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30/10/04 -
Par Laurent Fabry
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Inde : les photos du documentaire

L’inde de la mer et des hommes
Frédéric Soltan et Dominique Rabotteau sont producteurs et réalisateurs de très nombreux documentaires sur l’Inde pour France Télévisions ou Planète Thalassa. C’est en couple qu’ils sont tombés littéralement amoureux de l’Inde lors d’un voyage touristique en 1988, et décidé d’en faire leur sujet de travail pour la production de films, de voyages et de photographies.
Avec 8000 kilomètres de côtes, une production de pêche qui fait vivre 8 millions de femmes et d’hommes et qui s’élève à 6.5 millions de tonnes représentant 25% PIB du pays, ce qui la classe au 5ème rang mondial, l’Inde est résolument tournée vers la mer. C’est donc autour de celle-ci que se succèdent les chapitres de ce livre :
Les comptoirs
La pêche
La construction navale
La mousson
Le sel
Les fêtes liées à la mer
Les « petits paradis »
Mais le propos ne s’arrête pas à la description de cette industrie, d’ailleurs pratiquée de manière encore si artisanale que le mot n’est pas tout à fait juste. Ce qui a retenu l’attention des deux auteurs, c’est avant tout la dimension humaine de ce pays, ses coutumes millénaires, et sa spiritualité. Des constantes qui se retrouvent dans la vie des populations, dans leurs gestes les plus simples.
Les auteurs évoquent d’abord l’histoire d’un pays d’origine très multiculturelle qui rassemblait toutes les religions du monde lorsque les européens s’y succèdent, après le premier débarquement par le portugais Vasco de Gamma en 1498, pour le transformer en comptoir de commerce. Ce furent, en quelques sortent, les toutes premières heures de la mondialisation. Portugais, Hollandais, Danois et même Français (une organisation commerciale, La Compagnie des Indes, et une ville, Pondichéry, laquelle garde un parfum de France), mais ce sont les britaniques qui eurent le plus d’emprise sur les colonies jusqu’à ce que le pays reprenne son indépendance en 1947.
La pêche, c’est surtout une formidable diversité de techniques et de produits de la mer. Un système souvent bien organisé où chaque communauté trouve sa place. Les hindous vont à la pêche, les musulmans achètent le poisson, et les chrétiens sont mareyeurs. Les Kolis par exemple, ces villageois qui demeurent dans des zones portuaires énormes, comme Mumbaï, par ailleurs capitale industrielle et financière du pays. Les pêcheurs de conques, à Rameshwaram, une île du golfe de Mannar qui est aussi un lieu de pélerinage et une attraction touristique, ce coquillage étant un objet incontournable de la culture hindoue. Dwarka, port de pêcheurs nomades, qui possède une histoire mythique de cité engloutie, une des 7 villes sacrées de l’hindouisme. Veraval, où l’on trouve les Khawars, cette communauté de pêcheurs qui a développé une technique un peu plus avancée qu’ailleurs, le chalut. Le galuchat, ce cuir luxueux obtenu du tannage de la peau de raie pastenague, nourrit 800 familles à Puttupatinam, dans la région de Pondichéry. Sur la côte de Coromandel, ce sont de frêles embarcations millénaires qu’utilisent les artisans de la pêche, quelques troncs d’arbres ficelés par des cordages à la manière d’un radeau et pilotés à la rame. On les appelle catamarans.
Loin d’être leader dans une zone asiatique dominée par la Chine, le Japon et la Corée du Sud, la construction navale est en Inde synonyme de longue tradition. Ancestrale, manuelle et mettant en oeuvre le bois comme unique matériau, la charpenterie de marine n’a d’ailleurs pas forcément intérêt ni la capacité de passer aux techniques modernes. Les dhows sont ni des cargos, ni des tankers, ce sont des embarcations plus légères, de véritables taxis des mers. D’une capacité minimum de 600 tonnes, ils sillonnent l’océan indien pour le commerce avec l’Afrique et les émirats arabes.
Au quatrième rang mondial des producteurs de sel, l’Inde se situe derrière les Etats-Unis, la Chine et l’Allemagne. C’est un travail dur et intensif, qui condamne les villageois à leur condition de nomades car elle est saisionnière et ne peut avoir lieu qu’entre deux moussons. En 1999, le gouvernement s’est engagé pour un peu mieux considérer ces agriculteurs de la mer comme il le fait pour les travailleurs de l’industrie.
La mousson justement, ou plutôt les moussons puisqu’il y en 2 (au Tamilnadu c’est la mousson d’hiver du nord-est qui est plus importante), est une délivrance pour les hommes et les femmes qui sortent de 6 mois de chaleur et de sêcheresse quand vient le mois de juin. Une aubaine pour la navigation du temps de la voile, lorsque l’Inde était encore la route des épices, ces périodes de fortes intempéries comptent parmi les moments les plus fêtés. En effet, l’eau reste un élément sacré pour la religion hindoue, elle est omiprésente entre la mer, les fleuves et rivières qui sont sacrés, et les pluies diluviennes qui s’abattent en cette saison bénie. A ce moment là, la pêche passe la main à l’agriculture, à un rythme intensif, avec des précipitation record parmi les plus fortes au monde produisant jusqu’à 3 récoltes de riz par an. Comme la pêche, l’agriculture se pratique de manière majoritairement très artisanale, mais l’inégalité des territoires vis-à-vis des eaux pluviales a suscité le lancement d’un vaste projet gouvernemental d’irrigation à l’horizon 2016.
Autre rendez-vous de la vie indienne, les fêtes. Le festival de Ganesh, ce dieu à la tête d’éléphant représenté via d’immenses statues transportées sur des chars, se déroule à Bombay en octobre. La fête d’Onam voit d’immenses pirogues de 40 mètres de long s’affronter dans des régates très disputées. Le festival de Sagar, sur cette petite île, voit chaque année passer de milliers de pèlerins venus prendre un bain sacré.
Enfin, l’ouvrage s’achève sur l’évocation d’endroits relativement protégés de la présence souvent nuisible de l’homme. L’état de Kerala, qui abrite la "Venise de l’Orient", la mangrove des Sundarbans (au Bengale occidental), classée patrimoine mondial en 1997, et le lac de Chilika (Orissa) sont autant de petits paradis préservés.
Les auteurs de ce livre se sont approchés très près des populations et de leurs modes de vie. Ils mettent en lumière ce que l’on soupçonne de ce pays, parfois comme un cliché, à savoir la précarité, la pauvreté, et la grande dépendance aux éléments naturels (climat, géographie). Mais ils nous montrent aussi les traditions, dans le travail et dans les fêtes. Les techniques ancestrales, la vie très rythmée par les saisons, et la grande spiritualité omniprésente dans les coutumes. C’est avec l’oeil du documentaire que ce tour d’horizon très large nous est proposé : en s’attachant à l’homme et à son quotidien, en privilégiant l’information et l’écoute à l’image choc et au sensationnalisme.
Le documentaire de l’Inde de la mer et des hommes diffusé dans l’émission de France 3 Thalassa sera également disponible en coffret 2 VHS et en coffret 2 DVD le 13 octobre, édité par France Télévisions Distribution.
Informations pratiques, notation et achat :
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Parution : 08/10/2004 39 euros 240 x 310 mm 208 pages 150 photos ISBN : 2-08011334 Note sujet : 5/5 Note photos : 4/5 Note textes : 4/5 Note esthétique : 4/5 |
En savoir plus sur :
- Frédéric soltan Photographe
- Dominique rabotteau Auteur
- Flammarion Editeur
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