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20/04/07 - Par JP. Houdry (usage interdit)  - 1617 visites  -  Impression (PDF) 

L’image sans qualités

L'image sans qualités - Les beaux-arts et la critique à l'épreuve de la photographie : 1839-1859

Les beaux-arts et la critique à l’épreuve de la photographie : 1839-1859

Le sous-titre de l’ouvrage « Les beaux-arts et la critique à l’épreuve de la photographie 1839-1859 » est plus directement explicite que le titre lui-même. Effectivement, en 1839, à l’annonce de l’invention de la photographie, la tradition picturale de la représentation du réel va se trouver face à une donnée scientifique popularisée sous l’aspect d’une plaque de verre, le daguerréotype. Dès lors, on le sait, les dessinateurs, caricaturistes, peintres ne sont plus les seuls à traduire la réalité visible : la photographie, procédé chimique de représentation fondée sur la reproduction du réel, va bousculer les règles de l’esthétique.

Combat entre les anciens et les modernes, combat des chefs de la tradition artistique comme Baudelaire qui assimilera la photographie dans le rôle de « la petite maîtresse » ou comme Gautier clamant celui de l’humble servante. Durant les deux décennies 1839-1859, les critiques des théoriciens comme des peintres et sculpteurs fusent (Delacroix, Courbet dont le fameux réalisme est directement concerné par la veracité de l’image photographique). Dès lors, on va opposer le beau (les arts traditionnels) au vrai (ce procédé de reproduction mécanique sur plaque de cuivre ou de verre). La trivialité du réel, la réalisation copiée directement par la machine vont entraîner de vives, très vives, réactions.

On pourra pourtant voir qu’au fil du temps, le combat entre peinture et photographie ne fera que transformer l’une et l’autre des deux disciplines (le retour au pictoralisme marquera la volonté de la photographie de se dégager des formes serviles de la copie pour se rapprocher d’une identité plus picturale). De même, le mouvement impressionniste pictural pourra être interprété comme une volonté de se dégager de la peinture classique. En fait, l’invention de la photographie permettra de bouleverser un monde artistique un peu figé dans ce début de 19ème siècle.

L’ouvrage de Paul-Louis Roubert est très riche, très documenté sur cette période. Il permet de revisiter le monde artistique de l’époque où les grands noms de cette « science » naissante (Louis Daguerre, Nicéphore Niepce, Hippolyte Bayard, Fox-Talbot, etc...) côtoient les grands noms de la tradition des arts établis (Gustave Courbet, Théophile Gautier, Eugène Delacroix, Paul Delaroche, etc....). Il pose la question du devenir de l’art fonction de représentation ou fonction d’expression pure. La photographie et la peinture vont évoluer et se remettre en question. L’art figuratif (lié d’ailleurs aux deux disciplines) va se transformer en art du ressenti. Le romantisme de l’impressionnisme va imposer une nouvelle peinture ; la photographie pictoraliste, lasse d’imiter la peinture, se transformera aussi par une approche plus interprétative, donc plus subjective et abstraite.

Notre époque qui marque le remplacement de l’image chimique par l’image électronique doit nous permettre, grâce à ce livre, de méditer sur l’évolution des techniques de la révolution industrielle du 19ème siècle

Présentation de l’éditeur

En 1839, l’annonce de l’invention de la photographie sous l’aspect du daguerréotype est un événement majeur qui place la société au cœur d’une ère nouvelle pour l’art : une image synonyme de précision, de vérité et d’invulnérabilité met en crise tout un pan de la représentation fondée sur la figuration et l’imitation des formes du visible. Des portraits ou scènes de genre dus à des artistes tels que Meissonier jettent le trouble quant à l’utilisation d’un outil que la critique n’acceptera jamais mieux que maintenu dans le rôle de la " petite maîtresse " (selon Baudelaire, en 1855) ou dans celui de " l’humble servante " (selon Gautier, en 1857). Durant deux décennies on assiste à des polémiques où sont entraînés critiques et théoriciens - Gautier, Baudelaire, Janin, Delécluze, Töpffer... - mais aussi peintres et sculpteurs - Ingres, Clésinger, Delacroix, Meissonier, Courbet, Gérôme... Au-delà de la suspicion entretenue à l’égard de certaines œuvres présentées beaux-arts, la critique d’art est confrontée à la crainte de voir s’imposer auprès des artistes et du public le modèle de création mécanique véhiculé par le daguerréotype. Ainsi, à partir de 1839, se pose la question de l’évaluation d’un art contemporain de la photographie : la menace qui se profile ne tient pas tant à l’assimilation de la photographie à l’art par une élite, qu’à celle de l’art à la photographie par le public. Ce livre retrace la naissance d’un affrontement entre une image jugée sans qualités et un art dès lors contraint à se redéfinir. au regard des arts.


Informations pratiques, notation et achat :

Broché avec rabats
176 pages
95 illustrations
Date de sortie : novembre 2006
ISBN : 2858229090
Dimensions (en cm) : 22 x 28
Prix : 39 euros
Nos appréciations :
Sujet : 4/5
Photos, impression : 4/5
Textes : 5/5
Esthétisme : 4/5
 


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