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Exposition photo

Jean-Claude Gautrand à la Galerie Philippe Chaume

Jean-Claude Gautrand à la Galerie Philippe Chaume - Construction / Déconstruction

Construction / Déconstruction

Grand nom de la photographie expérimentale française depuis quarante ans, Jean-Claude Gautrand appartient à cette génération qui a milité pour la reconnaissance de la photographie d’auteur. Photographe et auteur majeur, avec une vingtaine de livres sur la photo, du Paris des Photographes au dernier en 2005, sur Willy Ronis.

Jean-Claude Gautrand photographie la ville : Paris et ses chantiers, la révolution urbaine des années 60 et 70. Inspiré d’Otto Steinert et de son livre Subjektive Fotografie, il développe une véritable poésie par l’image où Graphisme, matière et lumière prennent formes, révélant des photographies pleines de profondeurs et de mystères, impressions renforcées par le recours exclusif au noir et blanc.

En 1971, avec la série L’Assassinat de Baltard, il photographie la déconstruction des Halles de Baltard, des images faites de métal, de lumière et de fumée, empreintes d’une beauté douloureuse. La destruction des Halles signifiait pour Jean Claude Gautrand, et pour beaucoup de parisiens, la disparition du cœur de Paris, un bouleversement. C’était la première structure métallique de la capitale, soit une page d’histoire et d’architecture qui disparaissait.

Pourtant, l’image dit la splendeur de ces instants. Des rayons de lumière traversent la poussière et le spectateur assiste au ballet chaotique des structures métalliques démantelées. Le choix de l’épure, le contraste des ombres et l’exaltation des contours placent ces scènes hors du temps.

Dans ces images d’une beauté poignante, la tristesse fait place à la colère. Il s’agit d’un combat, d’une mise à mort. On assiste, témoin impuissant, à la disparition du lieu. Les photographies deviennent alors des images de mémoire, cri de colère et de douleur.

Référence explicite au film de Fritz Lang, la série Métalopolis représente, dans une esthétique froide, proche de l’abstraction, la construction du périphérique parisien en 1964. Ces images évoquent la puissance de l’industrialisation et la déshumanisation de ces immenses chantiers urbains. Ici, le métal et le béton créent une nature de substitution, avec une portée étonnamment actuelle.

Très graphique, cette série transforme en traits purs, l’architecture de métal, ses rails, ses poutrelles, ses échafaudages, porteurs des promesses de villes futurs. Les photographies s’éloignent du réel, s’attachent à la forme, calligraphiant avec un calme équilibre les volumes et les lignes. Pourtant, sont associées à cette manifestation de toute puissance, une inquiétude, une indignation. Cette intuition ne vient pas déranger l’harmonie des formes, mais imprègne l’espace d’une poésie menaçante.

L’Assassinat de Baltard et Métalopolis illustrent les idéaux des années 60 et 70, la volonté de créer une ville nouvelle et pratique. L’espace urbain doit devenir fonctionnel, le « Ventre de Paris » est sorti de la ville et la priorité devient l’accessibilité de l’automobile dans le coeur de la capitale.

Ce témoignage prend toute sa force aujourd’hui, le flux d’automobiles est devenu le cauchemar des parisiens et toutes les énergies sont déployées pour remettre la vie et l’humanité dans la ville.

A trente quatre ans, Jean-Claude Gautrand est un des plus brillants Lauréats de la photographie expérimentale Française, tributaire des plus hautes récompenses en ce domaine. C’est aussi un infatigable animateur de groupes et de clubs spécialisés, un organisateur d’expositions internationales qui voyage à travers le monde entier. (...) Le groupe "Libre Expression" qu’il anime rassemble les meilleurs chercheurs photographes français contemporains.

Qu’est-ce qu’un chercheur photographe ? La fréquentation de Gautrand m’a permis de me faire une idée à ce sujet. Comme toutes les vocations artistiques, la recherche en photographie ne paie pas son homme, le nu et certains domaine du reportage mis à part. Ces amateurs-par-la-force-des-choses en sont restés, bien injustement, au stade de la passion pure : qui songerait en 1967 à acheter des tirages photographiques d’avant garde à de simple photographes, comme on achète un dessin, une gravure ou même la reproduction d’un chef d’oeuvre ?

Ces chercheurs sont des doux poètes qui s’obstinent dans leur vision et persévèrent dans leur être. Ils nous donnent à voir le monde d’un oeil neuf, ingénu et objectif : Objectivité par la caméra, dépourvu de bien des impédimenta d’une culture sclérosée, disponible aux magnifiques cadeaux de l’observation et du hasard. Bien sûr, une idée directrice, intimement liée à la structure psychologique de l’individu, ordonne les démarches. Dans le cas de Jean-Claude Gautrand, c’est bien évidement l’esprit de géométrie. Ses photographies les plus symptomatiques, de la série "Métalopolis" traduisent en calligrammes structurés le monde architectonique du métal, de ses rails, de ses poutrelles, de ses échafaudages porteurs de villes futures. Dans les oeuvres les plus anciennes on retrouve toujours un très significatif penchant à l’épure, au dosage et au contraste des ombres, à l’exaltation des contours. Il y a comme une sorte de moralité calviniste dans ce regard aigu, objectif, construit, que Gautrand porte sur le monde. Son esprit renchérit sur le caractère analytique de la caméra. La rencontre est heureuse, le mariage est fécond.

Gautrand apparaît comme l’un des plus doués parmi ces constructivistes du réel qui en ont repris l’investigation à ce point précis de la recherche visuelle où l’avaient laissée les peintres russes avant la révolution d’octobre et les théoriciens du Bauhaus de Weimar. Mon témoignage a l’ambition, outre de signaler au public une source d’authentique poésie par l’image, d’attirer l’attention sur un problème de base, celui de la photographie expérimentale. A l’heure où les peintres du "Mec-Art" s’apprêtent à assumer un renouveau d’expressivité en ce domaine, les dix Gautrand existant en france (jalousés par leurs collègues conformistes, ignorés par les "vrais artistes", méprisés par l’opinion public) sont-tls condamnés à demeurer pour toujours les "Cousins Pons" de la grande famille esthétique ?

 

Jean-Claude Gautrand par Pierre Restany, Milan 1967.


Informations pratiques :

Construction / Déconstruction
Photographies de Jean-Claude Gautrand
Du 22 Février au 9 Avril 2006
Galerie Philippe Chaume (Paris 10ème)
 


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