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17/04/08 - Par Delphine Séris (usage interdit)  - 257 visites  -  Impression (PDF) 

L’Instant et son ombre

L'Instant et son ombre

L’Instant et son ombre est le premier essai de Jean-Christophe Bailly consacré à la photographie. Dans ce livre original, l’auteur qui se définit d’emblée comme « non spécialiste » se lance dans une double aventure : comprendre le pouvoir de fascination et d’écho qu’exerce sur lui une très ancienne photographie de W. H. Fox Talbot ; et tenter d’approcher, à partir d’un corpus restreint d’images et de textes, l’essence énigmatique de la photographie.

Musée Nicéphore Niepce de Chalon-sur-Saône, août 2005. Jean-Christophe Bailly achète une carte postale reproduisant la planche X de ce qui est aujourd’hui considéré comme le premier livre de photographies du monde, le Pencil of Nature de W. H. Fox Talbot, publié en 1844. Nommée The Haystack, La Meule de foin , cette photographie fascine Jean-Christophe Bailly et fait surgir des profondeurs de sa mémoire une autre image, apparemment sans rapport : la photographie anonyme intitulée L’Echelle et l’ombre dite de Hiroshima, prise par l’armée américaine au lendemain de l’explosion de la bombe atomique, où l’on voit une échelle blanche posée contre un mur sur lequel s’est imprimée son ombre et celle d’une silhouette humaine. Du « trouble » ressenti lors de ce montage mental, Jean-Christophe Bailly fait le point de départ d’un récit. Il veut comprendre ce « quelque chose » qui dans la photographie de Talbot « prépare la venue de l’autre image », et dont il sent bien qu’il ne peut se réduire à cet objet qu’elles exhibent toutes les deux, une échelle.

Le livre est donc l’histoire de cette quête, personnelle et sensible, qui reconnaît à la photographie un vrai pouvoir d’envoûtement. Elle est menée comme un récit suspens : un lent cheminement mène de la photographie de Talbot autour de laquelle s’organise la première partie de l’essai, à la photographie de la sentinelle d’Hiroshima dans la seconde, selon une « ligne secrète » qui convoque des textes (les commentaires de Talbot sur ses images, des témoignages sur les effets de la bombe atomique) et un certain nombre d’autres photographies : des images anciennes de Talbot ou d’artistes qui lui sont à peu près contemporains comme Charles Nègre ou Félix Teynard ; et des photographies prises à Hiroshima et à Nagasaki après l’explosion atomique.

Le lecteur ne peut qu’admirer l’enthousiasme et la fraîcheur avec lesquels l’auteur se confronte à une si riche matière photographique, à laquelle il parvient à rendre tout son « pouvoir d’appel » : non seulement parce que son regard est irrigué par une large culture qui excède largement les frontières de la photographie, mais aussi grâce au principe du « montage » qui fonde l’essai. La composition du livre montre bien l’intérêt d’une telle démarche : le mystère de l’association initiale est progressivement levé grâce aux nombreux autres « glissements » d’image à image que l’auteur effectue de façon volontaire cette fois, et qui permettent de circuler avec agilité dans un fonds photographique connu dont on pouvait croire l’analyse épuisée. Il n’en est rien. De ces photos quasi mythiques, de ces « figures » dont les légendes, par une fantaisie typographique croissante, se décrochent peu à peu du corps du texte, tout peut encore advenir : rien moins que l’approche de l’essence de la photographie.

C’est en effet cette matière somme toute assez limitée (treize images au total sont reproduites) et a priori hétéroclite, qui amène l’auteur à reprendre et à « secouer » tout ce que charrie la réflexion sur la nature de ce médium, les « vieux schèmes de la présence et de l’absence », les termes de trace et d’indice ; mais aussi à comprendre comment la photographie a révolutionné le statut de l’objet en l’exhibant dans toute sa violence visible, à l’heure où les peintres tendaient à le faire disparaître de leurs toiles. Surtout, ce double corpus issu des origines de la photographie - auxquelles l’auteur souhaite remonter comme à une source - et de ces documents problématiques que Georges Didi-Huberman a nommés des « images malgré tout » permet à Jean-Christophe Bailly de montrer que l’ombre révèle la nature du photographique. De l’ombre de l’échelle posée contre la meule qui démontre pour Talbot la féérie d’une technique capable de capter l’éphémère, à l’ombre imprimée de l’être humain détruit par la bombe, on en revient au temps : à la saisie photographique comme « césure », « interruption » qui « contient le programme de la disparition de ce qu’elle suspend et qu’elle sauve », comme si toute photographie était « le souvenir d’un rayonnement […] et la prémonition d’une ruine, ou d’un effacement ».


Informations pratiques, notation et achat :

160 pages
Collection : Fiction et Cie
Date de publication : 13/03/2008
Format : Broché
20,5 x 14 cm
ISBN-10 : 2020896095
ISBN-13 : 978-2020896092
Prix : 16€
Notes :
Intérêt du sujet : 5/5
Photographies : 5/5
Textes : 5/5
Présentation : 4/5
 


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