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L’arbre et la forêt

L'arbre et la forêt

La Fontaine Obscure & Image de Ville présentent dans le cadre des Journées du film sur l’environnement organisées par l’association Image de Ville, l’exposition l’Arbre et la Forêt. Douze photographes sont exposés. La manifestation s’articule dans plusieurs lieux, à Aix-en-Provence, Châteauneuf-le-Rouge, Pertuis, Venelles, Vitrolles, du 28 mai au 3 juin 2008.

Eric Principaud

(c) Eric Principaud
© Eric Principaud

Ce n’étaient plus des arbres mais un monde, un temps et un lieu de pluie de cendres et de presque nuit.

La forêt dans son essence, sans la chair, débarrassée du superflu. La forêt mise à nu, squelette aux os noircis par la blancheur de la lumière.

La forêt débarrassée de la couleur, de la peinture. Retrouver le fusain du dessin, son évidence, son acuité. Aller à l’essentiel, retrouver l’âme des choses.

Même pas mort

Silhouettes décharnées et précaires
Abandonnées à la morsure du vent
qui parle d’un passé couleur de cendre et de brume

Folie des hommes

Le fusain des corps sombres
Esquisse le néant

Et pourtant
Dans le trait noir le frémissement d’une aube

Chuchoter encore l’espoir
Clamer l’aurore dans l’agonie
Dans les profondeurs de l’oubli bat une haleine tiède
Douceur accrochée à une ronce
Dans le velours des branches mises à nu
Se dessine
DemainCorinne Moussard

 


André Pharel

Quand André part dans la nature pour prendre des photos, il ne photographie presque pas. Presque jamais. Il s’enfonce dans les fourrés et, dans une quasi immobilité, il laisse son regard se balancer de droite et de gauche, d’avant en arrière, très longuement, dans une gestuelle d’une extrême lenteur, comme hypnotique. Parfois il la trouve cette beauté saisissante, née d’un moment d’équilibre parfait où seul le regard peut se poser.
Cette image, issue de ce tête à tête, silencieux, profondément respectueux, avec la nature devient le témoignage d’une expérience de sa présence au monde.
C’est sans doute pour cela que ces photos se contemplent plus que ce qu’elles ne se regardent.
André a passé son enfance au bord de la Sorgue, fasciné par sa mouvance et sa limpidité. Cette attirance est devenue une aspiration au sens vertigineux du terme : lorsqu’on regarde cette rivière, ses trous d’eau, la vision périphérique est oubliée, une vision de la profondeur surgit et l’on perd pied. C’est une vision de la concentration, celle où le monde se condense, disparaît pour mieux participer - car d’une manière plus intime - à ce nouvel univers. Les Réflexions dans un jardin sont certainement nées de cette mémoire. André y cherche un reflet - ou peut-être une transparence - qui sera comme un trou d’eau. Se réveille alors un monde empli d’échos et de profondeurs où rien n’appartient au hasard, où la plus petite goutte d’eau est vivante et chargée de la vibration de l’image toute entière. C’est un monde qui n’est pas abstrait mais proche de l’essentiel. Si proche que l’on est aux confins de l’imaginaire. Et ces images sont celles d’un univers devenu aussitôt impossible, car elles dévoilent une vérité qui ne peut être réelle... alors, elles sont un peu flottantes, comme mal assurées, et pourtant si justes, si présentes.
Un détail vient d’absorber André. André aime l’insignifiant. L’insignifiant est libre de tout livrer car personne ne lui a jamais rien demandé. Voilà ce qu’il est venu trouver dans "Le refuge d’ocré" et ce qu’il continue à chercher dans les "...autres bosquets".
Ainsi, les lieux qu’il choisit désormais sont sans majesté particulière, ce sont des petits espaces humbles, comme des soupirs dans la grande partition du monde. Témoignant d’un instant, qui écoulé se fait annonciateur d’autres, André provoque des rencontres et tisse des liens presque charnels entre nature, vie, art et esprit, "...car, dans la nature tout est déjà installé. C’est sa discrétion qui étonne. Rien n’est facile pour notre regard humain, incapable de voir tout à la fois... la brindille du premier plan et la feuille plus loin qui vibre dans la lumière." Et pourtant...c’est cette correspondance entre les deux, ainsi que l’espace qui les réunit qui va révéler l’instant parfait de l’équilibre. Pour ces rencontres, il attend qu’une lumière - ou justement son absence - révèle le rayonnement intérieur du monde qu’il a choisi, car c’est à ce moment-là que l’on peut comprendre intensément une couleur, une vibration...et quelque chose de l’esprit du lieu.
Parce que si le vrai regard, le regard juste est, comme le dit Francis Ponge, "le retour de l’esprit aux choses", il ne peut l’être que lorsque l’esprit retourne à ces choses d’une façon qui leur convienne, qui leur soit acceptable. Et cela n’est possible, que si elles "sont décrites de leur propre point de vue." Alors, cette recherche conduit vers une forme d’effacement de soi, seule voie pour s’intégrer à ce petit espace, pour en connaître la quintessence, pour y reconnaître ce qu’il recèle de merveilleux, de sacré.
Ordonner le chaos par le simple regard, y révéler son point d’équilibre, témoigner de ce point ultime avant que tout ne rebascule, de la tension extrême de ce moment...dans l’espoir de se trouver soudain saisi, devant la Beauté devenue évidence, témoin d’un clin d’œil de la Création.
Regarder ce qui est juste là, pour être au plus juste avec soi-même, pour être à sa place. Dans cette démarche, André se place loin des sophistications mentales, déjà par la sobriété des moyens qu’il utilise, et par cette quête de la vision première ; cette vision qui, débarrassée de nos constructions intellectuelles, offre le sensible à la raison, l’invisible au visible, le spirituel au mental. Celle qui permet à l’art de reprendre sa puissance originelle, celle qui ouvre au sublime.Anne Pharel

