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6/11/07 - Communiqué  - 521 visites  -  Impression (PDF) 

La furtive

La furtive - Reportage de Grégory Valton

Reportage de Grégory Valton

Ce sujet photographique s’inspire des derniers jours du poète Robert Desnos, déporté le 22 février 1944 vers l’Allemagne pour faits de résistance et mort le 8 juin 1945 dans le ghetto de Terezin, en République Tchèque. Le 14 avril 1945, sous la pression des Alliés, une centaine de prisonniers fuient l’usine-prison de Flöha, en Allemagne. Cette « marche de la mort » va conduire ces hommes sur plus de deux cents kilomètres jusqu’à Terezin. Robert Desnos faisait partie de ce groupe de déportés. Entre Février 2006 et Août 2007, j’ai découvert les camps de concentrations et ai parcouru la route de Terezin à Flöha, sur les pas de cet homme dont les Nazis ont tenté de réduire à néant les visions et les élans poétiques.

Ma première rencontre avec Robert Desnos s’est fait de manière assez brutale. Une amie qui était en train d’écrire la biographie du poète m’a proposé de me rendre avec elle sur les lieux de sa déportation. Pendant cinq jours, nous avons visité selon la chronologie historique les camps de Buchenwald, Flossenburg, Flöha et Terezin, en plein mois de novembre 2005. Ce fût un voyage très intense pendant lequel je fis peu de photographies, me laissant plutôt envahir par les lieux. En visitant le ghetto de Terezin, impliquant la fin du voyage pour Desnos - comme la fin de notre parcours –, j’étais déjà convaincu d’un retour proche et inévitable. Effectivement, l’image de la ville n’a cessé de me hanter durant les trois mois qui ont suivi.

Je suis retourné à Terezin en février 2006. Dire que le ghetto a changé est une évidence. Les bâtiments sont peu à peu rénovés, lancienne prison et le crématorium réaménagés, certains immeubles sont transformés en musées. Cest devenu un lieu de mémoire qui s’éloigne toujours un peu plus de ce qu’il a été. Mais la cité, étrangement déserte avec ses façades décrépies, ses espaces vides et opaques, le poids de son histoire me rappelait le travail que je venais de terminer sur la Serbie et le Monténégro.

© Grégory Valton

Voyager en Serbie, après la guerre, implique de trouver un passage entre les réalités spectaculaires, chercher la vie dans les marges et les détours, choisir une représentation autre que frontale, rencontrer des individus plutôt qu’un peuple, fuir les généralités pour le particulier. Et par force, s’interroger sur son propre regard, quitte parfois à se perdre. La superposition de la mort de ma mère, sept ans plus tôt, et de celle du poète devenait le regard transversal que j’avais porté sur les lendemains de la Serbie.

A Terezin, Robert Desnos est au bout du chemin, dans toute sa pureté, sa nudité. C’est un homme dépouillé et malgré tout rayonnant. Cette ville a été un lieu de souffrance et, dans bien des cas, un lieu où des milliers d’hommes ont achevé leur vie, tout en poursuivant leur destin. On parle souvent, face à la mort, du défilement de sa vie en une fraction de seconde. Et j’imagine que toute la vie de Desnos, et de ses compagnons d’infortune, a dû défiler sur les murs de cette cité. J’ai essayé d’interpréter la solitude de Desnos au travers de la ville elle-même et tout s’est dilué : l’histoire du poète, celle du ghetto et ma propre histoire.

© Grégory Valton

En août 2007, pour la seconde fois, je me suis rendu à Terezin afin de faire la marche de deux cents kilomètres qui a conduit Desnos et la colonne de prisonniers de Flöha à Terezin. Entre temps, j’avais récupéré l’itinéraire qu’avait refait l’un des survivants, en 1965, avec force de détails. Cependant, je suis parti de Terezin pour me diriger vers Flöha : un itinéraire à contre courant, de la fin vers le début, en imaginant, extrapolant, un éventuel retour de Desnos vers les siens, s’il avait survécu. Ironie de l’histoire, la dernière photographie que j’ai prise représente un portail de maison orné des initiales R D. Comment ne pas penser à Robert Desnos ?

© Grégory Valton

C’est aussi la première fois que je partais en me laissant guider par le trajet tracé par un autre, soixante-dix ans plus tôt. J’ai traversé des villages, des forêts, qui me sont apparues comme des ruines végétales révélant une topographie qui semblait avoir engloutis toutes traces de l’Histoire. Comme si je m’étais retrouvé sur une plage après une grande marée. Il restait des bribes d’histoires, des morceaux épars, des traces et des signes contradictoires que je tentais d’interpréter au fur et mesure de mon cheminement. A travers cette expérience, j’ai essayé de m’approcher de Robert Desnos, de sa solitude, en mettant en jeu ma propre solitude et de visualiser les lieux sans me gommer moi-même.

Texte : Grégory Valton

 (c) Grégory Valton
© Grégory Valton
 (c) Grégory Valton
© Grégory Valton
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© Grégory Valton
 (c) Grégory Valton
© Grégory Valton
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