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Par Delphine Séris
29/08/08 2255 visites Impression (PDF) |
Livre photo monographie, catalogue d’exposition
La boîte de Pandore

Une promenade onirique dans l’univers de la faïencerie de Gien
Qui d’autre que la photographe Catherine Poncin pouvait réaliser cette plongée dans la mémoire de cette célèbre faïencerie créée en 1821 ? C’est sa prédilection pour les archives, qu’elles soient familiales ou institutionnelles, publiques ou privées, et la virtuosité avec laquelle elle leur donne une deuxième vie, qui ont séduit le président de la manufacture de Gien. Désireux de valoriser le patrimoine de son entreprise, Louis Grandchamp des Raux a ainsi donné carte blanche à l’artiste, et lui a ouvert ateliers, greniers et recueils de décors. De cette commande sont nés quatorze montages photographiques au format imposant dont rend compte ce petit livre. Catalogue d’exposition, il donne un accès privilégié à l’univers de Gien, territoire mystérieux habité de chimères et de samouraïs.
Catherine Poncin se qualifie volontiers de « rephotographe » : c’est essentiellement à partir d’« images trouvées », déjà faites, déjà regardées, qu’elle construit une image nouvelle, par décomposition et recomposition. En attestaient ses précédentes séries, Vis-à-vis Miramas et Vis-à-vis Seine Saint-Denis consacrées aux albums de famille, comme son travail sur les archives photographiques de la ville de Bobigny, Du champ des hommes, territoires. Avec cette commande de la manufacture de Gien, Catherine Poncin s’est lancée dans une aventure assez différente : ces montages que l’artiste nomme des « pièces photographiques » utilisent bien quelques photographies issues des archives de l’entreprise, ici un fragment d’image publicitaire des années 70, ailleurs la fiche d’inventaire d’une potiche fleurie… Mais l’essentiel des images qui composent ces triptyques et polyptyques ne sont pas des photos de photos : dans une faïencerie, les archives ne sont pas essentiellement photographiques. D’autres types d’empreintes racontent l’histoire de la manufacture et ses traditions : les moules anciens en plâtre permettant le façonnage, les dessins et cartons qui constituent le vaste répertoire des motifs utilisés pour décorer les objets. Catherine Poncin rend hommage à cette richesse ornementale en organisant quasiment tous ses montages autour d’un ou de plusieurs motifs : un décor aux pivoines, une marine, un vol de cigognes dans un ciel vert de cauchemar… Ce faisant, apparaît la grande variété des supports utilisés pour conserver ces motifs, et donc, se dit-on, des procédés techniques de décoration : les pivoines semblent s’épanouir sur un papier aussi translucide que la soie, alors qu’ailleurs c’est sur une dalle de pierre qu’émerge, en relief, un fier profil de déesse classique.
Feuilleter ce livre donne donc accès à ce qui, pour le profane, relève de l’invisible : de ce que l’on ne voit en tout cas ni sur une table dressée pour un dîner, ni dans les magasins qui n’exposent que les objets finis. La mémoire de Gien nous permet de découvrir certaines des étapes par lesquelles passe une faïence : le bain d’émail où le liquide jaillit comme d’un téton, l’attente de décor pour des œufs immaculés, la mollesse de la pâte crue. En cela, ce livre constitue une sorte de remontée vers l’origine, vers les différents états de la matière avant l’épreuve du feu. Mais l’enjeu de la série n’est pas pour autant de nous faire comprendre le fonctionnement de la manufacture. Plusieurs indices en attestent : d’abord, l’usage fréquent du très gros plan et du contre-jour qui brouillent la vue et l’identification claire des objets. Nous peinons à distinguer ici une gueule hurlante de loup dévorée par l’ombre, là une chose dont seule compte la rondeur maternelle ; d’autre part, le simple fait que les fragments composant les montages ne suivent pas la chronologie des étapes de fabrication dit bien que l’essentiel n’est guère d’illustrer un parcours technique. Sans les courtes légendes reléguées en fin d’ouvrage et qui accompagnaient le visiteur lors de l’exposition - rompant en cela la démarche traditionnelle de l’artiste, qui préfère renoncer aux mots pour développer « l’image par l’image », il est bien difficile pour le néophyte de nommer ce tas de poudre blanche entreposé comme au fond d’un cachot…
Catherine Poncin tend plutôt à créer du mystère, à faire de l’apparition d’une faïence quelque chose de quasi miraculeux. Il faut se laisser envoûter par la déambulation de l’artiste dans les profondeurs magiques de la manufacture, moins soucieuse d’éclairer, d’expliquer, que de rendre à ces dessins, ces matières brutes et ces objets impatients ou périmés tout leur potentiel de fiction. C’est par le principe du polyptyque que la photographe invite le spectateur à inventer des histoires : il serait question ici, avec l’oiseau, le bateau et cet œuf-mappemonde aux méridiens étranges de voyage, de départ aventureux. Mais les rapports sont libres et infinis entre les trois ou quatre fragments des montages, qui, associant des vues hétéroclites, fonctionnent comme des chimères. Cet animal mythologique constitué d’un corps de lion, d’une tête de chèvre et d’une queue de serpent, et dont le nom a désigné ensuite tous les animaux imaginaires utilisés en décoration, est récurrent sur les moules photographiés par Catherine Poncin ; une façon d’inviter à lire ses associations comme des créations fantastiques, parfois inquiétantes, ouvertes sur l’imaginaire.
Infos pratiques, notation et achat :
| La boîte de Pandore Photographies de Catherine Poncin Texte de Nathalie Leleu Éditeur : Filigranes Editions (16 mai 2008) Format : Broché 48 pages 14 photographies couleur 24 x 17 cm Langue : Anglais/Français ISBN 13 : 978-2-35046-133-5 Prix : 20 € Intérêt du sujet : 5/5 Photographies : 5/5 Texte : 4/5 Présentation : 5/5 |
En savoir plus sur :
- Catherine poncin Photographe
- Nathalie leleu Auteur
- Filigranes Editeur
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