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Par Didier Gualeni
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Interview de Rinko Kawauchi dans le cadre de son exposition à la Fondation Cartier

Rinko Kawauchi est l’une des jeunes photographes japonaise les plus en vue dans son pays. Elle présente sa première exposition monographique en Europe à la Fondation Cartier pour l’art contemporain. Elle a choisi de montrer une sélection de photographies tirées de son ouvrage AILA ainsi que de ses deux séries les plus récentes : the eyes, the ears, et Cui Cui. Rinko Kawauchi aime saisir les détails du quotidien qui échappent souvent au passant trop pressé.
Interview de Rinko Kawauchi par Masakazu Takei
Masakazu Takei a édité tous les livres de photos de Rinko Kawauchi publiés chez Little More et FOIL. Il s’agit d’extraits d’un entretien réalisé en janvier 2005 pour la réalisation du dossier de presse de cette exposition. Ces extraits sont reproduits avec l’aimable autorisation de la Fondation Cartier pour l’art contemporain.
Quand as-tu commencé à étudier la photographie ?
J’ai fait une école d’art en deux ans, où j’avais un cours de photo par semaine, et c’est de loin ce qui me plaisait le plus.
Tu avais déjà l’intention de devenir photographe en entrant dans cette école ?
Non. J’ai fait cette école parce que je pensais que ce serait amusant d’aller tous les jours assister à des cours sur l’art. J’étais attirée par le dessin, le design, les images, mais en fin de compte, je me suis aperçue que c’était la photo qui me plaisait le plus.
Qu’as-tu fait immédiatement après ton diplôme ?
J’ai trouvé du travail dans une boîte de pub, dans le département photo, et j’y suis restée un an. Ensuite, j’ai travaillé un an et demi comme assistante dans une société de location de studio et de matériel photo à Tokyo. La première année, je passais le plus clair de mon temps à photographier des éléments de packaging et des oeuvres d’art, et c’est une expérience qui m’a beaucoup appris sur le plan de la technique. Et puis, au bout de trois ans passés à travailler pour les autres, j’ai décidé de tenter ma chance en free lance.
Et en tant que free lance, tu travaillais plutôt pour la publicité ou pour la presse ?
J’ai commencé par la pub, mais peu à peu, je me suis diversifiée et j’ai fini par avoir toutes sortes de clients, y compris des magazines.
Tu as commencé par publier la trilogie Utatane, Hanabi et Hanako. Comment as-tu fait pour concilier ton travail de photographe commercial et des projets plus personnels comme Utatane ?
C’était assez variable. Parfois, je travaillais à mes projets personnels pendant mon temps libre, entre deux contrats. D’autres fois, je photographiais ce qui m’attirait l’oeil tout en travaillant à un projet pour la pub. Je ne sortais jamais sans un appareil photo, au cas où.
Est-ce que tu photographies toujours avec un projet précis ?
Tout dépend des séries. En général, j’ai un projet de livre en tête. Pour Utatane, le principe était de photographier des choses que je trouvais émouvantes. Pour Hanabi, j’avais en tête un projet bien défini : rechercher les lieux et les dates des feux d’artifices d’été au Japon et les photographier en multipliant les points de vue. Je pars souvent de quelque chose de précis : une vue d’une chambre d’hôtel, des vues d’autoroute. Ensuite, je travaille sur la maquette du livre.
Tout le monde s’accorde à dire que tu as une façon vraiment unique de capturer la lumière. Qu’en penses-tu ?
C’est possible, mais dans ce cas, ce n’est pas conscient.
Tu fais un usage souvent délibéré du contre-jour.
Oui, c’est parce que j’attache beaucoup d’importance à l’atmosphère et à la lumière. Quand je photographie en contre-jour, j’essaie de saisir l’essence du sujet, son aura, plus que le sujet lui-même. C’est peut-être pour ça que les gens pensent que ma façon d’éclairer est originale.
Tu traites souvent des concepts universels de vie et de mort. C’est particulièrement important pour toi ?
Ce n’est pas vraiment une démarche consciente au moment où je fais les photos, mais ce sont des thèmes qui ressurgissent quand je compose ma série. D’ailleurs, la composition est une étape très importante pour moi, au moins aussi importante que la prise de vue, un moment où je peux enfin regarder mes travaux de façon calme et objective.
Pendant l’étape de la prise de vue, y a-t-il des moments où tu as la certitude d’avoir fait une belle photo ? Ou des moments pendant le développement où tu es surprise de ce que tu as fait ?
Ça arrive, et j’adore ça ! J’adore découvrir des choses surprenantes au développement. Il y a toujours des moments d’étonnement, je découvre des choses auxquelles je ne m’attendais pas.
Dans tes expositions, tu présentes souvent quelques photos à part dans une petite pièce.
Lorsque c’est matériellement possible, j’aime que les gens voient mes images dans un espace très petit, pour rapprocher le public de l’oeuvre.
Quels sont les photographes pour qui tu as particulièrement de respect ? Et pourquoi ?
Chez les Japonais, j’aime beaucoup Kyoji Takahashi, Nobuyoshi Araki, Daido Moriyama et Takuma Nakahira. En Europe, c’est Boris Mikhailov, mais j’aime aussi beaucoup le travail de Wolfgang Tillmans. En règle générale, il n’y a pas un photographe dont je ne respecte pas le travail.
Quelles sont tes influences ?
Il y en a beaucoup ! Je peux dire que Banana Yoshimoto m’a beaucoup marquée sur le plan spirituel. Et j’ai aussi été très influencée par le travail de Satoru Sato, un grand illustrateur de livres pour enfants. Dans tous les autres pays du monde, les jeunes photographes ont du mal à publier leurs travaux tant qu’ils n’ont pas fait d’exposition. Au Japon, c’est l’inverse, les jeunes artistes publient assez facilement.
Que penses-tu de cette différence de fonctionnement ?
Personnellement, j’ai toujours eu l’intention de publier des livres. Ca a toujours été plus important que les expos. Même quand je savais que tel ou tel travail ne devait pas faire l’objet d’une publication, il ne me semblait pas véritablement terminé tant que je ne l’avais pas organisé en portfolios. Avant même de publier mon premier vrai livre, je fabriquais moi-même à la main mes propres livres, tous les six mois environ. J’avais besoin d’unifier mes différents travaux en une série avant de passer à autre chose. Pour moi, une exposition, c’est plutôt une récompense, quelque chose en plus, mais ce n’est pas une fin en soi. Je crois que si je n’arrivais pas à faire publier ce que je produis, je continuerais à fabriquer moi-même mes propres livres. C’est plus important, à mon sens, de montrer mon travail sous cette forme que d’exposer simplement un tirage.
Tu fais beaucoup de photos en format 6X6. Y a-t-il une raison particulière à cela ? Quel appareil utilises-tu ?
Un Rolleiflex bi-objectif 6X6.
C’est tout ?
Non, j’utilise aussi un Hasselblad 6X6 et un Canon A1 et F1, de temps en temps. Et aussi un Kyocera T Proof, qui est compact, et un Panon Widelux, un panoramique. Et je compte me mettre au format 4X5 à partir de maintenant.
(d’après le communiqué de presse)
Informations pratiques :
Rinko KawauchiDu 18 mars au 15 juin 2005
Fondation Cartier pour l’art contemporain
En savoir plus sur :
- Rinko kawauchi Photographe
- Fondation Cartier pour l’art contemporain Lieu d’expo
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