 


Alain Marsaud : Réjections photographiques

Il s’agit d’une installation de plaques d’inox contenant chacune l’image d’un arbre présenté sous forme de transfert photographique transparent. Les arbres utilisés pour ces images viennent tous de Vendée et appartiennent aux paysages de mon enfance. Ces paysages ont partiellement ou totalement disparu, se sont métamorphosés pour répondre à des besoins nouveaux. Je ne cherche pas l’écho nostalgique des paysages fondateurs de ma mémoire mais simplement la condensation du temps passé, l’idée d’un temps qui recycle en boucles continues plutôt que celle d’un temps qui avance. Pour autant, cette installation participe du cimetière, du paysage et du concept de sédimentation. L’atmosphère ténébreuse y contribue largement. Coupé de son cadre paysagé, l’arbre devient ainsi un indice, une matière temporelle.

(c) Alain Marsaud
© Alain Marsaud

Cette photographie appartient à une série rassemblée sous l’appellation Rejections photographiques. Toute ma réflexion est partie de l’idée largement dominante d’une photographie documentaire pensée comme prédation dans le réel, chasse, capture. Image cynégétique de la photographie depuis et avant Henri Cartier-Bresson. Affirmation première : le photographe avec son œil est un chasseur... Sans renier cette caractéristique prédatrice mon travail met en scène une autre dimension de la capture. Partant de l’observation des rapaces qui saisissent leur proie (figure éminemment photographique), j’utilise principalement la dernière étape de leur activité à travers l’image de la pelote de rejections. Je ne m’intéresse plus à l’image en soi. Si je déserte les images premières c’est pour les enterrer des années durant dans mes archives et les " régurgiter " sous des formes contingentes. J’éprouve le besoin de passer par ces lentes sédimentations où les images se déplacent, se contaminent à travers le temps et l’espace de la mémoire à l’intérieur de l’archive. En somme, ce qui m’intéresse, ce n’est pas l’image en soi, mais la part insoluble, non montrable de toute photographie. Ce qui résiste dans l’image. Que reste-t-il de toutes ces images que personne ne voit, qui ne répondent pas toujours aux nécessités d’une monstration immédiate ? Des bois flottés rejetés et que j’essaie d’organiser, de recomposer dans des mises en scènes issues du contact entre mes archives photographiques et le monde dans lequel je vis.


Fernanda Rimini : A propos d’un arbre

(c) Fernanda Rimini
© Fernanda Rimini

Au début je photographiais des paysages

et puis, je photographiais des arbres dans le paysage

ensuite, c’était des arbres seuls

après, des morceaux des arbres

petit à petit c’est devenu une obsession

je ne voyais que des arbres partout.Fernanda Rimini

 


Henri Kartmann : Loss on Ignition

 [1]

(c) Henri Kartmann
© Henri Kartmann

Depuis quelques années nos forêts sont la proie d’incendies dévastateurs.
Les collines surblombant Manosque ont brûlé durant l’été 2005.
A ma manière, j’ai voulu en rendre compte.
Comme souvent, la position du photographe est ambiguë, partagée entre l’effroi provoqué par la dévastation du paysage et le sentiment d’être le témoin de la résurgence des forces originelles.
Les coulées de sève en fusion dessinant sur les troncs calcinés des signes semblables à des stigmates ont impressionné la plaque sensible...
Je me suis assigné le but de rechercher et de montrer ce qui se passait au delà, presque au niveau de la matière, et comment ces images déclenchent toutes sortes d’échos.
Même si le désir de faire de belles images peut sembler en soi équivoque en ces circonstances, j’ai tenté de dépasser l’exercice de style, d’aller au delà du superficiel et de toucher à l’essentiel et non à l’anecdotique.Henri Kartmann

 

(c) Christine Elsinger
© Christine Elsinger

(c) Francis Jalain
© Francis Jalain
(c) Christian Ramade
© Christian Ramade
(c) Claude Agnés
© Claude Agnés
(c) Claude Agnés
© Claude Agnés
(c) Tadeusz Paczula
© Tadeusz Paczula

[1] La perte au feu ou LOI (loss on ignition en anglais) est la perte de masse qui résulte de la calcination d’un matériau.


Informations pratiques :

L’arbre et la forêt
Exposition collective
Du 19 mai au 3 juin 2008
Arteum Musée d’art contemporain, Chateauneuf-le-Rouge (13)
Vernissage le mercredi 21 mai 2008 à 18h
Du Lundi au Samedi de 15 h à 19 h
 


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