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L’Enfer

L'Enfer - Photographies 1987-2006

Photographies 1987-2006

Quelles visions avons-nous aujourd’hui de l’enfer ? Quelle vision peut en donner un artiste contemporain ? C’est avec les photographies de Jean-Christophe Ballot et un choix d’œuvres qui nous a paru significatif que s’est imposée la trame de cette exposition. Cette exposition nous invite à un voyage mystérieux, sorte d’introduction, d’initiation à l’univers de Jean-Christophe Ballot. Un voyage infernal qui a toute la beauté du Diable.

Les croyances anciennes, égyptiennes, grecques, romaines en font un lieu invisible des vivants, hanté par des monstres et des démons qui tourmentent les défunts, éternellement sans issue car Hadès y règne en maître cruel qui ne relâche aucun de ses sujets. Pourtant quelques héros de la littérature en reviennent : Thésée, Orphée, Achille, Ulysse, pour mieux édifier les vivants par leurs descriptions.

Dans le vestibule même, à l’entrée des gorges de l’Orcus, le Deuil et le Remord vengeur ont fait leur lit ; là habitent les pâles Maladies, et la triste Vieillesse, et la Crainte, et la Faim mauvaise conseillère, et la hideuse Pauvreté, formes terrible à voir, et la Mort, et la souffrance ; puis le Sommeil, frère de la mort, et les Joies mauvaises de l’esprit, et, sur le seuil en face, la Guerre meurtrière, et les chambres de fer des Euménides, et la Discorde insensé avec sa chevelure de vipères nouée de bandelettes sanglantes.Visite d’Enée aux Enfers, Livre V de l’Enéide de Virgile.

 

Descendre aux enfers, c’est alors descendre au royaume des morts. Plus tard l’église catholique en fera le lieu de punition pour ceux qui ont trop péché et ne méritent pas le paradis. C’est maintenant Satan, Lucifer, le Diable qui tourmentent les âmes. L’enfer est partout dans la littérature et prend des sens très différents :enfer du jeu, enfer de la passion amoureuse, enfer de la guerre… Jusqu’au célèbre « l’enfer, c’est les autres » de Jean-Paul Sartre. Chez certains écrivains, il est déchirant, répugnant, glaçant, pour d’autres il peut être fascinant et même attirant : Rimbaud, Une saison en enfer, Barbey d’Aurevilly, Les diaboliques, et bien sûr Dante et sa Divine Comédie. Les peintres vont se passionner pour ces textes et les prendre à leur tour pour sujet. La Divine Comédie surtout va fasciner beaucoup d’artistes par sa vision infernale qui occupe la place la plus importante du cycle. Le peintre Sandro Botticeli composera une centaine de dessins pour la famille de Médicis. Entre 1824 et 1827 William Blake réalisa une série de plus de cent dessins et aquarelles. Gustave Doré gravera une édition complète de l’œuvre en 1861 et encore Salvador Dali qui réalisera 100 aquarelles illustrant les cent chants de la Divine Comédie

(c) Jean-Christophe Ballot
© Jean-Christophe Ballot

Jean-Christophe Ballot, quant à lui, nous dresse un paysage de l’enfer qui puise aussi bien dans les univers modernes des sites industriels et des machines démoniaques qu’au souffle étrange et inquiétant de cariatides baroques basculant dans le vide. Chute ou rédemption des corps flottant dans les limbes ? Cet escalier aux courbes alambiquées mène à une porte qui ouvre sur quoi ? L’auteur nous laisse libre d’imaginer la suite, ce que notre désir ou nos peurs veulent y voir.

Dans une église mexicaine, des âmes du purgatoire grillent dans les flammes. Les Fleurs du Mal de Baudelaire traînent encore dans les chambres des prostituées des bordels de Surabaya en Indonésie. Des cages du zoo de Berlin, aux murs couverts de carrelages blancs cliniques, suinte une étrange atmosphère SM, avec des compositions de pneus, de chaînes, de filet, d’arbre mort exprimant le néant, une poétique de l’enfermement, avec la figure tutélaire de Piranèse.

Les âmes en perdition semblent habiter certaines sculptures dans la nuit incertaine du musée du Louvre, tandis qu’à Rungis une carcasse de bœuf au rouge vermillon pose devant une porte frigorifique au bleu vif et profond, citation directe au IKB de Klein. L’artiste construit ses images, il les bâtit en architecte. Il compose, ordonne le réel et réalise des compositions complexes qu’il nourrit parfois de citations à des œuvres classiques tout autant qu’il est imprégné du climat des films de Lynch ou de Tarkovski.

Pascal Odille et Christophe Boïcos, Paris février 2008.

(c) Jean-Christophe Ballot
© Jean-Christophe Ballot


Informations pratiques :

L’Enfer - Photographies 1987-2006
Photographies de Jean-Christophe Ballot
Du 27 mars au 26 avril 2008
Galerie Beckel-Odille-Boïcos, Paris 4ème
Vernissage le jeudi 27 mars à partir de 17h00
Soirée jeudi 17 avril 2008, dès 18h, "dernière étape avant les portes de l’Enfer, rite initiatique au Champagne"
 


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