Exposition photo Paris (75)
Par Centre Iris
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La Vida es Sueno / La Vie est un Songe *

Zaïda Kersten
C’est à la plus mythique des œuvres de la littérature espagnole que l’exposition de Zaïda Kersten emprunte son titre. La filiation ibérique entre Pedro Calderon et la photographe se prolonge dans une même interrogation autour du rêve et de la réalité, de la porosité de leur frontière. Zaïda Kersten concentre ce questionnement à travers le prisme du corps et de sa relation à l’espace, en trois séries réalisées entre 2005 et 2009.
* La vie est un songe (titre original : La vida es sueo) est une pièce de théâtre espagnole métaphysique, écrite en 1635 par Pedro Calderon de la Barca. Cette pièce, qui s’inscrit dans le théâtre baroque espagnol, propose une réflexion sur l’illusion et la réalité, le jeu et le songe. La pièce est découpée en trois journées ; deux intrigues s’entremêlent. L’action se déroule dans une Pologne fictive, proche d’une forteresse, sans aucun souci de vraisemblance.
Qu’est-ce que la vie ? Une fureur.
Qu’est donc la vie ? Une illusion,
Une ombre, une fiction ;
Le plus grand bien est peu de chose,
Car toute la vie n’est qu’un songe,
Et les songes mêmes ne sont que des songes.
Pedro Calderon, La Vie est un Songe
La première série, intitulée « Scènes » nous emmène sur les rivages de l’auto fiction et du rêve.
Plonger dans ce corpus de 40 images, pour la plupart présentées en diptyque, c’est plonger dans un univers onirique, à la fois sensuel et introspectif. C’est à une fiction intime que nous convie la photographe. Nous devenons les spectateurs d’un rêve, devenu tangible par l’alchimie de la photographie.
Au cœur d’un songe dont elle est l’unique protagoniste, Zaïda Kersten questionne le corps et l’espace. Elle se met en scène de manière dépouillée, parfois crue, et prend le risque d’une descente en elle-même que l’on peut deviner douloureuse, dangereuse, mais sans doute viscérale. A l’instar de Francesca Woodman, les tirages de petits formats nous obligent à nous rapprocher, nous invitent à nous frotter à une forme de sensualité grave, où l’on sent l’urgence, la blessure, mais aussi le manque et la solitude. Nous devenons les voyeurs du personnage fantomatique incarné par la photographe, au plus près de ses mouvements indécis et de son errance. Le lien intime avec le lieu est puissant : toute tentative d’en sortir semble vouée à l’échec.
La sensualité du rêve se heurte à l’enfermement. Zaïda Kersten est-elle prisonnière de ce songe, de son rêve ? Lui impose-t-il sa loi ? La mise en abyme du procédé de l’autoportrait est aussi révélateur : le fil du déclencheur présent dans nombre d’images est la corde qui l’attache à cet espace vide, théâtre d’une comédie humaine désertée de tout participant. Malgré les signes d’une tentative de fuite – une valise, des chaussures sur le sol d’un couloir, etc – Zaïda Kersten peut-elle quitter ce lieu ? Ou bien en est-elle la captive consentante, recluse en son propre songe ?
Dans la série « Romanç Blau », dont 20 images sont ici présentées, Zaïda Kersten transfigure la puissance de la relation charnelle en une pratique physique empirique et complexe. Les prises de vues à l’origine sont simples, en extérieur, à la lumière du soleil, au bord d’une plage, ou chez elle sous l’éclairage d’une lampe de bureau. Le processus commence alors dans une longue gestation au laboratoire. La cyanotypie et la kallitypie demandent une mise en place lourde et longue. Les négatifs sont agrandis en contretypes positifs, puis agrandis en négatifs géants, de la taille de l’image finale. Le papier doit être préparé, enduit au pinceau, exposé aux rayons UV.
Zaïda Kersten part d’une simple admiration, et, petit à petit, reprend les rênes de la vie et crée cette image dans son cheminement maîtrisé, étape par étape.
Les 10 paysages désertiques, objets de la série « Sol y sombra », ont en commun avec ces autres séries un questionnement sur l’espace, comme théâtre d’un possible, où l’anecdotique est banni, où la figure humaine est absente. Leur aridité vient en écho à la sensualité dépouillée des autoportraits de Zaïda Kersten. Son questionnement sur le territoire rejoint celui sur le corps. La texture induite par le procédé de reproduction kallitypique est en parfaite adéquation avec la matérialité végétale et minérale de ces grands espaces.
Cette fois-ci, elle semble atteindre une sérénité .
Ces grands espaces sont la scène de ses songes.
Zaïda Kersten est née à Calafell (Espagne), en 1976.
Elle vit à Paris et travaille comme journaliste et photographie indépendante.






Informations pratiques :
La Vida es Sueo / La Vie est un Songe *Photographies de Zaïda Kersten
Du 13 janvier au 6 mars 2010
Centre Iris pour la photographie (Paris 3ème)
du mardi au samedi de 14h à 19h
Vernissage le 12 janvier 2010 de 18h30 à 21h
Agrandir le plan
238, rue Saint-Martin
75003 Paris
Tél : 01 48 87 06 09
http://www.centre-iris.fr
Entrée libre du mardi au samedi de 14h à 19h
En savoir plus sur :
- Zaida kersten Photographe
- Centre Iris Lieu d’expo (abonné annuaire)
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