Camera Obscura, nous livre de doux tirages noirs et blancs des vestiges de l’Empire britannique.
Emilie Rognant, quant à elle, jeune diplômée de l’Ecole Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg, travaille avec des danseurs de Bharatnatyam (danse sacrée de l’Inde du Sud) sortis du contexte traditionnel : ils posent sans le costume et le maquillage d’usage dans des lieux urbains à l’architecture récente.
Il y a vingt ans, lorsque j’ai visité Calcutta pour la première fois, l’ambiance que j’ai sentie m’a semblé étonnement familière. Modelée sur Londres, où j’habitais à l’époque il en restait suffisamment d’édifices de l’ère coloniale pour que la deuxième ville de l’empire britannique soit son testament vivant. J’ai perçu une ville tenue captive de son âge d’or du 19e siècle, en quelque sorte l’écho d’un Londres maintenant disparu. Le poids du passé est en partie causé par le déclin économique qui a suivi une période politiquement bouleversante. Après l’indépendance, une tentative brève d’effacer les traces visuelles de l’autorité coloniale, par la démolition de certains bâtiments, a cédé la place à un mouvement de restauration d’éléments clefs du patrimoine de la ville. Les origines cosmopolites de Calcutta ont marqué un tournant dans le développement de la société indienne. A présent un paradoxe se révèle car Calcutta est un emblème du passé impérial dans l’Inde actuel, puissance émergente de la scène mondiale. A la manière de précédents empires, les Britanniques ont conçu les villes de Calcutta et Bombay pour symboliser leur pouvoir et disséminer un système de valeurs. Ma connaissance des conséquences de ce chapitre important dans l’histoire de mon pays étant limitée, l’opportunité s’est présentée de produire une recherche avant que l’inévitable processus de modernisation ait gommé les traces du passé. Je suis retourné en Inde chaque année depuis 2003. J’avais décidé de photographier les bâtiments coloniaux, pour la plupart administratifs, qui caractérise encore les centres villes de Calcutta et Bombay. J’ai voulu entrevoir derrière les façades et étudier de près l’infrastructure du gouvernement les restes d’une bureaucratie installée par les Britanniques. Suite à une exposition de ces premières images à Calcutta il y a deux ans, j’ai été contacté par Soumitra Das du quotidien indien The Telegraph pour participer à un livre de texte et de photographies qui documente de façon corollaire autour du centre nerveux du pouvoir colonial en Inde, l’endroit où le commerce britannique était établi au début en 1686. En conséquence l’envergure de mon projet finalement s’est enrichie, et l’image d’une histoire complexe et fascinante a commencé à prendre forme. Christopher Taylor
Emilie Rognant est une jeune diplômée de l’Ecole Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg. Ce travail photographique, intitulé Moving time, a été réalisé dans le cadre d’un atelier avec Alain Willaume, co-financé par l’ambassade de France en Inde, la DRAC puis le FDAIJ. Son travail a été publié en 2007 dans un ouvrage intitulé India now.
Juste prolongement de l’exposition dont il est le commissaire, Alain Willaume, photographe émérite et grand connaisseur de l’Inde pour y avoir vécu et travaillé pendant quatre années (1999-2003), nous propose India now, un recueil de photos de 15 photographes indiens et 16 allemands, anglais et français sur 192 pages préfacée par Pavan K. Varma, l’auteur iconoclaste du Défi Indien publié par Actes Sud en 2006… Cette photographie libérée rompt avec un style exotique, initié par un colonisateur britannique soucieux d’épater un public avide d’images fortes, qui finit par bifurquer, dans les années 60 vers une photographie catastrophe à l’initiative des plus grands photographes de reportage dont Cartier Bresson n’était pas l’un des moindres. Aujourd’hui l’ouvrage India Now, pur produit des Rencontres d’Arles, lui restitue un droit à une image représentative de ce qu’elle est vraiment et qu’importe si le silence et la simplicité prennent le pas sur notre désir de sensationnalisme. C’est la liberté du peuple photographe qui exprime enfin son quotidien, avec un minimalisme et une liberté très contemporains, mettant face à face l’urbanisme et le vide, la consommation et le silence, les oripeaux de la mondialisation et la nudité d’un peuple qui ne fait que vivre. Un livre essentiel et surtout annonciateur d’une nouvelle école indienne dont on doit, d’ores et déjà, se préparer à entendre parler. Ni plus ni moins ! Emilie Rognant
Informations pratiques :
IndePhotographies de Christopher Taylor et Emilie Rognant
Du 1er février au 22 mars 2008
Stimultania (Strasbourg, 67)
Entrée libre
Vernissage le vendredi 01 février à partir de 18h
En savoir plus sur :
- Émilie rognant Photographe
- Christopher taylor Photographe
- Stimultania Lieu d’expo
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