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Exposition photo

LABO PHOTO : 6 photographes africains en Seine-Saint-Denis

LABO PHOTO : 6 photographes africains en Seine-Saint-Denis

« Si on te coupe les cheveux dans le noir, écarte bien les oreilles. » Ce proverbe peul cité par Malick Sidibé, l’un des rois-images du Mali, pourrait servir d’ambassadeur à LABO PHOTO, une exposition allègrement singulière qui réunit six photographes africains en Seine-Saint-Denis : Hicham Benohoud (Maroc), Ananias Leki Dago (Côte d’Ivoire), Youssouf Sogodogo (Mali) Nadia Ferroukhi (Algérie), Emeka Okereke (Nigeria), et Sergio Santimano (Mozambique).

LABO PHOTO est une idée simple : proposer à des photographes africains de mettre en boîte la réalité de l’Afrique en Seine-Saint-Denis. Ce qu’ils voient comme ce qu’ils imaginent, l’important étant de saisir cette présence africaine, d’en révéler la multiple complexité, aussi une certaine vérité derrière les clichés si joliment convenus quand il s’agit d’évoquer un continent longtemps nié.

Ce qu’ils ont vu ressemble à un début d’histoire. Sans miroir, chacun s’est essayé à prendre ces éclats d’Afrique dans la rue, sous la pluie, à l’intérieur des foyers et des familles, autour des cités, et même dans les salons de beauté où se tresse l’amitié. Tout n’est pas rose, tout n’est pas noir ou blanc dans le 93. Mais ce qui se réfléchit dans LABO PHOTO, c’est l’idée d’une photographie qui s’accorde à regarder l’autre sans lui demander sa carte d’identité. Une promesse d’ouverture sur notre monde, en quelque sorte.

- Brigitte Ollier, commissaire de l’exposition
- Pierre Deltombe, scénographie
- Freddy Denaës et Gaël Teicher, L’Œil en Cascade

LABO PHOTO est une action initiée par L’Œil en Cascade (Montreuil), qui a accueilli Youssouf Sogodogo en résidence, ainsi que Nadia Ferroukhi, Emeka Okereke et Sergio Santimano, en mission à travers le département de la Seine-Saint-Denis.

L’association Espace Khiasma (Les Lilas) a accueilli la résidence de Hicham Benohoud, et le Forum de Blanc-Mesnil celle de Ananias Leki Dago.

Ce projet existe grâce au partenariat et au soutien financier du Conseil général de la Seine-Saint-Denis, de l’AFAA (Association Française d’Action Artistique) et du FASILD (Fonds d’Action et de Soutien pour l’Intégration et la Lutte contre les Discriminations).

LABO PHOTO sera exposé au Forum de Blanc-Mesnil, du 24 septembre au 3 décembre 2005, et du 10 novembre au 10 décembre 2005 à Bamako (Mali), à l’occasion des 6e Rencontres africaines de la photographie.

Hicham Benohoud

Hicham Benohoud a presque transposé et mixé dans les intérieurs lilasiens ses « systèmes » de la Salle de classe et de Version soft : il s’est agi tout à la fois de mettre en scène les corps dans leurs espaces familiers, et les visages au moyens d’objets quotidiens. A travers ces portraits qui, tristes ou gais, n’en restent pas moins toujours ludiques, Benohoud donne une vision on ne peut plus personnelle de l’Afrique en Seine-Saint-Denis : celle d’individus apparemment détachés du corpus collectif, mais rattrapés par celui-ci au travers de tout ce qui les travaille malgré eux.

Mon travail est comme un contrat, les gens adhèrent - ou pas. Je rentre chez eux, j’improvise et je refuse de revenir une autre fois. C’est une contrainte dans un espace-temps, je dirige et je crée moi-même cette action contrairement au reporter, qui enregistre.

 

Hicham Benohoud

Ananias Leki Dago

De son séjour à Blanc-Mesnil, Ananias Leki Dago a ramené une série de paysages qui racontent cette banlieue avec finesse et douceur. Une vision presque surréelle, loin des clichés usuels, réalisée au petit matin, en pleine brume, et à travers laquelle Ananias Leki Dago a su remettre en question ses propres forces, celles du noir et blanc très contrasté, de la recherche géométrique très tranchée : ses photos de Blanc-Mesnil sont autant de tableaux impressionnistes en noir, blanc et gris.

