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L’Amérique furtivement : Hommage à Henri Cartier-Bresson à la Fnac Montparnasse

Reprise exceptionnelle de l’exposition présentée pour la première fois lors de l’inauguration de la Fnac Etoile en 1991.

Samedi 11 décembre à la galerie-photo de la Fnac-Montparnasse, les fêtes de fin d’année approchant, la foule s’entasse et s’écrase pour sa part de rêve dans la société de consommation... sans savoir qu’au dessus d’elle se joue une sincère excursion... Si proche, furtivement, au sommet de ces quelques marches, un voyage dans le temps, le visage intemporel d’une Amérique visitée et revisitée par le « géomètre obsessionnel ». Un artiste qui se veut artisan et fonde néanmoins Magnum, la plus prestigieuse des agences photo, Henri Cartier-Bresson.

L’Amérique furtivement, ses splendeurs et ses paradoxes, résume la vie du photographe Cartier-Bresson. Il a eu le privilège d’assister à ses obsèques. Beaumont Newhall, sans nouvelles de lui depuis la libération, le croyant mort lui consacre une exposition posthume, en 1946, au Museum Of Modern Art de New York. Maintenant, fin 2004, à la Fnac-Montparnasse. Êtes-vous certain d’être mort M. Cartier-Bresson ?

La sélection de photographies de la FNAC, en partenariat avec l’agence Magnum et la fondation HCB forme un tout : un portrait de l’Amérique, entre 1935 et 1975, vu par Cartier-Bresson.

Cartier-bresson tentait d’atteindre la substance même de la société américaine. Aussi a-t-il construit sa vision de l’Amérique autour des hommes, de leurs gestes, de leurs comportements, de leur vie. Des habitants des beaux quartiers de New York à ceux de l’Amérique profonde, de la vie des noirs dans les ghettos de Caroline du Sud, Henri Cartier-Bresson a dressé une chronique américaine avec le regard, étonné ou critique, amusé ou fasciné.

Les 53 photographies présentées montrent un Cartier-Bresson sans limites et sans entrave. Il s’attache plus à l’homme qu’aux gratte-ciel, et à son visage plus qu’au reste car seul le visage raconte toute une histoire. A New York plus qu’ailleurs, carrefour d’ethnies et de civilisations. Il s’en ouvre, un jour, à un journaliste new-yorkais : « J’aime les visages, leur signification, car tout y est écrit... Avant tout, je suis un reporter. Mais c’est également un peu plus intime que cela. Mes photos sont mon journal. Elles reflètent le caractère universel de la nature humaine. » Quand l’interviewer lui demande ce qu’il cherche à travers le viseur de son appareil, il répond : « Ce que je ne peux pas mettre en mots. Car si je pouvais, je serais écrivain. »

Cartier Bresson nous livre dans ses photographies son opinion profonde des Etats-Unis. Une bonne partie est New-yorkaise.


Quand aux autres, elles offrent une vision incroyablement sombre, pessimiste de ce pays. A croire qu’il ne s’est intéressé qu’aux trains qui n’arrivent pas à l’heure, délibérément... Le cadrage, le ciel, l’espace appellent l’épopée optimiste, le grand souffle, John Ford...le train à vapeur du 19ème siècle roule encore, la voiture du 20ème siècle, en revanche, est morte. Pourtant tous les deux se dirigeaient dans la même direction.

Lorsqu’il photographie les silhouettes des grattes-ciel new-yorkais, il le fait à partir de la rive gauche de l’Hudson avec, au premier plan, les docks de Hoboken fumant après un incendie, pour montrer que, dans cette société où la grandeur et la violence sont étroitement imbriquées, tout se consume vite.

Certes, les sourires existent, mais ils sont rares : Ceux de jeunes New-yorkaises rivalisant de malice face à des jeunes en uniforme. Cartier-Bresson, nous met face à la réalité sociale, qu’il s’agisse de racisme, de pauvreté, d’injustice, d’exclusion, de chômage, de criminalité, de solitude dans la ville, d’inégalités, d’hypocrisie religieuse, de répression, de l’arrogance des nantis. Chaque image est un tableau qui nous met face à un problème de société différent.

Impossible de parler de Cartier Bresson, car tout est déjà dit dans l’univers de ses photographies. Mais impossible, aussi, de parler de lui sans parler de géométrie.

De chacune des scènes représentées, se dégage un fort pouvoir de pénétration, ces images semblent contenir les secrets d’une ultime vérité, d’une perfection universelle et intemporelle. Considérant la photographie comme une diversion, c’est peintre qu’il se croit d’abord et avant tout, et ses photographies nous révèlent les techniques de peintures qui vivent en lui.

Cartier-Bresson, c’est une leçon de cadrage.

C’est dans l’atelier d’André Lhote, dans sa jeunesse, que Cartier Bresson entend pour la première fois une formule qu’il transforme en loi : « Nul n’entre ici s’il n’est pas géomètre. »

Cartier-Bresson a contracté le virus de la géométrie dans l’ombre de Lhote qui en est viscéralement obsédé. A croire que seule la structure donnée au monde permet de retrouver l’ordre dans le chaos.

Lincoln Kirstein, fondateur de l’Ecole du Ballet américain (future New York City Ballet) et essayiste par la photographie lui attribuait des vertus qui sont par excellences les sens de la mesure, l’économie des moyens, une frugalité qui ne s’exerce pas aux dépits de la générosité. A ses yeux, il demeure un artiste qui a trouvé un procédé mécanique pour s’exprimer. L’œil gauche pour le monde intérieur, l’œil droit pour le monde extérieur. La grâce c’est la fusion des deux. L’exposition « Hommage à Cartier Bresson, l’Amérique furtivement », se déploie sur un unique mur, semblable à une frise, sans ordre chronologique sur une période de 40 ans, 13 dates entre 1935 et 1975, les photographies de Cartier-Bresson traversent le temps.

Le regard du photographe reste le même à travers le temps et l’espace. Avant d’être américain les hommes dont il fait le portrait sont considérés avant tout comme des être humains. Que ce soit Marilyn Monroe où un noir d’un ghetto de Caroline du Sud, le regard, le cadrage, et le respect sont identiques. Gandhi quelques heures avant sa mort, Giacometti dans son atelier, les promeneurs des bords de Marne, seraient à leurs places dans cette exposition. Face à l’universalité de ses photographies, cataloguer son œuvre par pays, dates, sujet semble dérisoire. Même s’il change de « Cartier », Bresson reste toujours le même.

Le maître Cartier-Bresson n’est pas mort, et sera toujours présent dans l’inconscient de plusieurs générations de photographes.

Exposition présentée dans le cadre du Mois de la Photo à Paris, novembre 2004. La Fnac remercie Martine Franck, la Fondation Henri Cartier-Bresson et l’Agence Magnum.

New York, 1947 © Magnum photos
New York, 1947
© Magnum photos
Washington, 1948 © Magnum photos
Washington, 1948
© Magnum photos
 © Antoine Durand / Photosapiens
© Antoine Durand / Photosapiens
 © Antoine Durand / Photosapiens
© Antoine Durand / Photosapiens

Informations pratiques :

L’Amérique furtivement
Du 27 octobre 2004 au 8 janvier 2005
Fnac Montparnasse
136, rue de Rennes
75006 Paris
 


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