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Internet vs journalismeIl y a ceux qui croient savoir, et il y a ceux qui font...

10/02/10 - Par Laurent Fabry - 748 visites -  Impression (PDF) 

Internet vs journalisme

Internet vs journalisme - Il y a ceux qui croient savoir, et il y a ceux qui font...

Il y a ceux qui croient savoir, et il y a ceux qui font...

Le journalisme doit se réinventer, tout le monde est d’accord sur ce point, on ne parle plus de l’érosion des ventes et de l’audimat, mais d’une petite catastrophe : une profession sous perfusion (près d’un milliard de subventions de l’état, si l’on englobe le "coût" d’une TVA quasi nulle), et de grands groupes qui perdent de l’argent, sans que la crise actuelle en soit l’unique raison. Parmi les maux qui affecteraient ce secteur, il est un mot qui revient toujours : internet. Pourtant, un document diffusé sur Arte récemment ("8 journalistes en colère") donnant la parole à de grands journalistes incontournables du PAF, montrait un réalisme plus clairvoyant. De leur propre aveux, le mal pourrait aussi venir de l’intérieur, ceux-ci reconnaissant surtout qu’il est vain d’aller contre le progrès... Or il se trouve qu’internet en est un. Et qui dit progrès, dit sensibilisation aux nouveaux usages. Ce n’est pas parce que le haut débit est présent dans la plupart des foyers français et que presque plus aucune entreprise ne pourrait se passer de ce moyen de communication quotidien, que le média est compris et maîtrisé. Bien au contraire, l’expérience montre que plus on croit connaître quelque chose, et moins on se sent le besoin de se documenter à son sujet, de se former à ses techniques, de prendre le recul nécessaire à son utilisation en consciente et raisonnée. Internet, tout le monde croit savoir ce que c’est et comment ça marche. Pire : tout le monde se permet à un moment donné d’affirmer sur quel modèle économique cela devrait reposer, parfois même ceux qui dénoncent ce média comme étant leur concurrent direct ! Bref, on nage très souvent en plein délire, et en tant qu’architectes de ce média depuis 15 ans, nous en voulons pour preuve le comportement parfois navrant... des journalistes.

Nous avons pris soin de préciser la mention "Vous visitez le site Photosapiens.com" au bas de chaque page de notre site (au dessus de ses coordonnées complètes postales, téléphoniques et email), et depuis peu, en haut de toutes les pages de notre annuaire en ligne. Pourtant, il ne se passe pas un jour sans que l’on appelle Photosapiens pensant être chez le photographe X, l’éditeur Y, l’agence ou le fabricant Z... Pas une semaine non plus sans que nous recevions du courrier qui ne nous est pas destiné : des journaux et magazines pour un extrait de parution photo, des portfolios pour un projet de livre chez un éditeur, etc. Les facteurs s’en amusent beaucoup ajoutant des points d’interrogation au stylo sur l’enveloppe à côté du destinataire inconnu.

Mais le plus drôle, c’est lorsqu’un(e) journaliste appelle Photosapiens pour retrouver la trace de tel ou telle photographe curieusement invisible sur le web, ou pour interviewer une association de défense des photographes concernant leurs dernières revendications. Alors, notre interlocuteur s’imagine - à tort - s’adresser à un service public, dont la mission serait de lui simplifier la vie avec le plus grand dévouement et de résoudre son problème expressément...

Récemment, ce sont pas moins de 3 journalistes différents d’une grande chaîne TV d’informations qui ont appelé le même jour pour des renseignements sur l’API, une organisation dont nous avons pourtant mentionné l’adresse du site web dans nos annuaires, et dont nous relayons scrupuleusement tous les communiqués. "Votre site est mal fait, car il ne mentionne pas leurs coordonnées complètes" nous a-t-on dit au final...
En même temps, pourquoi ne mentionnerait-on pas également l’adresse du site web et les coordonnées complètes des quelques 6000 photographes dont nous avons déjà évoqué le travail dans nos rubriques, pour un livre, pour une exposition, pour un festival, ou pour un concours ?
Au moins deux raisons à cela, elles tombent sous le sens :
- d’abord, c’est un service à haute valeur ajoutée
- mais surtout, il nous en coûterait le travail de plusieurs personnes à plein temps !
Pour rappel, il faut savoir que Photosapiens employait plusieurs stagiaires et annonçait près de 300 expositions photographiques dans le même mois encore très récemment (en mars 2008). Depuis, notre site a précisé et validé son modèle économique, très simple lui aussi : nous évoquons les actualités et les coordonnées de nos CLIENTS.

