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Par Didier Gualeni  - 318 visites  -  Impression (PDF) 

L’alliance, le dieu, l’objet

L'alliance, le dieu, l'objet - Photographies de Catherine De Clippel

Photographies de Catherine De Clippel

Les photos de Catherine De Clippel sont le fruit d’un travail d’équipe. Elles ont été prises entre 1981 et 2003 au Mali avec l’anthropologue Jean-Paul Colleyn et en 1989 au Togo avec les anthropologues Marc Augé, Jean-Pierre Dozon et Jean-Paul Colleyn.

 (c) Catherine De Clippel
© Catherine De Clippel

Il faut être clair : ou bien il y a du fétiche partout, ou bien il n’y en a nulle part. Partout l’homme est dépassé par ses œuvres, partout il attache à certains objets une valeur inestimable, partout il s’étonne des objets d’élection des autres, tandis que les autres s’étonnent des siens. Il suffit de penser à l’importance des reliques et à l’interminable querelle des images dans l’héritage chrétien. Pendant très longtemps pour les explorateurs européens, le fétiche exotique était le symbole même de l’impensable. Plus tard, des anthropologues ont estimé que s’ils ne pouvaient croire eux-mêmes en ces objets étranges, ils pouvaient croire en la croyance et l’étudier comme telle. Peu d’entre eux ont essayé de comprendre vraiment comment les adeptes de ces « cultes à objets » pensent et agissent ; c’est pourtant la première règle de l’enquête de terrain.

 (c) Catherine De Clippel
© Catherine De Clippel

Les objets forts bamana, les fameux boliw, et les représentations qui y sont liées sont porteuses de deux altérités fondamentales : la différence sexuelle et la hiérarchie aînés - cadets. Les boliw se transmettent sur le modèle du mariage : pour les avoir, il faut les épouser et ce sont les aînés qui contrôlent les mariages. Les boliw sont des puissances reproductrices : ils assurent la descendance des individus et la perpétuation de la société. Leur pouvoir repose sur la force accumulée par des générations de savants (somaw). Ces objets, qui procèdent le plus souvent d’une révélation miraculeuse à une époque mythique, sont faits d’un amalgame de centaines de fragments provenant des règnes animal, végétal et minéral : racines, os, griffes, plumes, crocs, minerai de fer, armes et outils miniatures, fils de coton, terre provenant d’une fourmilière, parcelles du corps d’ancêtres, etc. Le boli dépend de celui qui en prend soin : s’il est mal entretenu, il ne produit aucun effet, se délabre et puis meurt, non sans avoir auparavant provoqué des catastrophes. La collecte des parties constitutives, leur arrangement, leur entretien et leur traitement, mobilisent des capacités intellectuelles et artisanales considérables. Les fabricants sont des "hommes de l’art", car de toutes les compétences, c’était naguère la plus grande et la plus appréciée. Celui qui « épouse un boli sait il doit s’y connaître, sous peine d’y laisser la vie.

 (c) Catherine De Clippel
© Catherine De Clippel

Entre les boliw bamana et les vodũ du Golfe du Bénin, le parallèle est frappant. Les vodũ eux aussi ont besoin des hommes, car leur force doit être entretenue par des sacrifices, des fumigations, des dons d’alcool et de crèmes et des saupoudrages de « médicaments ». Comme le boli, le vodũ est une puissance qui se réalise localement, de telle sorte que le vodũ Héviéso d’ici peut être plus fort que le vodũ Héviéso de là-bas. Les vodũ et les boliw sont des dieux puisqu’on leur demande rien moins que les conditions mêmes de la vie, mais ils ont besoin des hommes pour exister et jouer leur rôle. L’individu est en rapport plus ou moins stable avec ses vodũ ou ses boliw. Une maladie vient lui signaler qu’il les a négligés. Un rituel de réparation s’impose alors, pour rétablir la relation de confiance. Certains boliw, comme certains vodũ prennent leurs adeptes en possession et s’expriment parfois par leur bouche. La possession répond à une difficulté commune à toutes les religions : comment rencontrer les dieux, comment trouver à qui parler ?

 

Jean-Paul Colleyn, directeur d’études, Ecole des hautes études en sciences sociales

Le fétiche, c’est l’exercice d’un pouvoir sur ce qui me commande.

 

Jean-Baptiste Pontalis, psychanalyste

Source : Galerie Forêt verte


Informations pratiques :

Photographies de Catherine De Clippel - L’alliance, le dieu, l’objet
Du 21 septembre au 18 octobre 2005
Galerie Forêt verte (Paris, 6 ème)
Entrée libre
 


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