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John Batho / Kenneth Josephson / Jan Svoboda

Trois écritures, trois regards, trois fortes personnalités se croisent, et peut-être s’opposent, dans cette exposition inédite qui ouvre la saison photographique de La Filature, Scène nationale. Autour des formes et des couleurs, c’est toute l’amplitude du medium photographique, mais aussi sa dimension sensible et poétique, qui apparaît au travers des œuvres de Jan Svoboda, photographe de la méditation, de John Batho, spécialiste de la couleur, et de Kenneth Josephson, artiste en résidence à Mulhouse.

John Batho : "Pages de plages"

John Batho est né en Normandie en 1939. Il vit et travaille à Paris depuis 1961, date de ses débuts dans la photographie. A partir de 1963, il entreprend une recherche dont le résultat fera apparaître une vision personnelle de la couleur en photographie. En 1977, il obtient le prix Kodak de la critique photographique. Suivront de nombreuses expositions qui assureront à son travail une diffusion internationale, parmi lesquelles figurent celles du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris en 1977 et du Musée Fratelli Alinari à Florence en 1987. De 1983 à 1990, il est chargé de cours à l’Université de Paris 8, puis il enseigne à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Dijon de 1992 à 2001.


"Pages de plages", l’exposition présentée à la Filature Scène nationale, déploie le thème de John Batho sur les parasols, commencé en 1977 et poursuivi jusqu’en 2002. Une partie de cette importante série est inédite. Réalisées sur un même lieu, aux mêmes heures, dans des lumières choisies, ces photographies, rassemblées au fil du temps, font prévaloir le regard sur la chose vue. Ainsi il ne s’agit pas de la représentation d’un sujet, d’un "portrait", mais de la manière dont est montrée et affirmée l’élection des formes et des couleurs dans l’instant. Faisant écho à ces choix électifs, un ensemble de photographies réalisées en 2004 - 2005 complète l’installation de la série des parasols par une suite de scènes de plages occupées par les estivants.

Le photographe considère souvent la présence de la couleur comme trompeuse. Le choix du Noir et Blanc lui semble mieux adapté, plus synthétique, exprimant avec efficacité. La couleur en photographie diluerait l’attention, elle serait trop présente, trop attachée à son effet de réel. Cette méfiance est explicable car lorsque la couleur n’est pas considérée, elle perturbe souvent l’image en devançant la représentation. La couleur, c’est une évidence, possède un pouvoir de subversion, elle n’est pas contenue, elle est. Son pouvoir d’attraction est envahissant. Dans l’image photographique, la couleur installe une relation spécifique, sensorielle. Nous ne pensons pas à la couleur, celle-ci capte notre sensibilité et impose son vivant. La couleur n’est pas vraiment saisie, elle saisit plutôt celui qui la regarde. Originale, elle ne se réduit pas à l’image d’elle-même. Elle se photographie pourtant, le photographe en rapporte les effets, en prolonge la vibration. L’auteur peut alors choisir d’accorder le contenu de l’image à l’action de la couleur. Ainsi il me plaît d’en rapporter les débordements, de mettre en évidence les rapports qu’elle entretient, dans le fait visuel, puis dans l’image, avec toutes choses, de témoigner combien sa sensation, dépendante de la lumière, baigne nos yeux. Je fais de l’image photographique en couleur un lieu d’interprétation et d’expérience. J’utilise la couleur pour éclairer l’image aussi bien que pour confondre et affoler le regard. Au regardeur de s’y retrouver, de focaliser son attention selon son intérêt, ou bien de se laisser prendre, sans autres raisons que celles qui commandent la curiosité et le goût des surprises.

 

John Batho


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