Payer pour figurer sur un site internet. Voilà une idée saugrenue voire complètement hors de propos pour la plupart de nos interlocuteurs. L’un d’entre eux, une agence photographique doublée d’un des plus grands lieux d’exposition photographiques à Paris, non loin de la Bastille, éclatait de rire lorsque nous lui soumettions notre devis de référencement après lui avoir montré tout ce que nous avions déjà relayé gracieusement : "mais enfin, ce n’est pas assez cher, je vous le paie de ma poche !!!". Quelques années plus tard rien n’a changé : aucun contrat n’a été signé, le directeur de cette galerie présume à son tour de ce qu’est ou devrait être notre métier, et nous recevons toujours autant de communiqués de presse de la part de cette organisation. Des informations que nous recevons à longueur d’année. Comme les reçoivent également une armada d’autres sites internet, tous plus zélés les uns que les autres, mais cherchant encore leur modèle économique, des travailleurs de l’ombre que l’on est bien content de trouver finalement.

On ne peut pas reprocher à internet de tout publier gratuitement, si l’on fait tout pour, soi-même, y figurer...
gratuitement !

 

Nous observons les difficultés rencontrées par la presse actuellement et l’impact probable du net sur ces derniers : les dépêches AFP disponibles librement sur des sites comme Google News qui se vante de n’embaucher aucun journaliste, ou encore les grands titres de presse qui eux-même, comme pour se tirer dans le pied, encouragent un nouveau journalisme citoyen, amateur et non rémunéré. Ces problèmes, nous n’y sommes pas insensibles, et pour cause : nombre de nos clients, les photographes, travaillent pour cette industrie. Pour autant, nous aimerions juste que l’on sache de quelle manière Photosapiens a été capable de créer de la richesse sur ce média, seul et sans aucun soutien, alors que la presse, elle, se voit octroyer des aides colossales par l’état. Nous le faisons en apportant des services de communication et de référencement à de grands acteurs de la photographie, dont des photographes professionnels de plus en plus nombreux. Sans l’aide des journalistes, sans vouloir faire de l’ombre à ces derniers, et sans jamais prétendre vouloir exercer leur métier à leur place !

Si au lieu de rester campés sur leurs positions, pétris de certitudes, et emplis de craintes, celles et ceux qui critiquent vertement notre média prenaient le temps de regarder ou d’écouter ceux qui le font, peut-être ce dernier serait-il plus vertueux, et sans doute y verrait-on autre chose que le mal absolu.

Il n’y a pas si longtemps, la rédac’ chef d’un grand magazine photo que nous relayons et apprécions malgré ses positions relativement frileuses par rapport au web, nous demandait avec une sincère sollicitude : "mais vous vous en sortez financièrement ?"
Parmi la pléiade de sites ayant pour thème la photographie, nous sommes pourtant un des rares à tenir le coup depuis aussi longtemps (10 ans : des ancêtres, à l’échelle du net), et le seul ou presque à développer un modèle économique clair.
Beaucoup pensent donc qu’internet, c’est non seulement vilain, mais qu’en plus financièrement ça ne marche pas.
Comment peut-on, en 2010, douter encore à ce point ?
Désintérêt, incrédulité, méconnaissance, manque d’observation ou de curiosité ?
Quoi qu’il en soit, des traits de caractère correspondant assez peu avec la mission du journalisme...

Mise à jour : Nous découvrons avec la plus grande surprise que certains sites internet d’informations 100% web touchent désormais des subventions de l’état, non plus seulement ceux des grands quotidiens de la presse écrite française. Comme quoi, en France, les mauvaises habitudes ne se perdent pas comme ça : c’est quand même un comble de faire, d’un média aussi récent, un cheval à ce point mauvais qu’il doive recevoir la perfusion dès la naissance. Voilà qui pose question sur ce que l’on attend vraiment d’internet... Démonstration est faite cependant :
Le web n’est ni la solution à tout, ni le fossoyeur de la presse.

 

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