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28/04/08 -
Par F. Meneto (usage interdit)
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Inner City

Avec une esthétique évoquant le surréalisme, le photographe américain Joseph Mills propose dans son livre Inner City (Nazraelli Press), une inquiétante fantaisie sur la ville.
Au hasard de ses errances, Joseph Mills photographie régulièrement downtown Washington dans les années 80. Souvent à « main levée » et à la volée, il saisit des scènes de rues qui lui fourniront la matière de son premier livre Inner City. Il s’agit d’une série constituée de 45 tirages oxydés et vieillis à l’aide d’un vernis pour mobilier. Plus qu’une coquetterie, ce procédé a le mérite de créer un effet de distanciation entre les images et le réel. C’est que les photographies de Mills ne sont ni informatives, ni documentaires. En effet, rien ne nous permet de savoir précisément où elles ont été prises. La ville, totalement abstraite, existe à peine comme décor et s’évapore dans une lumière diaphane. C’est tout juste si on la voit, alors que paradoxalement on la sent présente sur chaque image. En fait, sa présence est assurée par le véritable motif photographié : ses habitants. La photo d’ouverture scande ce programme dans un geste quasiment revendicatif : People/Walk/One way.
« Résoudre quelque chose en moi »
Toutefois, le motif ne se confond pas avec le propos. Il n’est qu’un vecteur et le « quartier déshérité » (inner city) n’est pas celui que l’on pourrait croire.
Dans mes photographies, explique Mills, il n’y a pas beaucoup de situation sociale ou de groupes sociaux. Je suis plus intéressé par les individus, j’observe leur condition et j’essaie de me voir en eux. J’essaie par là de résoudre quelque chose en moi.
A l’âge de 21 ans, sujet à des délires hallucinatoires paranoïaques, il séjourne dans un centre psychiatrique. Bien qu’il lutte contre, cet état le poursuit par intermittence. Il se pourrait bien que cette ville dont les portes nous sont ouvertes par une enfant au regard à la fois curieux et anxieux, soit hantée par les démons de cette époque. Prophète vêtu de peau de bête prêchant dans le désert, créatures aux doigts crochus ou aux mains griffues, homme sans tête ou tête difforme, corps amputés, affaissés ou à la renverse, voilà les spectres et gargouilles grimaçantes que nous y croisons.
Antinomies
Les thèmes de l’abandon et de la perte structurent cet univers halluciné construit autour d’antinomies. C’est avec fracas que s’entrechoquent infirmité et mobilité, enfermement et espace, besoin et abondance, vieillesse et jeunesse, ombre et lumière. La variété incessante des plans finit de donner le tournis. C’est en titubant et avec un sentiment de malaise, que nous sortons de cette fantasmagorie urbaine. La beauté du livre réside à la fois dans la tension et la fusion entre l’état de l’âme de l’artiste et le milieu qu’il donne à voir comme paysage intérieur. Et, par un étrange effet de retour, il nous propose aussi une allégorie sur la ville post-moderne : douloureuse, angoissante et pathogène.
Informations pratiques, notation et achat :
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Relié : 72 pages Langue : Anglais 1ère Edition : Avril 2003 Prix : 50 € ISBN 1-59005-055 |
En savoir plus sur :
- Joseph mills Photographe
- Nazraeli Press Editeur
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