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18/05/08 - Par Floreal Meneto  - 506 visites  -  Impression (PDF) 

Invasion Prague 1968

Invasion Prague 1968

A l’occasion du quarantième anniversaire de l’invasion soviétique de Prague, les éditions Tana publient Invasion Prague 1968 de Josef Koudelka. Un corpus rassemblant près de 250 photographies pour la plupart inédites. Un reportage qui vaudra à son auteur d’intégrer Magnum et de recevoir le prix Robert Capa en 1969.

Les chars du Pacte de Varsovie descendent la rue Sokolovska. La foule se presse place Venceslas. On écoute la radio, on dessine des croix gammées sur les blindés, on discute avec les soldats des pays frères. On ne se laisse pas impressionner. Puis c’est l’émeute. Les premières barricades, les premières fusillades et la fumée épaisse des tanks enflammés s’élèvent dans le ciel ensoleillé. C’est en août 1968, à Prague. Josef Koudelka a 30 ans. Il a déjà mené un travail au long cours sur les gitans. Il n’est pas photojournaliste. C’est plus en acteur qu’en témoin qu’il photographie. Structuré autour de quatre séquences, incluant parfois des sous-séries (ainsi l’épisode devant la radio ou celui de la place Venceslas du 22 août), le récit de ces journées travaille sur l’ambiance. Tout en restant attaché aux déroulements des faits, il évite l’énonciation strictement chronologique. En ouverture, un imposant déploiement militaire occupe le premier plan et repousse les pragois hébétés au fond de l’image. Dans un climat trouble et confus, ils bataillent pour réinvestir les lieux. La tension va crescendo. De grandes doubles pages se succèdent et, soudainement, une accélération. Nous voilà précipités dans le tumulte d’une série de seize photographies réparties sur deux pages (une rythmique récurrente de l’ouvrage). Les manifestants distribuent des tracts, protestent, chassent de supposés collabos, se rassemblent enfin. Vient alors l’insurrection.

Peintures théâtrales de l’héroïsme

Dans la succession vertigineuse des photographies et des témoignages entremêlés se dessine la tension entre la puissance militaire et le dénuement des civils. Les corps se confrontent à l’acier en quelques peintures théâtrales de l’héroïsme. Ainsi cet homme qu’on imagine vieillissant, le cartable dans une main, un pavé dans l’autre attaquant un char. Ou encore cet écho iconique d’une autre révolte (Tienanmen) : un homme seul dressé devant un tank. A la fin il n’y a plus que visages tordus, rues dévastées et les morts à qui l’on rend hommage solennellement. Toujours menaçant, tapi sous les arbres de la place Venceslas, l’occupant s’efface sans disparaître. Avec enthousiasme et détermination, la population envahit les images. Battant le pavé ou en sit-in, drapeaux aux vents. Comme si le temps était suspendu et l’avenir ouvert. « Tout ce qui pouvait se passer s’est passé. J’ai rencontré tous les gens dont j’avais imaginé qu’ils existent. La situation était tellement forte qu’elle créait toutes ces possibilités » explique Koudelka. Enfin, la parole se libère et la graphie du verbe fait disparaître les légions du Pacte de Varsovie. Tracts, affiches, graffitis dévorent à leur tour les photos.

Retour à l’ordre

Mais cette quatrième séquence achève aussi la construction tragique du livre. C’est le moment où la parole des dirigeants tchécoslovaques se retourne contre les insurgés « écervelés » (selon le mot de Dubcek). Retour à l’ordre. Un terrassier repave les rues, une femme recouvre les dernières inscriptions murales de cette fièvre. Quelques décennies plus tard, c’est le chaos.

Prague, Invasion 1968 ne devrait pas être pris comme la description factuelle d’un moment d’histoire. Cette dimension n’en est pourtant pas absente. Un texte dense ouvre le volume pour lui rendre son contexte historique. De même, communiqués du Parti Communiste Tchécoslovaque, témoignages, slogans insolents (« Prolétaires de tous les pays, allez vous-en ! ») rythment le récit en assumant la double fonction d’illustrer des faits et de restituer l’atmosphère de cette folle semaine. Mais, le livre dépasse les cadres d’un photojournalisme devenu trop souvent illustratif. Il est moins un document qu’une vision déterminante de cet événement. Déterminante en ce sens que les photographies de Josef Koudelka contribuent largement à produire la mémoire que l’on a du Printemps de Prague. A cet égard, et en dépit de quelques longueurs, cet ouvrage fait œuvre.


Informations pratiques, notation et achat :

Invasion Prague 1968
Editions Tana
Relié : 296 pages - Paperback
Langue : Français
1ere Edition : Avril 2008
Prix : 39,90 euros
ISBN 2845674384
 


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