Ma langue maternelle est le français. Mes parents nous parlaient en dida, nous répondions en français. Mais je parle aussi nouchi, le créole urbain ivoirien, c’est notre identité culturelle. Le créole, c’est une liberté de parole, on déconstruit une langue pour en construire une nouvelle. La photographie, c’est mon créole.

 

Ananias Leki Dago

Youssouf Sogodogo

Pour rendre compte de cette tristesse, mais aussi de la vie qui la masque, Youssouf Sogodogo a cette fois mis sa photo à l’épreuve du la vitesse, du mouvement, du flou, jusqu’à parfois atteindre à une photographie presque expérimentale, une photographie de sensation, d’une intense poésie. Sans pour autant jamais abandonner le modeste humanisme de son regard, son attention portée aux gens, à leurs instants les plus intimes, quand les pensées, les sentiments, se lisent sur les visages ou sur l’attitude d’un corps, la pose non maîtrisée, le mouvement imparfait.

A Montreuil, j’avais envie de photographier les foyers où vivent les Africains. Beaucoup ont refusé. Non par peur de la photographie, mais ils ne souhaitent pas être photographiés ainsi. Leur tristesse est réelle. Même s’ils me font confiance, ils ne comprennent pas à quoi serviront ces images. Ce n’est pas facile de vivre dans un foyer.

 

Youssouf Sogodogo

Nadia Ferroukhi

Et si « la beauté africaine », les salons de coiffure choisis par Nadia Ferroukhi pour son reportage en Seine-Saint-Denis, n’étaient qu’un prétexte pour parler racines, tresses, nœuds... ? Mais non : cette attention aux visages, à ce qu’ils captent de lumière et ce qu’ils offrent de beauté, cette netteté d’un regard parfaitement frontal, empathique, cette façon qu’a toujours Nadia Ferroukhi de regarder son sujet à hauteur d’homme, tout cela évoque bien la beauté africaine...

Certains prétendent qu’on est photographe quand on gagne sa vie en photographiant. Moi, je me réveille et je m’endors avec la photographie. Mon métier, c’est de témoigner et de raconter une histoire en images.

 

Nadia Ferroukhi

Emeka Okereke

En transit en région parisienne, Emeka Okereke a pris son propre état comme sujet, et s’est attaché à photographier le transport, le trajet, l’aller-retour, vus comme une geste plus que comme un déplacement. En résultent deux travaux complémentaires : la fixité du regard sur un tunnel où passent et re-passent les gens, et le regard au contraire « fouineur » dans le métro, comme des notes photographiques sur ceux qui s’y laissent transporter presque mécaniquement.

Le tunnel était mon studio photo, et j’ai gardé son architecture. Africains ou non Africains, les gens ne font que passer, il ne se passe rien : mes photographies sont les traces de leur passage. S’il y a peu de gens, c’est intentionnel.

 

Emeka Okereke

Sergio Santimano

Dans la droite ligne de son travail habituel, Sergio a travaillé comme un pur photo-reporter, photographiant effectivement la pluie et ses effets, mais toujours en recherche de la lumière juste, celle qui raconte l’ailleurs rêvé, regretté ou simplement trimballé - cette lumière presque romanesque qui est l’empreinte personnelle de Santimano au sein de la grande école de reportage photographique mozambicaine.

Quand je suis venu à Paris, il pleuvait, comme à Bobigny et à Saint-Denis. Je n’avais encore jamais vu le canal, qui est comme de l’eau morte, et j’ai imaginé des Africains se promenant tranquillement sur les rives. Je me suis senti seul dans les rues, je marchais, je cherchais le bon moment.

 

Sergio Santimano


Informations pratiques :

LABO PHOTO, 6 photographes africains en Seine-Saint-Denis
Du 24 septembre au 3 décembre 2005
Forum de Blanc-Mesnil (93)
Vernissage le 1er octobre à 15h
 


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