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La Photographie timbrée

Cette exposition est consacrée à ce qui a été, quelques années avant la presse ou le livre illustrés, le premier support à offrir à la photographie une diffusion de masse : la carte postale. Dès 1900, le succès populaire des cartes postales photographiques est immense. Parallèlement aux vues de villes ou de villages, les éditeurs publient également, sous l’appellation générique de "cartes postales fantaisies", des images plus "créatives" : cartes de vœux ou de 1er avril, proverbes mis en images, scènes imaginaires, comiques, voire érotisantes. Pour réaliser ces curiosités visuelles, les photographes opérant pour les éditeurs ont recours à toute une panoplie d’effets techniques — montages, surimpressions, déformations optiques, gros plans, etc. — bien connus des professionnels, mais encore assez peu du grand public. C’est cette extraordinaire inventivité visuelle, déployée par l’industrie de la carte postale dans les premières décennies du XXème siècle, que l’exposition se propose de montrer.
L’exposition sera présentée dans le cadre d’un espace totalement repensé, avec une scénographie conçue à la fois pour privilégier la lecture intimiste des originaux et pour favoriser l’immersion du visiteur dans leur incroyable foisonnement visuel, grâce à des agrandissements projetés. Elle s’articulera autour de trois grands axes — les cartes postales des éditeurs, les cartes postales des studios, et les cartes postales des amateurs — mis en regard avec leurs répercutions sur les artistes des avant-gardes des années 1920-1930 qui utilisèrent ces cartes postales comme matériaux ou comme modèles de leurs propres œuvres.
les cartes postales des éditeurs
Dès l’orée du XXème siècle, les éditeurs tablent sur la diversité de la carte postale et proposent autant des images topographiques que politiques, publicitaires ou fantaisies. C’est cette dernière catégorie qui est privilégiée dans cette exposition, car c’est celle, précisément, qui fait la part la plus belle à l’imagination visuelle. L’appellation générique de "fantaisie" réunit alors les cartes de vœux ou d’anniversaire, les saynètes comiques, les jeux de mots mis en images, les curiosités optiques, bref toute une iconographie qui ne se prend pas au sérieux, pour le plaisir des yeux. Si elles empruntent beaucoup aux registres de séduction de l’iconographie populaire, ces images fonctionnent surtout sur la surprise visuelle. Elles utilisent pour cela des techniques photographiques connues des spécialistes (double exposition, déformation optique, montage, etc.), mais pas du grand public. Ce sera là, en fait, la première rencontre à grande échelle de deux modes de fascination : celui de l’iconographie populaire et celui de l’image photographique, une rencontre dont on sait combien elle sera féconde au XXème siècle.
les cartes postales des studios
Peu après 1900, les petites officines de portraitistes, installées dans les fêtes foraines, les lieux de villégiature ou les villes de garnison, commencent également à adopter quelques-unes des idées visuelles des cartes postales fantaisies : montages, accessoires, décors, etc. En proposant ces poses curieuses ou amusantes qui sont tirées sur papier carte postale et donc destinées à être commentées, puis expédiées, ces portraitistes offrent à leurs clients des cartes postales fantaisies dont ils sont eux-mêmes les acteurs. Ils instaurent de ce fait un nouveau rapport du sujet à son image et renouvellent le genre du portrait jusqu’alors si sérieux.
les cartes postales des amateurs
Les photographes amateurs ne tardent pas, à leur tour, à s’approprier l’imagerie ludique des cartes postales fantaisies. Ils sont en cela encouragés par l’industrie photographique qui met à leur disposition différents accessoires et notamment des papiers cartes postales sur lesquels ils peuvent exposer directement leurs images. Se développe ainsi, dans la sphère privée, toute une iconographie récréative, foisonnante d’idées, de trouvailles, de curiosités et largement inspirée par l’imaginaire visuel de la carte postale fantaisie.
Les avant-gardes des années 1920-1930
Les artistes des avant-gardes furent tout d’abord de simples "usagers" de la carte postale. Ils l’utilisèrent comme l’un des supports privilégiés de leur propre correspondance et leurs archives conservent nombre de ces cartes. Certains photomontages dadaïstes furent même directement réalisés sur des cartes postales et envoyés comme telles. Objet de collection dont l’enjeu était une image, tirée sur carte postale, celle-ci intéressa également les artistes des avant-gardes comme un matériau à part entière. Dès la fin des années 1910, des fragments de cartes fantaisies apparaissent en effet dans plusieurs collages dadaïstes et en particulier dans ceux de Hannah Höch. Chez quelques surréalistes, le processus d’appropriation ira même, dans la décennie suivante, jusqu’à l’inclusion directe de quelques cartes postales dans leurs peintures et certains tableaux de Robert Delaunay, de Francis Picabia ou de René Magritte sont directement peints à partir de cartes postales fantaisies.
Informations pratiques :
La Photographie timbréeExposition collective
Du 4 mars au 18 mai 2008
Jeu de Paume, Site Hôtel de Sully, Paris 4ème
Plein tarif : 5 € / Tarif réduit : 2,50 €
En savoir plus sur :
- Jeu de Paume - site Hôtel de Sully Lieu d’expo
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