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La Bourse du Talent chez Picto

La Bourse du Talent chez Picto

Ils sont quatre. Quatre jeunes photographes découverts par les trois bourses du Talent organisées en 2005 par Kodak Professionnel, Picto, Prophot et photographie.com. Exposés sur les cimaises de Picto Bastille, ils représentent les tendances de la jeune photographie d’aujourd’hui, à mi-chemin entre le documentaire et le travail plasticien. Faisant le grand écart entre des formes et des approches du réel très diverses, ensemble ils constituent le regard que les jeunes photographes portent sur le monde et révèlent la manière dont ils jouent avec leur médium.

L’espace, Paysage et Architecture : Laure Bertin, Apnée

 (c) Laure Bertin
© Laure Bertin
 (c) Laure Bertin
© Laure Bertin

« Lieux similaires à des maquettes ou des décors, scène d’un théâtre de l’absurde où se joue un ennui plombant... Espaces vides et glacés, entourant parfois des êtres seuls, pris dans une attente indéfinie.. » Des photographies d’errance à travers les métropoles occidentales, sous influences diverses : Marc Augé, Samuel Beckett, Albert Camus, Edward Hopper, Gilles Lipovetsky, Philip Lorca-di-Corcia ou George Segal. Laure Bertin a réalisé un véritable travail de plasticien s’inscrivant parfaitement dans la mouvance actuelle, notamment par le refus de saisir un « instant décisif » cher à Henri Cartier-Bresson et désuet aux yeux de nombreux artistes contemporains. Son originalité réside dans le format : de petits tirages 60x90 cm, alors que l’on a l’habitude, depuis Jeff Wall, de voir le travail des plasticiens étalé sur des panneaux 100x200 cm.

Reportage : Régina Monfort, Méthamphétamine

 (c) Régina Monfort
© Régina Monfort
 (c) Régina Monfort
© Régina Monfort

C’est au cours d’un voyage au coeur de l’Amérique que la jeune femme a découvert la popularité de la methamphétamine, connue également sous le nom de « cristal meth », cette drogue de plus en plus consommée aux Etats-Unis. La photographe a travaillé sur les expériences individuelles de dépendance et de sevrage à Topeka, dans l’état du Kansas. Rendue populaire par les gangs de motards tels les « Hells Angels » et les « Sons of Silence » dans les années 70, la méthamphétamine est demeurée la drogue de choix pour la population rurale des Etats-Unis. Appelée « la cocaïne du pauvre », elle peut être fabriquée à domicile et à moindre coût. Documentariste sans concession, Regina Monfort a suivi notamment Dorothy, 52 ans, mère de quatre enfants, vendeuse de méthamphétamine, dont le mari et le fils sont consommateurs et Brandon, 23 ans, qui a survécu à quatre overdoses. La photographe travaille à la réalisation d’un montage audiovisuel qui mêlera ses images et les témoignages qu’elle a recueilli sur son magnétophone.

Reportage, mention spéciale : Emile Loreaux, Je suis une tomate

 (c) Emile Loreaux
© Emile Loreaux
 (c) Emile Loreaux
© Emile Loreaux

Qui suis-je ? Il y a des questions sans réponses, mais quant à connaître la provenance d’une tomate que l’on vient d’acheter, si on le souhaite, c’est possible. Le photographe a déchiré le morceau de carton où il y avait l’adresse des tomates et il s’est rendu à Rungis. Il a montré son bout de carton à un chauffeur de camion, qui ne parlait pas la même langue. Ce dernier a eu l’idée d’appeler son patron en Espagne. Emile Loreaux est parti pour Almeria sans beaucoup d’espoir sur la qualité de ces tomates qui ne pourrissent pas. Sur place, il est passé des invitations aux menaces lorsqu’il a voulu rencontrer les travailleurs, plus de 20000 personnes à travailler et vivre dans les 35000 hectares de serres qui colonisent depuis vingt ans un ancien désert, « la mer de plastique ». Des Marocains, sans papiers, qui côtoient une main d’oeuvre venue des pays de l’Est avec des contrats de travail précaires. Par ce travail, le jeune photographe souhaite alerter sur les conséquences de certaines attitudes de consommation, en suivant à rebours le parcours d’une tomate. Un exemple de délocalisation au sein de l’Europe. Un esclavage moderne que certains érigent en modèle économique.

Portrait : Aurore Valade, Intérieur avec figures

 (c) Aurore Valade
© Aurore Valade
 (c) Aurore Valade
© Aurore Valade

Quand elle évoque son travail, Aurore Valade préfère parler de « galerie de personnage », plutôt que de « galerie de portraits ». Réfutant toute recherche d’identité ou d’intériorité, elle s’intéresse aux espaces intérieurs et aux figures qui les habitent, à la Persona et au masque. Composées comme des tableaux vivants, ses images se réfèrent à la fois à la peinture et au théâtre. Univers de redondances et de dédoublement ; jeux de correspondances et enveloppement baroque des intérieurs domestiques : les lieux de vie lui servent de modèles, comme de petits musés privés dans lesquels la profusion de détails et d’objets en tout genre porte les signes de leur époque.


Informations pratiques :

Bourse du Talent 2005
Du 15 décembre 2005 au 31 janvier 2006
Espace Picto Bastille, Paris (11ème arr.)
Vernissage le 15 décembre de 18h à 21h
 


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